Flannie

Le théorème de l'escarpin

  • Idole du jour : Miami Shake

    Gourmand, sucré, entre tagada et fraise des bois, un brin subversif, faussement innocent (quoique…), Miami Shake est l’un des plus beaux gourmands proposés par Juliette Has A Gun aux jeunes femmes qui ne s’en laissent pas conter.

    Arrière petit-fils de Nina Ricci, petit-fils de Robert Ricci qui créa l’inoubliable L’Air du Temps, Romano Ricci dédie ses créations olfactives exclusivement aux femmes depuis la naissance de sa marque, Juliette Has A Gun. Hommage à l’héroïne de Roméo et Juliette, Juliette Has A Gun ne perd jamais sa jeunesse depuis près de 20 ans.  

    Et c’est tant mieux.

    Impertinence, fraîcheur, caractère… Trois ingrédients que l’on retrouve dans la narration olfactive de Romano Ricci, peu importe le parfum. L’ADN olfactif de la famille Ricci est présent, avec le talent de ce créatif et pilote automobile, co-créateur de Nose, qui fait honneur à son héritage tout en défiant les conventions jusque dans Miami Shake, faussement simple, qui relève toute la complexité d’une féminité qui se veut décomplexée.

    De la fraise, du bonbon sur la sensation d’une crème anglaise onctueuse (note officielle : crème glacée), accompagnés d’une touche de sulfure sur un lit de vanille. Un vrai dessert olfactif qui se porte de jour comme de nuit, avec audace.

    Romano Ricci voulait sa Juliette libre en créant la marque. Avec Miami Shake, c’est réussi. Si quelques Roméo se perdent dans son sillage, la femme qui porte Miami Shake s’en moque. La maison ne le précise pas mais on peut sentir une fleur capiteuse, ou l’illusion d’une touche de gardénia ou de tubéreuse, se mêlant aux accents de la fraise. On finit sur un effet lipstick rouge et crémeux. Irrésistible pour toutes celles qui n’ont pas envie de se prendre au sérieux. De l’ado à la découverte de sa séduction riante à la femme au caractère joyeux mais bien trempé, Miami Shake a de quoi régaler plus d’un nez.

    Notes officielles : fraise, crème glacée, absolu de vanille

    Daylight Idol: Miami Shake

    Gourmand, sweet, an addictive red fruit between Tagada and wild strawberry, slightly subversive, falsely innocent (although…), Miami Shake is one of the most beautiful gourmand fragrances offered by Juliette Has A Gun to young women who don’t let themselves be fooled.

    Great-grandson of Nina Ricci and grandson of Robert Ricci, the one perfumer who created the unforgettable L’Air du Temps, Romano Ricci has dedicated his fragrance creations exclusively to women since the launch of his brand, Juliette Has A Gun. A tribute to the heroine of Romeo and Juliet, Juliette Has A Gun has never lost its youthful spirit in nearly 20 years.  

    And that’s a good thing.

    Impertinence, freshness, character… Three ingredients found in Romano Ricci’s olfactory narrative, regardless of the fragrance. The olfactory DNA of the Ricci family is present, with the talent of this creative mind and racing driver, co-creator of Nose, who honours his heritage while challenging conventions, even in Miami Shake, a not-so simple fragrance that highlights the complexity of uninhibited femininity.

    Strawberry and candy on a base of creamy custard (official note: ice cream), accompanied by a touch of sulphur on a bed of vanilla. A true olfactory dessert that can be worn day or night, with audacity.

    Romano Ricci wanted his Juliet to be free when he created the brand. With Miami Shake, he has succeeded. If a few Romeos get lost in her wake, the woman who wears Miami Shake doesn’t care. The house doesn’t specify it, but you can smell a heady flower, or the illusion of a touch of gardenia or tuberose, mingling with hints of strawberry. It finishes with a creamy red lipstick effect. Irresistible for anyone who doesn’t want to take themselves too seriously. From teenagers discovering their playful seductiveness to women with a cheerful but strong character, Miami Shake has something to delight more than one nose.

    Official notes: strawberry, ice cream, vanilla absolute.

  • Journal de nuit : Carnal Cacao

    Le premier parfum du petit matin sur lequel j’ai travaillé devait être L’Heure Promise de Cartier avec du petitgrain, des herbes fraîches en tête. On pouvait fouler, pieds nus, l’Herbier de Colette. Le Jardin de Monsieur Li de Jean-Claude Ellena n’était pas encore passé par là. 

    Depuis, dans mon répertoire inversé de la parfumerie, à la page “petit matin”, je peux ajouter ‘tubéreuse et baies roses”. Paul Guerlain, petit-fils de Jean-Paul Guerlain, parfumeur chez IFF et auteur de Fétiche L’encens pour Christian Louboutin, a revisité les promesses de l’aube dans Carnal Cacao pour la Maison Tahité.

    Si ce parfum, pour moi, était une heure, il serait 5h, la petite aiguille posée sur une tubéreuse à peine réveillée, la grande fusant sur des baies roses d’une très belle qualité.

    Il n’y a pas de trotteuse, c’est une heure qui demande à prendre son temps. Un seul pas maladroit et les rêves de la journée pourraient s’envoler.

    La tubéreuse avance un pied devant, prudent, chaussé d’une ballerine, le pétale frémissant au-dessus d’une fève de cacao qui fermente. Pointe en avant, elle a la grâce des romantiques; On la prendrait presque pour une jeune fille. Mais la tubéreuse vous rappelle très vite à quelle famille elle appartient. Une tubéreuse nait femme, jamais elle ne le devient.

    Screenshot

    Bien que charnelle, la belle, dans cette composition, ne se donne pas à qui veut. Timide, dirais-je. Comme un gardénia sur son buisson. Paul Guerlain a su ramener le côté frais d’un gardénia, justement, de par son utilisation de poivre rose en tête qui vient flirter avec la générosité du néroli. Bien qu’en cœur, ce dernier s’en donne justement… à cœur joie en venant jouer des coudes et des codes avec le haut de la pyramide olfactive de Carnal Cacao. 

    Très gentleman, le cacao, en absolu, laisse les fleurs et les baies se trémousser sans imposer une puissance masculine qui, au premier abord, tire plus vers une odeur de coque. Il est “la” présence. Imaginez-le chapeauté et ganté, grâce à l’ambroxan, en fond, qui lui apporte une texture poudrée et un complice pour tenir tout ce petit monde féminin jusqu’à 6h du matin. Ne sous-estimez toutefois pas son animalité. 

    “Je voulais vraiment rester sur cette note cacao, nous raconte Paul. L’idée, c’était d’apporter une addiction, mais qu’elle ne soit pas une addiction sucrée, comme on a l’habitude de sentir en ce moment. J’ai préféré chercher une addiction autour du côté un peu plus sombre du cacao, de son amertume aussi.”

    Les amateurs de cacao reconnaîtront des effluves de fèves fermentées, un chocolat bean to bar, une pointe d’Amérique du Sud, un retour à la fève sacrée des Aztèques qui, peut-être, aurait su se jouer d’une légère note salée pour créer une addiction supplémentaire dans cette composition.

    “Avec le cacao, le champ des possibles est simplement énorme, revient Paul Guerlain sur cette note qu’il a très joliment travaillée dans Carnal Cacao pour Maison Tahité. Tout dépend de l’histoire olfactive qu’on a envie de raconter.

    Je trouve que la gastronomie a bien servi la parfumerie ces dernières années de par une surexposition des chefs et de leurs explorations culinaires. On peut s’en inspirer et imaginer des cacaos fumés, des associations inédites, des torréfactions particulières.”

    Quant à la tubéreuse, grande vedette de cette fragrance, elle n’est ni astrale comme chez Crivelli, ni criminelle comme chez Lutens. Paul lui a donné une toute nouvelle légèreté, loin de certains clichés vénéneux. Si criminelle elle est dans Carnal Cacao, c’est de se présenter si légère, presque jeune fille, qu’elle pousserait bien quelques lectrices du petit matin à s’en émouvoir comme à la lecture d’Anna Karénine, quand cette dernière rencontre Vronsky, 

    où comment une femme mûre remonte les aiguilles de l’horloge de la féminité pour redevenir jeune fille le temps d’un parfum.

    Night Diary : Carnal romanticism

    The first early morning fragrance I worked on was Cartier’s L’Heure Promise, with petitgrain and fresh herbs at the top. You could walk barefoot through Colette’s Herbarium. Le Jardin de Monsieur Li had not yet been created by Jean-Claude Ellena for Hermès.

    Since then, in my inverted perfumery repertoire, on the ‘early morning’ page, I can add ‘tuberose and pink peppercorns’. Paul Guerlain, grandson of Jean-Paul Guerlain, perfumer at IFF and creator of the recent Fétiche L’encens for Christian Louboutin, revisited the promises of dawn in Carnal Cacao for Maison Tahite.

    If this fragrance was a time of day for me, it would be 5 a.m., the fragrance to wear at 5 in the morning, with the small hand of the clock resting on a barely awakened tuberose and the big hand racing over beautiful pink peppercorns.

    There is no second hand; it is a time that demands that you take your time. One clumsy step and the dreams of the day could fly away.

    The tuberose takes a cautious step forward, wearing a ballerina shoe, its petal quivering above a fermenting cocoa bean. Pointe shoes on, it has the grace of a romantic lady; one could almost mistake it for a young girl. But the tuberose quickly reminds you which family it belongs to. A tuberose is born a woman, it never becomes one.

    Although sensual, the beauty in this composition does not give herself to just anyone. Shy, I would say. Like a gardenia on its bush. Paul Guerlain has managed to bring out the freshness of a gardenia through his use of pink pepper at the top, which flirts with the generosity of neroli. Although at the heart, the latter gives itself… to its heart’s content, jostling and playing with the top of Carnal Cacao’s olfactory pyramid. 

    Very gentlemanly, cocoa, in absolute form, lets the flowers and berries dance without imposing a masculine power that, at first glance, leans more towards a nutty scent. It is ‘the’ presence. Imagine it wearing a hat and gloves, thanks to ambroxan in the base note, which gives it a powdery texture and acts as an accomplice to hold this little feminine world together until 6 a.m. However, do not underestimate its animality as you could be shocked.

    ‘I really wanted to stay with this cocoa note,’ Paul tells us. ‘The idea was to create an addiction, but not a sweet addiction, as we are used to smelling at the moment. I preferred to look for an addiction around the slightly darker side of cocoa, its bitterness too.’

    Cocoa lovers will recognise the aroma of fermented beans, bean-to-bar chocolate, a hint of South America, a return to the sacred bean of the Aztecs, which perhaps could have been enhanced with a slight salty note to create an additional addictive quality in this composition.

    ‘With cocoa, the possibilities are simply endless,’ says Paul Guerlain, reflecting on this note that he has so beautifully crafted in Carnal Cacao for Maison Tahité. It all depends on the olfactory story you want to tell.

    I think gastronomy has served perfumery well in recent years through the overexposure of chefs and their culinary explorations. We can draw inspiration from this and imagine smoked cacaos, unusual combinations and special roasts. »

    As for tuberose, the star ingredient in this fragrance, it is neither astral like Crivelli’s nor criminal like Lutens’. Paul has given it a whole new lightness, far removed from certain poisonous clichés. If it is criminal in Carnal Cacao, it is because it presents itself as so light, almost girlish, that it might well move some early morning readers to tears, as when Anna Karenina meets Vronsky, or how a mature woman turns back the hands of the clock of femininity to become a young girl again for the duration of a perfume.

  • Rencontres olfactives : Xavier Renard

    Au cœur de nos chroniques mondaines olfactives, allons aujourd’hui à la rencontre d’un personnage incontournable dans l’industrie de la parfumerie fine, monsieur Xavier Renard.

    Global Head of Fine Fragrances chez Givaudan depuis 4 ans, Xavier Renard est un homme riche d’enseignements pour quiconque veut comprendre les enjeux de la création d’un parfum. Son objectif : donner le meilleur à ses parfumeurs afin de leur permettre de créer les parfums de demain tout en faisant face aux enjeux environnementaux. Cet homme à la carrière impressionnante puise sa régularité et sa constance dans son expérience de sportif de haut niveau mais il ne vit que guidé par l’émotion que lui produisent les parfums depuis toujours.

    Entretien

    Cher Xavier,

    Après tant d’années à explorer les différentes facettes du métier, vous dîtes vous parfois que vous avez fait le tour de l’industrie olfactive ?

    Jamais. La parfumerie est pour moi une passion. Si vous n’avez pas cette passion en vous, il est difficile d’accéder à la parfumerie. Heureusement, j’ai toujours été passionné par les parfums. Ma curiosité est insatiable depuis mes débuts dans les années 80, époque durant laquelle il était bien plus difficile qu’aujourd’hui d’accéder aux métiers de la parfumerie.

    Aujourd’hui encore, je ne pourrais me passer de porter des parfums tous les jours. 

    Pouvez-vous nous raconter vos débuts dans le métier ?

    Bien sûr. J’ai d’abord fait des études de chimie en Californie puis je suis revenu en France où j’ai intégré une école de parfumerie à Grasse. Pour moi, il était impossible d’imaginer étudier la parfumerie ailleurs que dans la ville des parfums. Les écoles de parfumerie à cette époque étaient beaucoup moins développées que celles que nous avons aujourd’hui chez Givaudan. La formation de parfumeur était beaucoup moins encadrée mais elle avait quand même le mérite d’exister pour tous ceux qui cherchaient à se former. Elle m’a permis de travailler avec un parfumeur en laboratoire et de découvrir les matières premières. 

    Ecole de parfumerie – 1987

    La base du métier ?

    Dans la parfumerie, les ingrédients sont en effet ce qu’il y a de plus important.

    Si vous ne connaissez pas vos ingrédients, vous ne pouvez pas formuler. Il faut apprendre les familles d’ingrédients, connaître les molécules de chimie, les naturels, l’extraction de ces naturels. C’est un long apprentissage qui se fait sur 4 ans minimum. Vous avez 600, 700, 800 matières premières à appréhender, comprendre, retenir.

    Une fois mémorisés, le plus important reste encore d’apprendre à s’en servir. C’est une deuxième phase de l’apprentissage.

    Vous découvrez alors ce qu’on appelle la formulation. Pour cela, il faut étudier les parfums qui ont été lancés sur le marché au fil du temps. J’avais une obsession pour le Chanel 19, que je connaissais par cœur, mais j’étudiais aussi les classiques comme le Chanel 5, L’air du temps, Shalimar. On étudie toutes les grandes catégories olfactives durant notre formation.

    Par la suite, on nous donne l’opportunité de participer à un brief. C’est quelque chose d’incroyable. Le jour où nous gagnons notre premier brief, nous nous en souvenons pour toujours.

    Et ensuite ?

    Très vite, Givaudan m’a appelé. J’ai intégré la société à Genève qui, elle, m’a envoyé à Hong Kong, puis à New York où je me suis énormément enrichi d’expériences nouvelles.

    A New York, j’ai changé d’entreprise pour faire de nouvelles expériences créatives en tant que parfumeur. Un jour,  j’ai décidé de me mettre dans une position où je pouvais avoir aussi bien la casquette technique, créative et commerciale. De là, je suis passé sur l’aspect commercial, le business et le management jusqu’à ce que je revienne chez Givaudan il y a 7 ans.

    Aujourd’hui, quel est votre rôle ?

    J’ai la responsabilité de diriger toute la parfumerie fine chez Givaudan, toujours mené par la même passion. Vous ne pouvez pas exercer ce métier si vous n’êtes pas attaché directement à une émotion qui vous lie au parfum. C’est un niveau de passion tel que celui que vous trouvez dans la musique, dans le cinéma, ou dans l’art. 

    A quel moment vous êtes-vous dit, dans ce parcours, “c’est bon, je suis prêt à passer du côté créatif au côté commercial” ?

    En fait, je ne me suis pas posé la question. J’étais dans une entreprise où on essayait de développer la parfumerie fine à New York. On recherchait une position commerciale. Il nous était difficile de trouver quelqu’un. Un matin, j’ai regardé le président de l’entreprise et je lui ai dit “Tu sais quoi ? Je peux le faire.”

    Quand je suis entré ce matin-là dans l’entreprise, j’étais parfumeur.

    Quand je suis ressorti en fin de journée, j’étais commercial. 

    Ce n’était absolument pas réfléchi. C’était totalement impulsif. J’ai toujours mené ma carrière ainsi, avec un mélange d’impulsion et d’instinct.

    Quelle expérience vous fait dire “je ne peux pas faire autre chose que de la parfumerie, en fait” ?

    Le niveau émotionnel est tel quand vous avez travaillé un projet et qu’on vous annonce que vous avez gagné que vous pouvez pleurer à chaudes larmes. Je n’ai jamais ressenti ceci dans un autre domaine. Et pourtant, j’ai fait beaucoup de sport à haut niveau, avec des challenges assez élevés. Malgré cela, je n’ai jamais ressenti ce niveau émotionnel de satisfaction face à une réussite ailleurs que dans notre univers olfactif.

    Si j’arrêtais, cette émotion me manquerait. C’est quelque chose qui me fait bouger.

    La musique, le cinéma sont universels, le parfum, non. Je me dis souvent que j’ai de la chance d’être né avec cette passion. 

    Aujourd’hui, à votre poste actuel, quels sont pour vous vos plus grands défis ?

    Pour moi, ce ne sont pas des défis, ce sont des responsabilités. 

    Ma plus grosse responsabilité est de m’assurer que l’ensemble des équipes de création et de développement dans toutes les régions du monde continuent à développer des parfums qui vont apporter des émotions aux consommateurs, des parfums dont ces consommateurs vont comprendre la valeur.

    Pourquoi dîtes-vous cela ?

    Parce que je pense que l’industrie n’a pas fait un très bon travail à la fin des années 90 et au début des années 2000. L’offre n’était pas là, les méthodes de retail étaient discutables et les consommateurs se sont éloignés des parfums.

    Ma plus grosse responsabilité aujourd’hui est donc d’apporter ma part au produit final pour que l’objet du produit en soi soit suffisamment à la hauteur des attentes des consommateurs. Mon rôle est de faire en sorte que nos parfums ne les déçoivent pas.

    A nous de développer les bons ingrédients également pour les mettre à disposition des parfumeurs et de former les bons parfumeurs. A nous, surtout, d’avoir le courage de prendre des risques olfactifs. C’est mon défi et j’en fais ma responsabilité au quotidien.

    Les risques olfactifs, parlons-en justement. Les parfumeurs semblent bien plus désireux que les équipes marketing d’innover d’une manière générale. Les équipes marketing semblent souvent penser que les clients ne sont pas prêts.

    C’est là que je parle de responsabilité. Si on a un bon produit, nous devons, en tant qu’experts, convaincre les équipes marketing du fait qu’il y a une manière d’interpréter certains ingrédients peu populaires, comme le cacao, par exemple, qui peut être très positive. Nous avons cette faculté de travailler une note bien particulière pour la rendre, justement, à la fois unique, différente mais acceptable par le consommateur. C’est une combinaison très puissante.

    Vous pensez que le consommateur est prêt à sortir des sentiers battus ?

    Le consommateur adore le parfum. On le voit dans toutes les études que nous faisons. La Gen Z et la Gen Alpha particulièrement. Je pense qu’on arrive à une certaine génération prête à aller sur des histoires olfactives différentes de ce qu’on a pu voir jusqu’à maintenant. Aujourd’hui, on peut se permettre franchement de pousser la créativité. C’est ce que je répète toujours aux 38 ou 40 parfumeurs qui travaillent avec moi. “Prenez des risques”. 

    Être créatif ne veut toutefois pas dire “faire n’importe quoi ». Être créatif veut dire “apporter de l’innovation olfactive au consommateur ». Le consommateur doit y prendre du plaisir. Porter un parfum parce qu’il est différent alors qu’il n’apporte aucun plaisir n’a aucun intérêt.

    Le défi peut-être difficile à relever…

    Le parfum doit rester du plaisir. Sous ma casquette de parfumeur, je peux vous faire des produits qui n’ont jamais été sentis. Ils seront très créatifs et très novateurs, mais ne vont pas sentir bon du tout. 

    Il ne faut surtout pas opposer créativité, innovation et plaisir, bien au contraire. Notre responsabilité est d’apporter à la fois des accords inédits, de l’utilisation de matières premières nouvelles, différenciantes, tout en pensant au plaisir des consommateurs. Un consommateur qui aura du plaisir avec son produit le rachètera. S’il ne le rachète pas, le produit a beau avoir été innovant, il restera un échec commercial.

    Quels sont, selon vous, vos atouts de par votre parcours aujourd’hui pour réaliser ceci ?

    Mon atout, c’est mon parcours de 15 ans de parfumerie en création avec une connaissance de la matière première. Et puis la connaissance du très difficile métier de parfumeur. 

    Il faut un niveau de résilience absolument extraordinaire quand on est parfumeur. Un parfumeur peut arriver le matin juste pour s’entendre dire jusqu’au soir que ses essais ne sont pas bons. Il faut toujours améliorer, corriger. Vous pouvez travailler un projet pendant un an, un an et demi, deux ans, trois ans parfois. Le métier de parfumeur mérite le respect. Mon expérience en tant que tel me permet d’avoir cette conversation, d’avoir cette compréhension directe du parfumeur qui fait que je peux l’accompagner. Je n’accompagne pas les parfumeurs sur tous les projets parce que nous avons plus de 20 000 projets par an mais j’essaye de les accompagner autant que faire se peut dans ce voyage de la création.

    Cette compréhension du métier est votre atout ?

    Oui, cette proximité, cette compréhension que j’ai du métier de parfumeur, mais aussi de la formulation, de la compréhension des ingrédients, des ingrédients naturels. C’est pour cette raison que j’ai repris la responsabilité des “naturels” chez Givaudan car je ne veux pas vendre un produit, je veux créer un bon parfum. Il m’est arrivé d’aller voir des clients en leur disant “je ne te vendrai pas ce parfum, il n’est pas assez bon”. 

    Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

    Le naturel, justement. C’est un gros projet qu’on a démarré il y a deux ans. Il s’appelle “la maison des naturels » (House of Naturals). 

    Pourquoi “La maison des naturels” ?

    Je suis un garçon assez pragmatique. J’ai désiré rassembler tout ce qui fait le naturel sous un seul et même toit pour faire une maison. Le naturel commence par l’agronomie et se termine chez le parfumeur. Il est de notre responsabilité en tant que parfumeurs de nous pencher sur l’agronomie et de se demander comment travailler directement à la source avec les fermiers, les agriculteurs, pour mieux faire pousser les naturels. Après l’innovation, cela passe par la transformation également, avec un besoin de transformation verte.

    Pouvez-vous nous expliquer ?

    Nous devons nous pencher sur de nouvelles méthodes d’extraction, de transformation, qui sont directement liées à nos ambitions environnementales chez Givaudan tout en nous assurant de délivrer aux parfumeurs des produits innovants en termes de profil olfactif afin de leur permettre de créer les meilleurs parfums pour le marché de demain.

    J’essaie de donner aux parfumeurs la possibilité de faire, par exemple, une odeur de jasmin qui va immédiatement générer une sensation de plaisir car toutes les odeurs de jasmin ne créent pas le même niveau d’émotion. 

    C’est le grand sujet chez Givaudan.

    Dans un naturel, il peut y avoir 60, 70, 80 molécules différentes. A nous d’aller crafter ces naturels de manière à offrir aux parfumeurs des ingrédients qui sont olfactivement nouveaux.

    Un exemple ?

    Reprenons le jasmin. Pour permettre aux parfumeurs d’innover, on va peut-être aller capturer uniquement le côté banane du jasmin, permettant ainsi de créer en apportant un côté fruité, floral, en faisant pencher la balance un peu plus sur le côté banane du jasmin que sur le côté floral benzylé. Ceci est du crafting. Mon idée n’est pas d’aller chercher de l’essence de laitue ou de l’essence de scarole, c’est plutôt d’aller chercher à faire à nouveau pousser du vétiver en Inde et non plus à Haïti. 

    L’agronomie est donc au cœur des préoccupations chez Givaudan ?

    Oui, ce genre de choses m’intéresse beaucoup, toujours dans l’optique que ma préoccupation première est le parfumeur. Je veux lui donner la possibilité de créer des choses qui vont apporter un élément émotionnel que le consommateur est en droit d’attendre. 

    Il faut toujours respecter le consommateur. A quelque niveau que ce soit. A commencer par lui offrir le produit le plus safe possible.

    Après, nous devons aller chercher le niveau de création auquel il est en droit d’attendre avec les ingrédients. J’aime faire le parallèle avec la gastronomie et ce que le consommateur est en droit d’attendre dans un restaurant gastronomique. Il est tout aussi important de mettre les ingrédients en avant dans notre approche et dans notre vision holistique du métier que dans la gastronomie.

    Revenons sur la plateforme Naturalité qui a été créée il y a 4 ans. Elle a conduit à refondre la palette du parfumeur afin qu’elle intègre des ingrédients toujours plus responsables. Est-ce que cela change la manière de composer un parfum ?

    On peut, en effet, formuler différemment.

    On peut formuler afin de ne mettre que 4 ou 5 % de concentré dans l’alcool versus 24, 25, 30 % aujourd’hui. On va demander 5 fois moins d’ingrédients. On va donc déplacer 5 fois moins en volume. On peut le faire comme cela a été fait avec Drakkar Noir ou encore L’air du temps. Ces produits ont été dosés à l’époque à 4 ou 5 %. On pourrait revenir à ce dosage.

    C’est un pilier de la Naturalité. A la fin, si on arrive à doser à 4 ou 5 %, si on formule bien, le parfum sera tout aussi signé et puissant que quand on est à 24, 25 %, mais différemment. Il faut que les marques nous laissent le faire.

    Certains parfumeurs se demandent comment réussir à créer encore de belles compositions alors que la liste des allergènes ne cesse de s’allonger…

    Nous sommes obligés de changer les choses. Le changement est compliqué quand on demande aux gens de changer leur manière de penser, leur manière de créer, leur manière de vivre mais je pense que les meilleurs d’entre nous arriveront à offrir des solutions et des réponses à ce besoin de changement que le monde nous impose. 

    Je reste très optimiste. Avec L’Oréal et une dizaine d’autres entreprises, nous avons fondé l’alliance Value of Beauty avec pour objectif de faire comprendre l’impact positif de la chaîne valeur européenne de la beauté et des soins personnels. Nous sommes les premiers à tout faire pour nous assurer que nos produits sont à 150 % safe. Si nous devons nous passer de certains ingrédients, je compte sur la créativité de mes parfumeurs pour trouver des solutions. Parce qu’ils ont du talent.

    Comment rendre un ingrédient encore plus responsable ?

    Je pense qu’il faut faire la différence entre le naturel et les produits de synthèse. Avec les produits de synthèse, on doit s’assurer d’être vraiment sur du produit renouvelable, biodégradable. La biodégradabilité est très importante. Dans l’univers du body care, des shampoings, des lessives, beaucoup de produits finissent dans la nature. Il faut donc s’assurer de la biodégradabilité.

    Pour la renouvelabilité, on part d’un point de départ renouvelable. 

    Auparavant, une partie importante des ingrédients de synthèse avaient comme point de départ le pétrole. L’industrie s’emploie à en sortir.

    Le naturel, c’est différent. Il faut aller à la source. Il faut aller sur le terrain.

    Il faut que nos agronomes discutent avec les gens qui plantent le vétiver, qui plantent le patchouli afin de comprendre comment on peut améliorer le rendement, la terre, les extractions. Comment sortir également des extractions aux solvants ? Comment faire réellement de la grande transformation ?

    Ces programmes sont en permanence évoqués chez Givaudan. Et je passe personnellement énormément de temps sur ces sujets. 

    Pouvez-vous nous parler de la démarche qui consiste à utiliser des déchets pour créer de nouvelles matières ?

    C’est ce qu’on appelle du recycling. On le fait beaucoup avec les fruits. Avec les fleurs aussi.

    Habituellement, vous prenez des pétales de rose, vous faites de l’extraction pour faire de l’absolu. Chez Givaudan, nous allons plus loin. Nous allons récupérer les pétales de rose qui ont déjà servi pour aller jusqu’au bout du bout.

    Quand on distille, quand on extrait une matière première, plutôt que de se débarrasser de la matière première, on va toujours s’assurer qu’on ne jette rien.

    Et quand on jette, c’est parce qu’il n’y a vraiment plus rien. Ainsi, nous réfléchissons à extraire toutes les possibilités que la matière première, qu’elle soit sèche, qu’elle soit florale, ou qu’elle soit issue d’un fruit, d’une autre industrie, nous offre.

    Est-ce que la quête de durabilité implique un retour aux origines du parfum vers des ingrédients 100% naturels laissant derrière soi un siècle de recherche chimique ?

    Absolument pas. On a besoin de la chimie. La chimie n’est pas un gros mot.

    On est là pour apporter du bonheur, du plaisir à nos créations et la chimie en fait partie. On est entouré de chimie tous les jours. La chimie est aussi dans le médical et heureusement !. Donc, non, je n’y crois absolument pas.

    Crédit photos des Naturals : Givaudan

  • Mode : un vestiaire de papier

    La rentrée approche à grands pas et avec elle les premiers frimas dus aux diktats de l’automne. Et si, avant de s’offrir une petite laine, on investissait dans une veste de papier ?

    Depuis longtemps, les créatifs se penchent sur la place du papier dans notre intime. Vêtements, parfums… D’où provient ce sentiment de réconfort que nous procure le papier ? 

    Se peut-il couvrir le corps, accompagner le mouvement, renaître vêtement ? Ou imprégner une peau de son parfum, tel Paper Passion, collaboration dont on a peu parlé entre Steidl, Wallpaper, Karl Lagerfeld et Geza Schoen, un parfum caché entre les pages d’un livre, pour les amoureux du papier fraîchement imprimé.

    Écrire une histoire sans encre en suivant les courbes d’un corps… 

    Une enjambée pressée est-elle possible en utilisant le papier comme vêtement ?

    Peut-il couvrir ce qu’on ne veut montrer, du vent protéger une peau, de la pluie se moquer ?

    Le directeur créatif de la maison Issey Miyake, Satoshi Kondo, a poussé le travail sur la nature poétique et primitive du papier afin de repenser une collection où grâce et fonctionnalité se retrouvent dans une série de tissus kamiko, inspirés du washi, un papier japonais ancestral. 

    La performance narrative de cette collection printemps-été est telle que les garde-robes des dieux vont bientôt être faites de papier elles aussi. Du papier fabriqué par l’homme, avec des textures divines que seuls les hommes peuvent imaginer. Car rien de plus divin qu’un être humain qui perpétue les traditions les plus anciennes pour en nourrir le quotidien avec noblesse et un regard neuf.

    Cette collection de vêtements chez Issey Miyake fait fi des à priori sur cette matière peu commune en mettant en valeur sa capacité à  accompagner le mouvement. Délicat, suivant chaque déplacement, le washi reflète la lumière tout en l’absorbant. Et se prouve, au travers du travail habile des équipes Miyake, être aussi vecteur d’élégance et de force. 

    Parmi les pièces remarquées et appréciées, FOLD TO FORM est une série de pantalons, robes de villes et chemisiers en trois dimensions, mêlant fils de washi et fils de soie tout en s’inspirant de l’art de l’origami. De l’art à porter, empreint d’une poésie moderne.

    Un trench qui ferait pâlir de jalousie nos amis britanniques vient confirmer le propos dans la série tissée EASE AND EASED. Un fil de chanvre est utilisé pour la chaîne, tandis qu’un fil de mohair et de laine mélangés est utilisé pour la trame. Le tissu, joliment texturé, se drape et s’adapte aux formes du corps d’une manière aussi éthérée qu’organique.

    Cette série de pièces en kamiko est composée à 100% de fines fibres de chanvre, perpétuant la pratique de cet artisanat présent au Japon depuis plus de 10 siècles au travers de créations qui viendront enrichir les garde-robes de nouveaux intemporels et de la sensation de ne pas tricher avec la valeur d’un vêtement et de la création même.

    Cet artisanat a été perpétué jusque dans la conception des tabourets utilisés à l’occasion du défilé en septembre dernier. Fabriqués à partir de cylindres de feuilles de papier compressées utilisées lors de la fabrication du plissé d’ISSEY MIYAKE, ils ont été découpés en fonction des besoins des invités.

    Dans l’air aurait pu manquer l’un des plus beaux parfums de Julian Bedel pour Fueguia 1833, Biblioteca de Babel, un parfum en hommage à la nouvelle de Borges du même titre et à l’univers représenté sous la forme d’une bibliothèque géante. Ce boisé épicé aux notes de palo santo et de feuille de tabac aurait habillé le washi et permis à deux cultures de se rencontrer, celle du Japon et celle de l’Amérique Latine, insatiable créatrice elle aussi en matière de mariage entre rituels anciens et modernité renouvelée.

    Et si votre premier achat de l’automne se faisait dans la collection été d’Issey Miyake ?

    A savoir : Une entreprise portugaise travaille depuis 1993 sur la fabrication de papier de coton à partir de vêtements recyclés, perpétuant elle aussi une tradition très ancienne et écologique.

    One material, a different perspective

    Paper and fashion

    We are soon back to work, and with it the first frosts brought on by the dictates of autumn are on our minds. Before treating ourselves to new jumpers, why not invest in a paper jacket?

    For a very long time, creative minds have been exploring trends around paper in our personal lives. Clothing, perfumes… Why do we feel so instantly comfortable with paper? as we write on it, touch it, smell it?

    Can it cover the body, accompany movement, be reborn as clothing? Or imbue the skin with its scent, like Paper Passion, a niche collaboration between Steidl, Wallpaper magazine, Geza Schoen and Karl Lagerfeld. This limited edition hid a bottle of perfume between the pages of a book. Its scent? Freshly printed paper.

    Writing a story without ink, following the curves of a body… Is it possible to take a hurried stride using paper as clothing?

    Can it cover what we don’t want to show, protect our skin from the wind, mock the rain?

    Issey Miyake‘s creative director, Satoshi Kondo, has pushed the boundaries of paper’s poetic and primitive nature to reimagine a collection where grace and functionality come together in a series of kamiko fabrics inspired by washi, an ancient Japanese paper. 

    The narrative performance of this spring-summer collection is such that the wardrobes of the modern gods will soon be made of paper too. Paper made by humans, with divine textures that only humans can imagine. For nothing is more divine than human beings who perpetuate some of the most ancient traditions to nourish everyday life with nobility and a fresh perspective on the future of fashion.

    This clothing collection by Issey Miyake defies preconceptions about this unusual material by highlighting its ability to move with the body. Delicate and responsive to every movement, washi reflects light while absorbing it. Through the skilled work of the Miyake teams, this ancestral paper proves itself to be a vehicle for elegance and strength in modern wardrobes. 

    Among the most notable and appreciated pieces is FOLD TO FORM, a series of three-dimensional trousers, city dresses and blouses, combining washi and silk threads. Inspired by the art of origami, they bring wearable art to efficient clothing imbued with modern poetry.

    A trench coat that would make our British friends green with envy confirms this point in the EASE AND EASED woven series. Hemp yarn is used for the warp, while a

    blend of mohair and wool yarn is used for the weft. The beautifully textured fabric drapes and adapts to the body’s shape in a way that is as ethereal as it is organic.

    This series of kamiko pieces is made from 100% fine hemp fibres, continuing the practice of this craft, which has been present in Japan for over 10 centuries, through creations that will enrich wardrobes with new timeless pieces and the feeling of not compromising on the value of a garment and the creation itself.

    This craftsmanship was carried over into the design of the stools used during the fashion show last September. Made from cylinders of compressed paper sheets used in the manufacture of ISSEY MIYAKE pleats, they were cut to suit the needs of the guests.

    The air could have been filled with one of Julian Bedel’s most beautiful fragrances for Fueguia 1833, Biblioteca de Babel, a perfume paying homage to Borges’ short story of the same name and the universe represented in the form of a giant library.

    This spicy woody fragrance with notes of palo santo and tobacco leaf would have adorned the washi and allowed two cultures to meet, that of Japan and that of Latin America, which is also insatiably creative in terms of combining ancient rituals and renewed modernity.

    How about making your first autumn purchase from Issey Miyake’s summer collection?

    Note (if you are ever interested in great ideas made out of fashion): Since 1993, a Portuguese company has been manufacturing cotton paper from recycled clothing, continuing a very old and environmentally friendly tradition.

  • Gucci Flora : Gorgeous Gardenia Intense

    Un nouveau chapitre olfactif s’écrit chez Gucci cet été dans la collection Gucci Flora.

    Vivre librement, vivre délibérément. A l’image de son égérie Miley Cyrus, le nouveau Gorgeous Gardenia Intense célèbre une féminité qui n’exclut ni fragilité, ni impétuosité. C’est une femme frémissante mais drôle, déterminée, à l’aise avec ses contradictions, qu’on surprend au débouché.

    La collection Gucci Flora célèbre la féminité au travers de la réinterprétation libre et joyeuse de fleurs iconiques. L’orchidée, le jasmin, le magnolia s’émancipent du carcan dans lequel on les enferme trop souvent depuis la naissance de la parfumerie moderne, comme ici le gardénia, revu et retravaillé dans cette version Intense de Gorgeous Gardenia avec une note boisée qui intensifie le plaisir immédiat ressenti au porté, créant ainsi un effet quelque peu troublant qui vient renforcer le paradoxe que représente le gardénia en parfumerie.

    Le gardénia est, en effet, l’un des plus beaux paradoxes offerts par la nature aux parfumeurs. Cette magnifique fleur dont le parfum s’exprime au mieux la nuit ne livre pourtant pas le même discours selon qu’elle s’offre, verte, fraîche, énergisante, au petit matin ou capiteuse dans la volupté nocturne.

    Nombre de personnes ont encore en mémoire des créations autour de gardénias ronds, voluptueux, avec un côté femme fatale qui pouvait impressionner plus d’un nez passant à côté, tel Gardénia Passion, chez Goutal. La réalité de la fleur sentie sur son buisson est plus proche d’une forme émouvante de fragilité, avec des notes légères, rappelant quelque peu le champignon et la feuille verte coupée.

    Fleur fatale ou farouche amoureuse ? Si la fleur de gardénia symbolise justement, dans le langage des fleurs, la timidité, l’amour tendre et inavoué, elle n’est pourtant pas une fleur mièvre de par son parfum. Dans ce nouvel opus de Gucci Flora, le Gorgeous Gardenia devenu intense en cette saison a été travaillé sans parti pris par la parfumeuse Honorine Blanc à qui l’on doit déjà le premier Gorgeous Gardenia pour Gucci. Pourquoi choisir entre les deux facettes de la fleur ?

    La parfumeuse Honorine Blanc

    Elle y est ici tout à l’honneur pour son côté vert, tout en légèreté. Elle se fait juicy, joyful. Gorgeous Gardenia Intense évoque et provoque la joie à même la peau. Le gardénia n’y est pas, au départ, mis en valeur pour son côté sensuel, charnel. Il s’offre une nouvelle jeunesse, inattendue parmi les dernières créations olfactives sur le marché autour de cette majesté florale. Une explosion d’agrumes lui ouvre la route, dont une mandarine italienne un brin piquante d’espièglerie. Le vert du gardénia est renforcé par l’hédione. Peu à peu, le crémeux des pétales vient flirter avec le côté vert, laissant poindre toute la sensualité de la fleur mûre, restant toutefois très jeune, très insouciant.

    Notre avis

    Certains gardénias se portent comme des armures. Gucci Flora Gorgeous Gardenia Intense s’élève, lui, comme une voix nue. 

    Une critique ?

    Un bois de santal peut-être un peu trop discret

    Gucci Flora Gorgeous Gardenia Intense

    Rebellious Joy

    A new olfactory chapter is being written at Gucci in the Gucci Flora collection this summer.

    Live freely, live deliberately. Like its muse Miley Cyrus, the new Gorgeous Gardenia Intense celebrates a femininity that excludes neither fragility nor impetuosity. It is a vibrant yet funny woman, determined and comfortable with her contradictions, who surprises us at every turn.

    The Gucci Flora collection celebrates femininity through a free and joyful reinterpretation of iconic flowers. Orchids, jasmine, and magnolia break free from the constraints that have too often confined them since the birth of modern perfumery, as here with gardenia, revisited and reworked in this Intense version of Gorgeous Gardenia with a woody note that intensifies the immediate pleasure felt when worn, creating a somewhat unsettling effect that reinforces the paradox that gardenia represents in perfumery.

    Gardenia is, in fact, one of the most beautiful paradoxes that nature offers perfumers. This magnificent flower, whose fragrance is best expressed at night, does not convey the same message depending on whether it is green, fresh and energising in the early morning or heady in the voluptuousness of the night.

    Many people still remember creations based on round, voluptuous gardenias with a femme fatale quality that could impress more than one passer-by, such as Gardénia Passion by Goutal. The reality of the flower smelled on its bush is closer to a moving form of fragility, with light notes, somewhat reminiscent of mushrooms and cut green leaves.

    Fatal flower or fierce lover? Although the gardenia flower symbolises shyness and tender, unspoken love in the language of flowers, its fragrance is far from cloying. In this new opus from Gucci Flora, Gorgeous Gardenia, which has become intense this season, has been crafted without bias by perfumer Honorine Blanc, who was already responsible for the first Gorgeous Gardenia for Gucci. Why choose between the two facets of the flower?

    Here, it is celebrated for its green, light-hearted side. It becomes juicy and joyful. Gorgeous Gardenia Intense evokes and provokes joy on the skin. Gardenia is not initially highlighted for its sensual, carnal qualities. It has been given a new lease of life, unexpected among the latest olfactory creations on the market based on this majestic flower. An explosion of citrus fruits opens the way, including a hint of mischievous Italian mandarin. The green notes of gardenia are reinforced by hedione. Gradually, the creaminess of the petals flirts with the green notes, revealing all the sensuality of the ripe flower, while remaining very young and carefree.

    Our opinion

    Some gardenias are like armour. Gucci Flora Gorgeous Gardenia Intense rises like a naked voice.

    Any criticism?

    The sandalwood is perhaps a little too subtle.

  • L’icône des prochaines collections : l’humanité ?

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    L’été n’est pas encore fini que je m’interroge déjà sur les collections à venir.

    Face à la montée des extrêmes et des horreurs de ce monde, les prochaines collections vont-elles nourrir une irrépressible envie de légèreté ou cette attraction même paraît-elle insoutenable aux yeux des créateurs ?

    La silhouette sera-t-elle politisée ?

    Les corps seront-ils vecteurs de messages ?

    Combien de pièces iconiques naîtront de cette saison ?

    Si j’étais directrice de collection, j’armerais cette Fashion Week des classiques de chaque maison. 

    Au nom des enfants qui n’ont que la peau sur les os quelque part dans une bande qu’on appelle Gaza, il serait de mauvais ton de faire de la légèreté le maître mot de ces prochaines collections.

    Chez Tom Ford, chez Givenchy, avec l’arrivée de deux créateurs stars (Ackermann et Burton), il est question de rebâtir. Les deux stylistes se sont plongés avant même de prendre leur poste dans les archives des pères fondateurs. L’un pour mieux s’imprégner du passé avant de s’en distancier pour donner un nouveau souffle aux prochaines collections. L’autre a choisi de déconstruire pour mieux reconstruire, allant jusqu’aux archives de 1952, reconnaissant toutefois que la femme moderne ne peut pas se vêtir de pièces de musée. Pour Sarah Burton, “La clé, c’est l’humanité”.

    Comme l’humanité a singulièrement failli ces dernières années, les créateurs seront-ils ceux qui arriveront à la remettre dans le vêtement là où d’autres n’ont pu la remettre dans la société ?

    Réponse entre septembre et octobre.

    The icon of the upcoming collections: humanity?

    Summer isn’t even over yet, and I’m already wondering about the upcoming collections.

    Faced with the rise of extremes and the horrors of this world, will the next collections fuel an irrepressible desire for lightness, or does this attraction seem unbearable to designers?

    Will the silhouette be politicised?

    Will bodies be vehicles for messages?

    How many iconic pieces will emerge from this season?

    If I were a collection director, I would arm this Fashion Weeks with classics from each house. 

    In the name of the children who are nothing but skin and bones somewhere in a strip of land called Gaza, it would be inappropriate to make lightness the watchword of these upcoming collections.

    At Tom Ford and Givenchy, with the arrival of two star designers (Ackermann and Burton), the focus is on rebuilding. Even before taking up their positions, the two designers immersed themselves in the archives of the founding fathers. One did so to better absorb the past before distancing himself from it in order to breathe new life into the upcoming collections. The other chose to deconstruct in order to rebuild, going as far back as the 1952 archives, while recognising that modern women cannot wear museum pieces. For Sarah Burton, ‘The key is humanity’.

    As humanity has singularly failed in recent years, will designers be the ones who manage to put it back into clothing where others have failed to put it back into society?

    The answer will come between September and October.

    Crédit photo Sarah Burton :

    David Burton, parue dans Vogue France, numéro août 2025

  • Violaine Collas, portrait d’une parfumeuse déterminée

    Elle ne s’arrête jamais de créer, de voyager. Issue d’une formation solide en Personal Care, la parfumeuse Violaine Collas a acquis une technique très sûre que l’on retrouve dans la structure de l’ensemble de ses créations. Nez à la curiosité insatiable, elle a été formée par les plus grands (Pour ne pas les nommer : Bertrand Duchaufour, Maurice Roucel et Dominique Ropion). L’une de ses qualités principales ? Son authenticité.

    Senior perfumer chez Mane après de nombreuses années passées au sein de l’entreprise Symrise, Violaine Collas aime toucher les gens au cœur, travailler sur l’addiction olfactive, la mémoire collective. Elle crée aussi bien pour Margiela que Dolce & Gabbana tout en faisant la part belle à la niche avec des créations détonnantes comme Black Mango pour Born To Stand Out, un des coups de cœur de l’année, ou encore Pas Ce Soir Extrait pour BDK, parfum d’une femme humaine, séduisante et affirmée, et qui ne s’en laisse pas conter… un peu à l’image de notre parfumeuse…

    Chère Violaine,

    Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

    J’ai eu envie de devenir parfumeur très jeune, vers 12 ans. J’étais fascinée par le pouvoir des odeurs, par le fait qu’on pouvait associer un parfum à une personne dès qu’elle entrait dans une pièce, que sentir ce parfum faisait revivre la personne dans n’importe quel autre endroit. Les maisons elles-mêmes avaient une odeur quand j’y pénétrais. On pouvait voyager, voir les gens sans les voir grâce aux parfums, aux odeurs en général.

    Ce pouvoir incroyable me subjugue toujours aujourd’hui.

    J’ai très tôt dit à ma mère “Il y a des gens qui font ton parfum. Je veux être de ces personnes-là”. Elle a compris que je ferai cela et rien d’autre. J’ai eu la chance, par la suite, de rencontrer Bertrand Duchaufour qui m’a permis de mettre un pied chez Florasynth avant même que j’entre à l’ISIPCA.

    J’imagine qu’on peut apprendre beaucoup de choses avec un parfumeur tel que Bertrand Duchaufour…

    Oui. D’autant plus qu’à l’époque, il y avait aussi de grands parfumeurs comme Dominique Ropion et Jean-Louis Sieuzac chez Florasynth. J’y allais tous les mardis soirs pour sentir les matières premières, les décortiquer, les mémoriser. J’étais très assidue : Je n’ai jamais manqué un seul mardi soir. Après avoir réussi le concours de l’ISIPCA, ils m’ont proposé un stage puis m’ont prise en alternance. Dominique est devenu mon mentor sur mes 3 années d’ISIPCA. 

    Je suis partie un an en Allemagne avant de finir mon apprentissage à New-York. La société était devenue Symrise entre-temps. J’ai intégré la division Personal Care à Paris. Cela m’a beaucoup plu : je trouve que c’est très ludique, et cela m’a apporté des atouts techniques importants. 

    Qu’apprend-on en Personal Care ?

    A créer des parfums facilement « lisibles », qui véhiculent un message clair et procurent du plaisir, que le consommateur peut comprendre et s’approprier instinctivement. 

    J’ai l’impression que le consommateur a le choix entre quelque chose de lisible qui le ramène à un souvenir, un confort… ou quelque chose de plus complexe qui raconte une histoire. 

    Le principe chez Maison Margiela, par exemple, c’est d’offrir des parfums qui racontent de façon à la fois sophistiquée et évidente des histoires qui font écho à la mémoire collective. C’est pour moi toujours un atout de choisir des matières premières que le consommateur connaît ou dont l’évocation le fait rêver. Mais la nouveauté ou l’innovation bien expliquées peut aussi intriguer et attirer.

    Revenons à votre parcours. Comment s’est passé votre retour en Fine ?

    Maurice Roucel m’a proposé de venir travailler avec lui en binôme. Je dirais que Dominique Ropion m’a appris la technique et la liberté créative, et que Maurice m’a appris à rester qui j’étais, que cela plaise ou pas aux autres. Cela m’a permis de rester toujours intègre et bien dans ma peau. Puis j’ai rejoint Mane en 2011.

    Pourquoi Mane ?

    J’ai voulu rejoindre Mane car c’est une société française qui produit de belles matières premières naturelles. Je trouve important de défendre le savoir-faire français en parfumerie au cœur d’une société familiale.

    Quelles sont, parmi vos diverses expériences, les plus marquantes ?

    Mes rencontres avec Bertrand, Dominique et Maurice. Ils ont tous trois des caractères différents mais ils sont tous animés par la même passion. Ces rencontres ont été décisives dans ma vie.

    Quels sont vos plus grands défis actuels en tant que parfumeuse ?

    Le défi actuel, c’est le temps. Je trouve que les temps de développement se rallongent de plus en plus. Entre le début d’un projet et la fin, il peut se passer beaucoup de temps. C’est compliqué de se dire parfois “Je travaille sur un projet qui sortira dans 5 ans”. Il faut que la note plaise toujours d’ici là… Et paradoxalement on a de moins en moins de temps au quotidien !

    Vos atouts ?

    Je suis aussi très curieuse : je me nourris beaucoup de voyages, d’art et de cuisine notamment. Et je suis très perfectionniste. très endurante, très pugnace, assez “Pénélope » : s’il faut refaire, je refais. 

    C’est une qualité assez rare…

    Beaucoup de gens pensent que c’est un échec de devoir recommencer. Je ne prends jamais cela comme un échec. Parfois, une note n’aboutit pas tout de suite à une création, mais elle aboutira peut être en la reprenant 10 ans plus tard. Parfois, il faut juste recommencer parce qu’on n’a pas pris le bon angle d’attaque. L’échec, pour moi, serait d’abandonner. 

    Qu’aimez-vous le plus travailler ?

    Ce que j’aime vraiment travailler, c’est l’addiction, comme celle de l’enfant qui sent son doudou. Il ne peut pas se passer de cette odeur qui lui plaît même si elle ne sent pas toujours très bon ! Quand on travaille un parfum, il faut arriver à obtenir cette addiction : celle qui touche le plus profondément. Les addictions évoluent au cours du temps. Après des années à travailler sur des gourmandises et des fruits très sucrés, on va aujourd’hui beaucoup plus sur la naturalité, sur le côté vert d’une fraise, ou d’une framboise quand on la cueille. En parallèle, on travaille également sur de nouvelles gourmandises, très texturées, voire salées.

    Quelles sont, parmi vos créations, les plus populaires ?

    En ce moment, on me parle beaucoup de Black Mango de Born to Stand Out, Brioche Vanille de Lattafa, et toujours de mes créations pour BDK, Maison Margiela et Dolce&Gabbana.

    Quelle est la création dont vous êtes le plus fière ?

    Black Mango, car il offre un parti-pris fort qui était là dès les premiers essais : un contraste entre une mangue salivante et un oud très animal.

    Pour vous, quels sont les enjeux de la parfumerie de demain ?

    Le marché de la parfumerie est devenu un mélange de global et de local avec des influences croisées, notamment du Moyen Orient. 

    C’est-à-dire ?

    La culture olfactive du Moyen Orient inspire les marques occidentales. Les marques du Moyen-Orient vont s’orienter, elles, vers des choses nouvelles en détournant des codes occidentaux par exemple. L’Asie va demander de travailler des notes qui marchent à la fois pour l’Asie et pour le Moyen-Orient. Les cultures voyagent et se nourrissent mutuellement avec quelques années de décalage. 

    D’où vient ce retard ?

    C’est le temps nécessaire pour que les marchés découvrent et intègrent de nouveaux goûts olfactifs. 

    Peut-on dire qu’il répond à des besoins qu’on avait par exemple en France mais qui n’étaient pas assouvis ?

    Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que les parfums du Moyen-Orient ont ouvert d’autres portes.

    Si vous pouviez créer un parfum pour la personnalité de votre choix, qui serait-elle et pourquoi ?

    J’aurais adoré créer un parfum pour Alexander McQueen. Tout ce qu’il a fait était incroyable. Sa façon de construire et de déconstruire…Il y a quelque chose qui me fascine dans ce qu’il a pu faire. J’aime aussi la façon qu’il avait de dire les choses, d’être politiquement incorrect, de façon très créative. L’homme en lui-même me touchait énormément. 

    Quel parfum lui composeriez-vous ?

    Quelque chose d’assez réconfortant, quelque chose qui lui permettrait de s’aimer lui-même. Je jouerais avec du cuir, des notes qui évoquent le rouge comme des épices… Il faudrait que ce soit quelque chose de complètement déstructuré.

    Si vous deviez créer un parfum à 4 mains avec un autre parfumeur, qui serait-il et pourquoi ?

    Je travaille beaucoup avec Julie Massé. Ensemble, on essaie toujours de donner le meilleur de nous-même en toute simplicité. Julie est une personne toujours joyeuse et c’est très agréable. Nous sommes, de plus, très complémentaires. Nous nous enrichissons l’une l’autre.

    Quels sont vos projets futurs ?

    Mes futurs projets sont toujours de nouveaux voyages !

    Crédits photos

    Portraits 1 &2 : Mathieu Dortomb

    Livre sur Alexander McQueen par Véronique Bergen

    Publié aux éditions EPA

  • Un bel amour d’été par Parfum d’Empire: Titania’s Bewitching

    ‘Come and sit on this bed of flowers while I caress your lovely cheeks’.

    A comma, for a summer. After the feat of the indomitable Ruade, Marc-Antoine Corticchiato takes us to a sunny beach to dream with apparent lightness in Un bel amour d’été, his latest creation for Parfum d’Empire, inspired by the perfumer’s research into a magnolia-gardenia accord.

    A few light notes. A slow awakening under the sun.

    In the top notes, the romantic, lazy magnolia, like Bottom in A Midsummer Night’s Dream, takes on the mischievousness of turmeric to claim a little spiciness, lending a distinctive character to the accord. The root could have been replaced by cumin for a touch of “dirt”, reminiscent of a summer skin sweating under the sun, but turmeric adds an interesting touch.

    Then comes gardenia, taking passion to the point of fury in true Titania style, and exotic Ylang-Ylang, which wrap their creamy petals around it, with the complicity of a sassy vanilla and deep sandalwood in the base notes.

    The originality of Un Bel Amour d’Été? Notes of Champaca, the Indo-Malaysian cousin of magnolia, more commonly cultivated for its wood than its bewitching fragrance.

    Un Bel Amour d’Été could be likened to a fleeting passion, a seasonal fragrance, but there’s a quest for absolute characteristic of Marc-Antoine Corticchiato’s main creations. Un Bel Amour d’Eté is here to stay.

    We’re closer to the gardenia flower worn as a buttonhole by dandies at the opera than to mere memories of one love on the beach, and all the better for it. Even in the midst of a seemingly simple story, Marc-Antoine’s fragrances never lose their timeless, ballsy elegance.

    This is one of the most beautiful tributes to gardenia since Gardénia Pétale for Van Cleef & Arpels or Un matin d’orage for Goutal, created by Camille Goutal after a trip to Japan and the memory of fresh gardenia at night, under the rain.

    Let’s not forget the majesty of the magnolia either in this beautiful creation.

    Un Bel Amour d’Ete par Parfum d’Empire : l’envoûtement de Titania

    “Viens, assieds-toi sur ce lit de fleurs pendant que je caresse tes charmantes joues”

    Une virgule, le temps d’un été. Après la prouesse de l’indomptable Ruade, Marc-Antoine Corticchiato nous emmène rêver avec une apparente légèreté sur une plage ensoleillée au travers d’Un bel amour d’été, sa toute dernière création pour Parfum d’Empire, inspirée par une recherche du parfumeur autour d’un accord magnolia-gardénia.

    Quelques notes halées. Un lent réveil sous le soleil.

    En tête, le magnolia romantique et paresseux, tel Bottom dans Le songe d’une nuit d’été, s’offre l’espièglerie du curcuma pour prétendre à un peu de piquant. La racine aurait pu être remplacée par du cumin pour le côté “sale”, humain, qui rappelle la peau en été mais le curcuma apporte une touche intéressante.

    Vient ensuite le gardénia, poussant la passion jusqu’à la fureur en véritable Titania, et l’exotique Ylang-Ylang, qui l’enlacent de leur pétales crémeux avec la complicité d’une vanille gourmande et d’un santal profond en notes de fond. 

    L’originalité d’Un Bel Amour d’Été ? Des notes de Champaca, cousin indomalaisien du magnolia, plus généralement cultivé pour son bois que son parfum pourtant envoûtant. 

    Un bel amour d’été pourrait s’apparenter à une passion fugace, un parfum de saison, mais on y retrouve une quête d’absolu caractéristique des créations de Marc-Antoine Corticchiato. 

    On est plus proche du gardénia porté à la boutonnière par les dandys en soirées que de l’amour à la plage et c’est tant mieux. Même au cœur d’une histoire en apparence simple, Marc-Antoine ne dépare jamais ses parfums d’une élégance intemporelle et “couillue”.

    Un des plus beaux hommages au gardénia depuis Gardénia Pétale pour Van Cleef & Arpels ou Un Matin d’Orage chez Goutal, réalisé par Camille Goutal, même si le magnolia est également un acteur principal de cette fragrance.

  • Repousser les limites de la création pâtissière : Aleksandre Oliver

    Retrouvailles aujourd’hui avec le chef pâtissier Aleksandre Oliver pour une toute nouvelle série sur les chefs qui révolutionnent l’univers de la pâtisserie. 

    Arrière petit-fils du chef Raymond Oliver, premier cuisinier à avoir tenu une émission culinaire à la télévision, et fils du restaurateur Bruno Oliver, Aleksandre n’a de cesse de repenser les codes du sucré et de la conception des desserts.

    Élu Pâtissier de l’année 2018 par Le Chef Magazine, Jeune Pâtissier de l’année 2018 également par Le Gault Millau, Aleksandre a même reçu deux fois le Passion Dessert par le Guide Michelin en 2019 et 2022. Un palmarès impressionnant pour celui qui a fait son chemin dans les palaces jusqu’à arriver à l’Hôtel du Palais à Biarritz en 2021. Très vite, il y repousse les limites de la pâtisserie contemporaine en travaillant main dans la main avec les chefs et leurs équipes de cuisine. 

    Son inspiration première ? L’environnement naturel de l’hôtel, l’océan à perte de vue qui lui donne aussitôt envie de bousculer les conventions culinaires et de proposer des desserts inédits autour des algues et des produits de la mer.

    Pour Pâques, il a décidé d’étonner les clients en leur proposant une “fraise” inédite là où d’autres revisitent (encore) l’œuf. Il nous raconte aujourd’hui comment il l’a créée et comment il continue son exploration de l’univers du sucré en puisant dans son inspiration dans la cuisine salée traditionnelle sur un thème bien précis : comment créer sauces et ragoûts pour de nouveaux desserts ?

    Rencontre

    Flannie : Une fraise pour Pâques !  Comment est née cette idée ?

    Aleksandre : C’est la magie de la vie. On était parti à la base pour faire un œuf qui s’appelle “écaille de pin”, un mélange entre des écailles de poissons et une pomme de pin mais l’idée ne m’a pas inspiré longtemps. J’ai repensé aux oursons guimauves de mon enfance, beaucoup plus enthousiasmants. Nous en faisons toujours au Palais.

    J’ai imaginé créer une espèce de tête d’ourson guimauve en faisant les oreilles, le museau et en trempant l’œuf dans une guimauve. Je dois dire que mes équipes étaient dubitatives. Cependant, j’ai essayé et cela a marché du premier coup. 

    Flannie : Motivant, n’est-ce pas ?

    Aleksandre : J’ai réalisé en effet qu’on pouvait aller encore beaucoup plus loin. Pourquoi, par exemple, ne pas faire une fraise garnie de guimauve dont la coque serait trempée dans du sucre ? J’ai soumis l’idée à mes équipes et nous sommes aussitôt partis sur cette création pour sortir du standard full chocolat, noisettes, et autres.

    J’ai utilisé les premières fraises qui sont arrivées de La Ferme Etchelecu. Jacques et Nathalie, les producteurs basés au Pays Basque, font pousser plusieurs variétés de fraises que nous incorporons dans nos desserts. Pour Pâques, je les utilisais pour sublimer, mettre en avant le côté soleil, printanier des festivités pascales plutôt que le côté chocolat classique.

    Flannie : Tu nous partages sa réalisation ?

    Aleksandre : Oui, volontiers. On fait une coque de chocolat dans laquelle on ajoute de la fraise lyophilisée qui vient lui apporter un léger goût acidulé. Ensuite, on tartine un praliné à la pistache avec un peu de chocolat blanc fondu sur lequel on met des pistaches torréfiées et un peu de fleur de sel.

    Après, on fait, en parallèle, une guimauve et une pâte de fruits à la fraise. Une fois prêtes, on les incorpore l’une dans l’autre, créant ainsi une nouvelle confiserie. Puis, on vient remplir l’intérieur de la coque avec cette pâte.

    Flannie : Combien de temps te faut-il pour la réaliser ?

    Aleksandre : Il faut compter 3 jours de travail au moins. Il est nécessaire d’attendre que le chocolat cristallise. Il faut le praliner, ainsi que la guimauve, avant de pouvoir refermer la coque puis de réaliser le décor. Une fois qu’il est garni, on colle l’œuf. Après, on vient le recouvrir d’un léger sucre acidulé pour obtenir une texture qui rappelle la fraise tagada puis on fait des petits points blancs au chocolat pour faire les petits pépins de fraises. Dessus, on applique une pâte sucrée dans laquelle on mixe de la menthe fraîche. On pose le tout sur un sac en chocolat avec des petites fleurs de fraises.

    Flannie : Avant de te laisser faire ta mise en place, raconte-nous un peu sur quoi tu travailles en ce moment.

    Aleksandre : J’essaie d’apporter une nouvelle réflexion dans nos desserts. J’en ai toujours un avec de l’algue car l’algue en dessert est une de mes signatures. Nous avons fait partie des premiers à avoir osé introduire les algues dans les desserts. Cela a permis par la suite à tous les autres pâtissiers d’oser à leur tour.

    En parallèle, j’approfondis le travail sur les sauces dans les desserts. C’est quelque chose que m’a inspiré le chef Yoann Conte quand j’ai travaillé chez lui il y a 8 ou 9 ans. Les sauces faisaient partie des piliers de sa cuisine et je me suis rendu compte qu’en pâtisserie, personne ne traitait les sauces, les jus. Avec mes équipes, on a décidé de travailler les sauces, comme les cuisiniers, mais au niveau des desserts. 

    Aujourd’hui, je réfléchis à aller encore plus loin, toujours en m’inspirant des cuisiniers et leur travail autour du ragoût. Je travaille sur les ragoûts en dessert avec mes équipes, des ragoûts modernes, que je pense pour la pâtisserie, avec des notes fruitées, acidulées. 

    Flannie : C’est assez inédit !

    Aleksandre : Dans ma vie de pâtissier, j’essaie de faire un peu bouger les choses à mon échelle. J’espère apporter de nouvelles idées, de nouvelles techniques, de nouvelles tendances à la pâtisserie française. Et je suis assez content. Souvent, je vois que cela prend. Les idées sont suivies après. J’ai aussi fait cette réflexion sur les glaces. On a sorti une glace au céleri rôti et au beurre noisette. J’ai fait infuser le lait et la crème dans la glace en utilisant des coquilles de noisettes torréfiées et fumées, créant ainsi de nouvelles saveurs qu’on ne connaissait pas.

    Plus on avance, plus on se rend compte qu’il y a de plus en plus de choses à explorer.

    Flannie : Est-ce que les équipes côté cuisine s’inspirent aussi de ce que vous faites côté pâtisserie ?

    Aleksandre : On s’inspire mutuellement de manière générale. On va juste regarder un peu ce qui se fait, et puis essayer de se l’approprier. Les chefs avec qui j’ai travaillé avaient tendance aussi à regarder un peu notre travail en pâtisserie  pour qu’il y ait une continuité, des échanges sur des saveurs, des techniques. Tout à l’heure, j’échangeais justement avec mon chef sur des techniques de cuisson.

    Flannie : A l’approche des vacances, que réserves-tu aux clients du Palais ?

    Aleksandre : La nouvelle carte du gastro, cet été, propose aux clients de belles nouveautés, avec notamment un dessert sur les cueillettes du moment, entre les herbes du potager du palais, les cueillettes sauvages ( fleur de sureau, reine des prés …) et les algues de mon producteur Jean-Marie Pedron qui me livre en fonction de ses récoltes… un dessert vivant au fil de l’humeur du temps qui évolue constamment.

    Nous travaillons également sur un nouveau pré-dessert dans lequel nous avons choisi de mettre en avant des fraises non mûres pour faire face justement aux intempéries, et au fait que les fraises ont de plus en plus de mal à mûrir et à sucrer. En tant que pâtissiers, nous  nous adaptons et essayons de mettre à profit notre savoir-faire pour exploiter ces fruits qui seraient autrement gâchés.  Dans ce pré-dessert, nous travaillons les fraises avec de la criste marine et du pélargonium. Le résultat est génial !

    Crédit photos

    Portrait : Mathieu Mengaillou

    Desserts : Elisa Reverbel

  • Journal de nuit : Candor par Chapelle Factory

    Un manteau de cuir Loewe et rien d’autre, si ce n’est Candor, le “bébé” du tout nouveau triptyque de Chapel Factory. “Un parfum lumineux, contrasté par la profondeur de l’encens”

    Néroli, fleur d’oranger et amande amère jouent les notes de l’enfance heureuse tandis que l’encens vient s’inviter en trouble fête. Certains y verront une approche de la spiritualité par une des plus prolifiques créatrices du moment, Anaïs Biguine. D’autres s’offriront une plongée entre ombre et lumière, candeur et ténèbres, contraste travaillé d’une main de maître par la fondatrice de la marque Jardins d’ecrivains.

    Si l’ensemble fleure l’ère de la Romance Gothique, Anaïs crée cependant une proposition entièrement nouvelle.

    De tout temps, les artistes se sont attachés à explorer l’ombre et la lumière. Elle va plus loin en introduisant une notion assez peu mise en avant dans l’univers olfactif : la candeur. La candeur enveloppée sous un manteau de mystère dans une atmosphère dickensienne.

    Peut-on réellement faire cohabiter candeur et ténèbres ? 

    Qui reste candide face aux ténèbres ? 

    Imaginez une petite fille innocente, mais espiègle, qui chaque soir attend l’appel complice de la nuit pour enjamber sa fenêtre dès que les adultes sont couchés. Sans attendre, elle se fraie un chemin dans l’épaisseur nocturne, les sens aux abois. Elle croise sur son chemin bien des êtres étranges, des diables de tous gabarits. Des fêtards éméchés dont on ne sait si, enfin de soirée, ils rient ou pleurent de leurs propres vies, des rebelles cherchant à s’affranchir des diktats du jour, des marchandes d’allumettes au cœur lourd mais silencieux ainsi que des marchandes de perles qui, au petit matin, rendent des comptes à des messieurs fort peu scrupuleux.

    Que reste-t-il de la candeur quand on plonge dans la nuit un peu trop tôt ? Candor permet de l’explorer et de renouer avec notre enfant intérieur et ses démons d’un autre temps. Les démons de l’enfance ont vieilli mais la candeur de la demoiselle n’a pas pris une ride. Peu importe la noirceur de certains moments, la candeur n’est jamais très loin chez certains. 

    Amande amère ou amande douce ? Sous le néroli, l’enfant-femme portant Candor ne veut pas choisir, peut-être bien parce que la fleur d’oranger, en note de coeur, lui évoque des souvenirs chers émanant de la cuisine de sa grand-mère. La fleur blanche de Néroli, lactée, gourmande, a beau jouer de sa sensualité sous son nez, la jeune femme au coeur un peu plus noir ne cède toujours pas sa part d’enfant, peu importe combien de Fagin elle croise, de Bill Sikes…

    Enfant-femme ou garçon manqué, elle se promène avec un peu trop d’innocence entre le cuir qui craque à même la peau, la gravité qui émane de l’encens et une sensualité qu’elle n’a absolument pas envie de maîtriser, jouant de certains codes féminins avec un rappel de masculinité frivole grâce au cèdre en note de fond.

    Candor est une petite histoire en soi qui peut se faire un joli chemin sur les peaux qui n’ont pas envie de trancher entre ténèbres et innocence, spiritualité et spontanéité païenne, absolus féminins et décontraction boyish. Pourquoi choisir ? 

    Un joli pied de nez à bien des attentes. 

    Notes de tête: Néroli, Amande
    Notes de coeur: Fleur d’oranger, Jasmin, Rose, Bois d’encens
    Notes de fond: Musc, Cèdre

    Night Diary

    A Loewe leather coat and nothing else, except Candor, the “baby” of Chapel Factory’s brand new triptych, worn on a naked skin ‘A luminous fragrance, contrasted by the depth of incense’ that could remind one of the era of the Gothic Romance.

    Neroli, orange blossom and bitter almond play the notes of happy childhood, while frankincense comes in as a troublemaker as if Dickens was at the controls. Some will see it as an approach to spirituality by one of the most prolific designers of the moment, Anaïs Biguine. Others will find themselves plunged between light and shadow, candour and darkness, a contrast masterfully crafted by the founder of the Jardins d’ecrivains brand.

    Artists have always explored light and shadow. Anaïs goes a step further by introducing a notion that is not often emphasised in the world of scents: candour. A candour clothed in a thick coat of mystery, unaware of contemporary evil.

    Is it really possible for candour and darkness to coexist? 

    Who remains candid in the face of darkness?

    Imagine an innocent but mischievous little girl, who waits every evening for the call of night to climb out of her window as soon as the adults have gone to bed. Without waiting, she makes her way through the darkness, her senses on edge. She comes across many strange creatures along the way. Drunken party-goers who don’t know whether they’re laughing or crying about their own lives at the end of the night, rebels seeking to free themselves from the dictates of the day, match-sellers with heavy but silent hearts and pearl-sellers who, in the early hours of the morning, have to answer to some very unscrupulous gentlemen.

    What remains of candour when you plunge into the night a little too early? Candor allows us to explore this and reconnect with our inner child and his demons from another time. The demons of childhood have grown up, but the candour of the young lady has not aged a day. No matter how dark some moments may be, candour is never far away in some people, no matter how many Fagin and Bill Sikes they encounter.

    Bitter almond or sweet almond? Under the neroli, the child-woman wearing Candor doesn’t want to choose, perhaps because the orange blossom in the heart note evokes fond memories of her grandmother’s cooking, even if a bit too pervasive. The white, milky, gourmand Neroli flower may play sensually under her nose, but the young woman with the slightly darker heart still won’t give up her childish side. 

    Whether she’s a child or a tomboy, she wanders with a little too much innocence between the leather that crackles against her skin, the gravity emanating from the incense and a sensuality she has absolutely no desire to master, playing on certain feminine codes with a reminder of frivolous masculinity thanks to the cedar in the base note.

    Candor is a little story in itself, which can make its way onto skin that doesn’t want to be torn between darkness and innocence, spirituality and pagan spontaneity, feminine absolutes and boyish casualness. Why choose? 

    It’s the perfect way to defy expectations.

    Top notes: Neroli, Bitter Almond
    Middle notes: Orange blossom, Jasmine, Rose, Incense wood
    Base notes: Musk, Cedar