D’une rencontre autour du cacao à un questionnement sur le digital et la parfumerie, Marie Hugentobler a cette faculté d’être là où on ne l’attend pas. Cette parfumeuse attirée par les voyages et les différentes cultures du monde a signé ces dernières années quelques beaux parfums pour Atelier Materi dont l’incroyable Cacao Porcelana (une merveille dont on vous parlera très bientôt). Entretien avec une femme de talent

Chère Marie,

Pouvez-vous nous conter votre parcours ? Comment êtes-vous devenue parfumeuse ?

Vers l’âge de 17 ans, je me suis levée un matin en me disant “C’est ce métier que je veux faire”. Suite à cela, je me suis renseignée sur les études à faire – fac de chimie, concours de l’ISIPCA. J’ai ainsi mis un pied dans le parfum.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce métier ? 

Ce que j’aime à travers ce métier, c’est le contact avec la matière, la possibilité d’expérimenter autour des matières, de leurs associations, d’arriver à une signature qui va plaire au client, au consommateur. Le contact avec le parfum est dingue. On va chercher quelque chose chez les gens qui n’est pas forcément très rationnel. C’est vraiment joli.

Après l’ISIPCA, je suis partie travailler en Angleterre pour un groupe indien. J’ai appris énormément de choses. Culturellement, c’était magnifique. J’ai passé 4 années avec eux. Ensuite, j’ai rejoint Cosmo Fragrances qui était basée aux USA. J’ai rejoint leur premier site en Europe. J’ai travaillé 13 ans pour eux avant de rejoindre Firmenich, aujourd’hui dsm-firmenich. Je travaille depuis 4 ans pour dsm-Firmenich et, plus précisément maintenant, pour Scentmate, une initiative de dsm-firmenich, sur un projet passionnant : comment utiliser le pouvoir du digital pour soutenir le travail sur les briefs, le travail avec les clients, les parfums…? C’est une réflexion autour du fait que la révolution digitale arrive dans tous les domaines. Comment peut-elle se mettre au service de notre métier ? 

Parmi ces expériences, laquelle est, pour vous, la plus marquante ?

Mon aventure actuelle chez Scentmate by dsm-firmenich. Travailler main dans la main avec des gens ayant un parcours très digital, comprendre ce qu’est la philosophie dans la création du parcours client, par exemple. L’essence même de cet échange est de garder la parfumerie comme colonne vertébrale tout en imaginant une forme de transformation digitale. J’apprends énormément de choses, à la fois sur un monde que je ne connaissais pas (le digital), à la fois sur la parfumerie elle-même. Cela m’amène à un travail d’introspection sur mon métier que je trouve intéressant. 

Quels sont vos défis actuels en tant que parfumeuse ?

En termes de formulation, le grand défi, pour les parfumeurs aujourd’hui, est de faire évoluer la manière de formuler pour aller dans le sens d’une parfumerie plus consciente et respectueuse. Il y a déjà eu une grande évolution ces 5 dernières années mais cela reste un défi pour notre industrie. Cela nécessite, pour nous, parfumeurs, de réinventer notre façon de formuler. Le monde change, nous devons changer avec.

Quand j’ai commencé ma carrière, au début des années 2000, est apparue la liste des 26 allergènes. Tout le monde criait à la mort de la parfumerie. Finalement, il y a eu une forme de résilience et une exploration nouvelle. Ce genre de défi est un grand moteur d’évolution. On arrive dans une autre dimension qui est vraiment la partie “Conscious Perfumery”. 

Quels sont vos atouts face à cela ?

Je suis quelqu’un qui adore apprendre et je suis très en ligne avec certaines traditions asiatiques qui rappellent que la seule constante, c’est le changement. Je pense qu’il est normal que nous ayons à faire face à ces défis. Nous faisions jusqu’ici d’une certaine manière. Il faut savoir maintenant se réinventer. 

Pouvez-vous nous parler un peu de votre actualité olfactive ?

Actuellement, je travaille sur des choses très variées pour différents marchés. J’ai un peu l’impression d’être face à un kaléidoscope. 

Quels sont, parmi vos créations, les plus populaires ?

Les parfums pour Atelier Materi. J’ai aussi travaillé récemment pour un influenceur allemand, Twenty4Tim, et le parfum créé s’est retrouvé 3 fois en rupture de stock en Allemagne.

Quelle est la création dont vous êtes le plus fière ?

Il n’y en a pas une en particulier. Tous les projets ne se ressemblent pas. Parfois, certains sont plus des aventures humaines que d’autres. On s’adapte beaucoup. J’aurais vraiment du mal à faire ressortir une création plutôt qu’une autre. Ma collaboration avec Atelier Materi me tient cependant particulièrement à cœur. J’aime beaucoup la personne qu’est Véronique Le Bihan, la fondatrice de la maison.

Quels sont, pour vous, les enjeux de la parfumerie de demain ?

La sustainability, sans hésitation. C’est un véritable enjeu. Nous sommes des acteurs importants sur cette question. Nous pouvons prendre le lead. Il est important que nous n’attendions pas que des normes arrivent. Il nous faut embrasser cette nécessité et aller de l’avant sur ce point.

Si vous pouviez créer un parfum pour la personnalité de votre choix, qui serait-elle ?

J’aimerais créer un parfum pour l’héroïne de Margaux Motin. Je pense à elle car j’adore son trait et son personnage est très attachant.

Quel parfum feriez-vous pour ce personnage ?

Elle a à la fois un côté très rêveur et elle dit aussi “je suis trop nombreuse pour qu’on me mette dans une case, dans une boîte”. Je pense que je créerais un parfum avec des associations un peu surprenantes. Je travaillerais peut-être une fleur d’oranger musquée à laquelle on vient ajouter des épices un peu pétillantes. Retrouver un caractère enfant mais aussi un caractère très femme. Je travaillerais un parfum dans le contraste. 

Si vous pouviez créer un parfum à 4 mains avec un autre parfumeur, qui choisiriez-vous ?

J’ai l’embarras du choix. Pour moi, c’est vraiment un métier de partage. On met souvent en avant le fait que les parfumeurs sont en concurrence. C’est effectivement une industrie qui est très dure à ce niveau mais je trouve que la collaboration transcende cela. Je vais proposer un parfum à 6 mains. J’ai énormément d’admiration pour le travail d’Alberto Morillas. Je trouve que c’est quelqu’un de super et j’aime aussi la partie transmission. Je choisirais donc, comme autre paire de mains, quelqu’un de la nouvelle génération, Coralie Spicher.

Quels sont vos projets futurs ?

J’aime me laisser surprendre par les opportunités qui se présentent. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas de souhaits, de volontés, mais, parfois, ce que l’avenir nous réserve est beaucoup plus beau, beaucoup plus puissant que ce nous pouvons nous projeter.

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