Flannie

Le théorème de l'escarpin

Catégorie : Parfums

  • Iris Cartagena 502 par Bon Parfumeur

    A l’occasion du lancement de la collection Signature chez Bon Parfumeur, rencontre avec Ludovic Bonneton et Clément Marx autour d’Iris Cartagena 502, une des plus belles créations de la maison déclinée aujourd’hui en eau de parfum.

    Love Story sous les étoiles de Carthagène

    C’est l’histoire d’un nouvel an pas comme les autres pour le voyageur aussi compulsif qu’impulsif qu’est Ludovic Bonneton.

    Ludovic travaille dans le secteur du voyage. C’est un homme qui ne tient pas en place. Il a besoin de se confronter aux autres, à leurs cultures, aux paysages du monde et à leurs senteurs. Parlant senteurs, l’homme, qui ne se pensait pas destiné à travailler un jour dans la parfumerie, portait Jicky à 15 ans. Un parti pris basé sur l’odeur du parfum. Que Guerlain ait plongé dans sa formule ses relents d’infortune et de cœur brisé par un jeune anglaise, un brin garçonne, lors de ses études en Angleterre, ne l’intéresse pas. Il s’approprie la senteur et c’est avec cette légende de la haute parfumerie dans son sillage qu’il fait ses premières découvertes du monde et s’élance dans sa propre légende. Pour lui, c’était “un supplément d’âme qui l’accompagnait dans ses journées.” “J’avais le goût de chercher des choses qui me ressemblent” vous dit-il si simplement que cela traduit déjà que l’authenticité ne l’a jamais quitté dans sa quête d’excellence.

    Entre sa rencontre avec Jicky et la création de Bon Parfumeur, se déroule une belle tranche de vie durant laquelle Ludovic voyage beaucoup. A son rythme. Celui des rencontres. A un vol Paris Dubaï, il préféra très tôt les trains couchettes, de ceux qui traversent la Russie jusqu’à la Mongolie, faisant connaissance au passage avec des voyageurs peu commun, criminels de passage avec qui il jouent aux cartes, des soldats de l’Armée rouge en des temps qui ne prédisaient pas ce qui allait se passer ensuite dans le monde. A 25 ans, Ludovic décide de faire Paris-Bombay sans prendre l’avion. 

    Mais ce qui va déterminer la création de la maison Bon Parfumeur, c’est… une femme, Isabella. Isabella est le voyage d’une vie. Celui du cœur. Au travers d’Iris Cartagena, Ludovic veut graver dans un parfum sa rencontre avec celle qui deviendra son épouse Car ce grand voyageur préfère mettre ses plus beaux souvenirs en flacons que sur des clichés. Et c’est en Colombie, à Carthagène, que leur histoire a démarré, un 31 décembre.

    “Cartagena est une ville complètement dingue, raconte-t-il. C’est une vieille ville qui reste dans son jus. Son passé incroyable est toujours présent entre ses murs.” Cartagena, dite Carthagène des Indes, est une ville qui grouille de vie. L’architecture de son centre historique colonial est classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Dans son passé, ses richesses étaient telles qu’elle attirait nombre de convoitises. Fondée en 1533 sur une route commerciale très prisée, elle se fit attaquer par nombre de pirates dont le célèbre Francis Drake et le non moins connu pirate Henry Morgan.

    Capitale du Bolivar, elle alimente les légendes autant qu’elle en crée de nouvelles. En décembre, la pluie cesse. Les température environnent les 25 – 30 degrés.

    “J’étais dans cette vieille ville au bord des Caraïbes, continue Ludovic, au sommet d’un hôtel particulier, chez une femme qui est assez connue là-bas, une version féminine et colombienne de Gatsby le Magnifique. Elle fait toujours une énorme fête au moment du Nouvel An. Tout le monde y est bienvenu. J’étais avec un groupe d’amis. L’un d’eux connaissait Isabella et me l’a présentée. Nous étions sous les étoiles au sommet d’un des trois hôtels particuliers qui appartenaient à cette femme.

    Dans Iris Cartagena, j’ai voulu retranscrire cet exact moment. C’est la fin de l’année, le début de la fête. Sous les étoiles de Carthagène, il fait chaud, les gens sont vêtus de blanc, je rencontre celle qui va devenir ma femme.

    ”Nous sommes partis sur un iris santalé avec des facettes gourmandes sans être sirupeuses. Le gourmand n’était pas le propos, mais il avait toutefois une place dans cette rencontre, dans ce parfum. Nous avons ensuite ajouté du rhum, un rhum incroyable, très texturé, ajoute Ludovic, et un cacao avec une facette assez sombre.”

    Pour ce faire, Ludovic a fait appel au jeune parfumeur Clément Marx formé chez Robertet New York. “J’ai vraiment travaillé l’extrait en partant de l’image d’une fin de journée, raconte Clément Marx, quand l’air chaud de la journée commence à se refroidir, au milieu de la jungle, après un excellent dîner. Le café et le dessert avec sa note cacao s’imprègnent de l’humidité sourde de cette jungle, les notes boisées, très froides et humides, qui sortent de la forêt. Une note de rhum se glisse dans le tableau tandis que la lumière tombe, aussi chaleureuse que enveloppante.”

    La marque Bon Parfumeur est d’ailleurs née en Colombie. “J’ai eu le déclic en 2015, raconte Ludovic. J’avais proposé à ma femme de nous installer en Colombie pour que je puisse connaître sa famille, ses amis. Nous vivions à Cali, la troisième ville du pays. Une très grande ville de 2 millions d’habitants, au climat très tropical, à 2000 mètres d’altitude.

    Nous avions l’habitude de faire des cabalgatas, des promenades à cheval. Un jour, nous avons fait une cabalgata particulière, au départ de la ville. Nous sommes allés dans la montagne. La journée durant, j’ai senti toutes les odeurs. C’était un incroyable festival entre l’odeur des chevaux, de l’écurie, celles émanant de la pollution de la ville, les fleurs bordant les maisons à la sortie du centre ville, l’herbe coupée dans la prairie. Nous avons ensuite traversé une forêt assez sombre avec des relents de terre très prononcés jusqu’à arriver au sommet de la montagne sur lequel un nuage s’était accroché avec des notes fraîches, aquatiques tandis que beaucoup de gens fumaient, buvaient de l’alcool. C’est à la fin de cette journée que je me suis décidé : j’allais créer des parfums et en faire mon métier tout en partageant mes souvenirs dans ces créations. 

    Ludovic dit volontiers aimer les parfums aux clichés. “J’ai énormément voyagé mais j’ai rarement pris des photos. Je ne suis pas très sensible aux clichés mais les odeurs me font autant voyager que re-voyager. De mon épopée en Russie, par exemple, j’ai surtout pris des photos des gens rencontrés. J’ai encore un cliché de l’ouvrier ferroviaire qui changeait les rails du train à la frontière entre la Pologne et la Russie. Il avait une tête d’ouvrier à la Zola. Il se marrait tout en changeant les rails car les rails ne sont pas les mêmes en Russie et en Europe.”

    Clément Marx, lui, adore la photographie et rêve de créer un projet autour d’une exposition photographique accompagnée de parfums.

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    En 2025, l’eau de parfum Iris Cartagena 502 est sortie et est devenue cette année un des plus grands succès de la marque. Pourquoi une eau de parfum après un extrait ? “Beaucoup de gens aimant Iris Cartagena voulaient une version plus légère à porter le jour, explique Ludovic C’est un beau succès car ce boisé musqué plaît aux clients qui n’aiment pas initialement les gourmands. Dans cette déclinaison d’Iris Cartagena, je souhaitais raconter le réveil après la fête, au bord de la mer, avec celle qui allait devenir ma femme. Dans mon imaginaire, nous n’étions plus vraiment à Carthagène. Nous étions à Baroum, qui est la grande île en face. Et c’est ainsi que la mandarine et l’infusion de cacao sont entrés en jeu.”

    Pour la création de cette eau de parfum qui est presque plus addictive que l’extrait original, le parfumeur Clément Marx a suivi un chemin autre que pour la création de l’extrait d’Iris Cartagena. “L’idée était de ramener une envolée en propulsant le parfum dans un instant diurne. Sur cette eau de parfum, j’ai ouvert les fenêtres, j’ai laissé le vent entrer dans la composition, souffler sur les ingrédients. Nous voulions amener une forme de respiration qu’on ne retrouve pas l’extrait, plus nocturne. Nous cherchions à amener quelque chose d’un peu plus végétal. J’ai ajouté, de plus, une notion de mouvement. Cette formule donne envie d’en remettre dans la journée de par sa fraîcheur addictive, via les notes aromatiques, et l’eucalyptus qui n’était pas présent dans la formule de l’extrait. Il permet de gonfler la note et de l’ouvrir. Dans l’extrait, nous étions plus dans cocon, une bulle au milieu de la forêt, quelque chose de très intimiste.

    Même au niveau du comportement des parfums, ajoute le parfumeur, l’extrait est plus proche du corps. Le sillage est plus proche en termes de distance et de tenue. L’extrait d’Iris Cartagena 502 est plus idéal sur les vêtements à mon goût. Il peut tenir des mois. L’eau de parfum, par contre, se révèle plus sur la peau, s’ouvrant plus.” Sa légèreté est plus communicative. 

    Notre avis : 

    Deux parfums autour d’une même histoire. L’un très communicatif, l’autre plus intimiste. Tous deux terriblement addictifs. La forte personnalité de l’extrait en fait un compagnon idéal pour les mois d’hiver tandis que l’eau de parfum se porte avec aisance toute l’année et donne très envie, comme le dit Clément Marx, d’en remettre plusieurs fois par jour.

  • Overdose d’animalité

    On attendait son grand retour depuis que Tom Ford nous avait proposé Vanilla Sex : une vanille qui parle le sexe première langue. Avec un brin de gourmandise, entre deux bouffées d’animalité, Vanille Caviar est née chez BDK.

    L’icône

    Après un départ vanillé très sexe, calamus et bourgeon de cassis en tête, Vanille Caviar, avant-dernier né dans la collection Matière chez BDK, joue les overdoses animalistiques avec une touche de gourmandise autour d’une gousse de vanille huileuse, cuirée, entre ciste et baume du Pérou en notes de fond. 

    L’âme et la matière

    Si le propos de Vanille Caviar n’est pas de servir la collection des Parisiennes chez BDK, il en a toutefois l’âme et le caractère. Il pourrait se promener dans Pigalle aux côtés de Rouge Smoking, parfum phare de la marque, même s’il n’est pas encore tout à fait Parisian Fluent.

    Ses facettes fauves joliment texturées le rendent exotique en diable.

    Quelques mots de l’intéressé(e)

    “On me parle beaucoup de mon audace. Je dirais qu’il était temps de rappeler enfin pourquoi la vanille était une des matières les plus chères du marché. Opulente, j’ose. On me dit brutale, directe mais je suis généreuse. je ne suis pas pour les âmes sensibles. Mes talons sont hauts mais ne claquent pas. Je me meus sur votre peau jusqu’à ce que vos sens en soient repus.”

    Son créateur 

    David Benedek. Diplômé de l’Institut Français de la Mode, David Benedek a créé la marque BDK en désirant travailler le parfum comme le vêtement. La collection Matière, dans cet esprit, traite des plus belles matières de la parfumerie moderne explorées de façon inédite, comme de belles étoffes. “En imaginant Vanille Caviar, j’ai voulu dévoiler une vanille dans son expression la plus brute et la plus sensuelle, en nous rapprochant au plus près de la matière, de son grain.”

    Partner in crime 

    Pour la réaliser, David Benedek a fait appel à Alexandra Carlin qui a également travaillé sur Velvet Tonka et Velvet Tonka Extrait avec lui. Alexandra Carlin, une parfumeuse à l’œil mode affuté qui pourrait elle-même être une héroïne de l’autre collection BDK, les Parisiennes. “J’ai choisi une formule assez courte avec beaucoup de matières premières ayant du caractère, comme le labdanum ou encore le calamus, rhizome qui vient d’Inde. Je l’ai utilisé pour le côté texturé qu’il apporte à un parfum. Il a un côté un peu “cookie dough”.  Un vrai parti pris. J’ai choisi de n’apporter aucune autre note gourmande pour laisser la gousse s’exprimer.”

    Guilty Pleasure vanillé

    Alexandra porte peu de vanilles mais elle raffole de L de Lolita Lempicka créé par Maurice Roucel qui ne fut rien de moins que son mentor durant ses études. Une vanille lactée et caramélisée avec une touche de caractère et une sensualité tout en insouciance. 

    David, lui, raffole d’une crème anglaise qu’il déguste quand il va au ski entre amis chaque année. “Je pourrais la manger à la louche tant elle est intense et réconfortante.”

    A rideau ouvert

    Si Paris est une héroïne de tous les jours pour David Benedek, c’est toutefois à Madagascar qu’il souhaitait rendre hommage avec Vanille Caviar. “Je me souviens encore de l’odeur des plantations de vanille quand nous les avons visitées, raconte David Benedek : celle des gousses, sombres et brillantes, presque liquoreuses, à la fois intenses et profondément sensuelles qui séchaient.”

    Backstage

    Un vrai respect de ce duo pour les “petites mains” qu’ils ont rencontrées sur l’île. “Prêtes à être vendues, les gousses sont contrôlées par toute une équipe de malgaches d’un certain âge, bien souvent à la retraite, qui les sentent et qui décident si oui ou non elles sont conformes car il peut y avoir des champignons, des maladies que ces hommes au nez incroyable décèlent simplement en humant les gousses, raconte Alexandra. C’est impressionnant !

  • Red is in. From Ferrari to Miyake, red reigns supreme on the summer catwalk. At the opening of New York Fashion Week, Oprah Winfrey applauded Ralph Lauren’s spring/summer collection, declaring, « I think you wear red when you know you’ve won. » Red is no longer just a statement colour. It’s primal. Pure. But not too beastly. Bold. It becomes architecture. At Ralph Lauren, it adds character, serving as a signature on a suit. At Ashlyn, it powers the Vessel Collection. Hermès offers a sparkling vision of its beloved leather, playfully subverting it with a lace-up crop top and mischievous red leather trousers. Loewe invites us to have fun with a red zippered leather minidress without taking ourselves too seriously. Issey Miyake also plays with red, weaving pleats and bold cut-outs across a range of architectural dresses and skirts. This summer, the little black dress becomes the ‘little red dress’, a key piece crafted entirely from leather, right down to the bow, at Givenchy. This lends an empathetic touch to red, far removed from past clichés.

    Playful and triumphant, the “new red” brings movement and fluidity. It dares to become a language in itself rather than a mere punctuation mark, even in perfumery, from the profusion of red berries in the spring fragrance market to the vermilion bottle of the latest Comme des Garçons, To Vetiver (and beyond), created by Christian Astuguevieille. Red stimulates creativity without overwhelming it. It is one of the most instinctive colors, and summer seems poised to mark a return to this instinct.

  • Animale mystique ou petit diable féminin ?

    Vous reprendrez bien un petit supplément d’animalité en cette année 2026. En parfumerie, la vanille se fait fauve, le cuir retrouve ses lettres de noblesse et Liquides Imaginaires célèbre à nouveau la bête faite femme avec une édition limitée. 

    L’icône

    La bête faite femme. Opulence, muscs poudrés, notes gourmandes. Et au milieu, une animalité addictive pour un large public féminin. Dans son flacon immaculé, se cache un trésor digne du côté disruptif et addictif d’Angel pour Thierry Mugler lors de sa sortie. En tête, des notes de lait se mêlent à une note mystérieuse appelée Mystikal (tout un programme). La tubéreuse et le jasmin viennent renforcer le côté lacté avec une opulence de blancheur et de féminité. Vanille, fève tonka, muscs et cacao en fond apportent une gourmandise addictive.

    L’âme et la matière

    Blanche Bête Limited Edition clôt la trilogie des Eaux de Peaux dont les premiers opus, Peau de bête, La bête humaine et Belle Bête, souhaitaient rendre hommage aux notes animales dans toute leur splendeur. Avec Blanche Bête, un nouveau public a été séduit. 

    Quelques mots de l’intéressée

    “Je ne suis pas un animal sauvage. Ma fourrure est lustrée. Vous ne me verrez pas dans tous les sous-bois. Néanmoins, j’ai des griffes. Je me maquille. Dans ce monde si aseptisé, le maquillage ne révèle-t-il pas plus, parfois, l’animalité ? Mon créateur me voulait licorne mais je suis bien trop sexy, si vous voulez mon avis.”

    Son créateur

    Philippe di Méo, passionné par l’origine de la parfumerie, du sacré, des rituels autour d’ingrédients anciens tels que l’encens, a souhaité, au travers de Liquides Imaginaires, redonner voie(x) olfactivement à la beauté de l’animalité, à la majesté du végétal. “Blanche Bête coche la case des gourmands tout en étant un animal indiscipliné mais urbain, jeune.”

    Partner in crime

    Louise Turner. La toute nouvelle parfumeuse maison de chez Caron avait déjà créé La beauté du diable pour Liquides Imaginaires. Philippe di Méo a fait appel à elle sans hésitation pour créer, au travers de Blanche Bête, ce qu’il appelle une sorte “d’ange des démons”. Un petit démon féminin près à faire tourner nombre de têtes. “J’ai fait appel à Louise car c’est une parfumeuse des plus talentueuses mais elle a aussi une culture du conte, du féérique de par ses origines anglo saxonnes, qui apporte un plus.”

    Le plus sexy dans l’odeur d’une peau

    “Le plus sexy n’est pas l’odeur mais le goût, s’amuse Philippe di Méo. Le goût vient compléter l’odeur. L’odeur est ce qui va nous donner envie de nous en approcher.” 

    A rideau ouvert

    Un parfum s’achète bien souvent sur la tête. Des notes de tête gourmandes, rassurantes, addictives. Quand les notes animales montent enfin au nez, Blanche Bête a déjà captivé son public. Le secret : la note Mystikal développée par Givaudan qui apporte un côté fumé, résineux, sombre à la jeunesse et à l’innocence première du parfum.

    Backstage

    Le succès de Blanche Bête,qui a été récompensé par un FIFI Award, a dépassé le marché de la niche sur plusieurs continents à tel point que ce parfum est copié par d’autres marques. Copié mais encore jamais égalé.

    Blanche Bête: Milky Fur

    Mystical Animal or little feminine devil?

    How about adding a touch of animalism in 2026? In perfumery, vanilla is given a wilder twist, leather regains its prestige, and Liquides Imaginaires celebrates the beast made woman again.

    The Icon

    The beast made a woman. Opulence, powdery musks, gourmand notes. And at its heart, an addictive animality that appeals to a wide female audience. Hidden within its immaculate bottle is a treasure worthy of the disruptive and addictive nature of Angel for Thierry Mugler upon its release. At the top, milky notes mingle with a mysterious note called Mystikal (quite a statement). Tuberose and jasmine reinforce the milky aspect with an opulent whiteness and femininity. The base notes of vanilla, tonka bean, musks, and cocoa provide an addictive gourmand touch.

    Soul and Matter

    Blanche Bête Limited Edition concludes the Eaux de Peaux trilogy, whose first installments, Peau de Bête, La Bête Humaine, and Belle Bête, aimed to pay homage to animal notes in all their splendor. With Blanche Bête, a new audience was captivated.

    A few words from the fragrance

    ‘I’m not a wild animal. My fur is glossy. You won’t find me lurking in every bush. Nevertheless, I have claws. I wear makeup. In this sanitised world, doesn’t make-up sometimes reveal more of our animal nature? My creator wanted me to be a unicorn, but I’m far too sexy for that.”

    Its creator

    Passionate about the origins of perfumery, the sacred and rituals surrounding ancient ingredients such as incense, Philippe di Méo founded Liquides Imaginaires with the aim of giving olfactory expression to the beauty of animality and the majesty of the plant world. « Blanche Bête is both a gourmand and unruly animal, yet also an urban and youthful beast. »

    Partner in crime

    Louise Turner. Caron’s newest in-house perfumer, had already created La Beauté du Diable for Liquides Imaginaires. Philippe di Méo called upon her without hesitation to create Blanche Bête, which he describes as an « angel of demons ». A little feminine devil, ready to turn heads. « I chose Louise because she is an extremely talented perfumer with a background in fairy tales and the fantastical thanks to her Anglo-Saxon heritage, which gives her work an added dimension. »

    The sexiest thing about the scent of skin

    “The sexiest thing isn’t the smell, but the taste,” jokes Philippe di Méo. “Taste enhances the smell. It’s the smell that makes us want to get closer.”

    With the curtain open

    A fragrance is often chosen for its top notes. It has gourmand, reassuring, addictive top notes. By the time the animal notes rise to the nose, Blanche Bête has already captivated its audience. The secret lies in the Mystikal note, developed by Givaudan, which adds a smoky, resinous depth to the fragrance’s youthful and innocent essence.

    Backstage

    The success of Blanche Bête, recognized with a FIFI Award, has transcended its niche market and spread across several continents. This fragrance has even been copied by other brands. Copied, but never equaled.

  • Gourmand, sucré, entre tagada et fraise des bois, un brin subversif, faussement innocent (quoique…), Miami Shake est l’un des plus beaux gourmands proposés par Juliette Has A Gun aux jeunes femmes qui ne s’en laissent pas conter.

    Arrière petit-fils de Nina Ricci, petit-fils de Robert Ricci qui créa l’inoubliable L’Air du Temps, Romano Ricci dédie ses créations olfactives exclusivement aux femmes depuis la naissance de sa marque, Juliette Has A Gun. Hommage à l’héroïne de Roméo et Juliette, Juliette Has A Gun ne perd jamais sa jeunesse depuis près de 20 ans.  

    Et c’est tant mieux.

    Impertinence, fraîcheur, caractère… Trois ingrédients que l’on retrouve dans la narration olfactive de Romano Ricci, peu importe le parfum. L’ADN olfactif de la famille Ricci est présent, avec le talent de ce créatif et pilote automobile, co-créateur de Nose, qui fait honneur à son héritage tout en défiant les conventions jusque dans Miami Shake, faussement simple, qui relève toute la complexité d’une féminité qui se veut décomplexée.

    De la fraise, du bonbon sur la sensation d’une crème anglaise onctueuse (note officielle : crème glacée), accompagnés d’une touche de sulfure sur un lit de vanille. Un vrai dessert olfactif qui se porte de jour comme de nuit, avec audace.

    Romano Ricci voulait sa Juliette libre en créant la marque. Avec Miami Shake, c’est réussi. Si quelques Roméo se perdent dans son sillage, la femme qui porte Miami Shake s’en moque. La maison ne le précise pas mais on peut sentir une fleur capiteuse, ou l’illusion d’une touche de gardénia ou de tubéreuse, se mêlant aux accents de la fraise. On finit sur un effet lipstick rouge et crémeux. Irrésistible pour toutes celles qui n’ont pas envie de se prendre au sérieux. De l’ado à la découverte de sa séduction riante à la femme au caractère joyeux mais bien trempé, Miami Shake a de quoi régaler plus d’un nez.

    Notes officielles : fraise, crème glacée, absolu de vanille

    Daylight Idol: Miami Shake

    Gourmand, sweet, an addictive red fruit between Tagada and wild strawberry, slightly subversive, falsely innocent (although…), Miami Shake is one of the most beautiful gourmand fragrances offered by Juliette Has A Gun to young women who don’t let themselves be fooled.

    Great-grandson of Nina Ricci and grandson of Robert Ricci, the one perfumer who created the unforgettable L’Air du Temps, Romano Ricci has dedicated his fragrance creations exclusively to women since the launch of his brand, Juliette Has A Gun. A tribute to the heroine of Romeo and Juliet, Juliette Has A Gun has never lost its youthful spirit in nearly 20 years.  

    And that’s a good thing.

    Impertinence, freshness, character… Three ingredients found in Romano Ricci’s olfactory narrative, regardless of the fragrance. The olfactory DNA of the Ricci family is present, with the talent of this creative mind and racing driver, co-creator of Nose, who honours his heritage while challenging conventions, even in Miami Shake, a not-so simple fragrance that highlights the complexity of uninhibited femininity.

    Strawberry and candy on a base of creamy custard (official note: ice cream), accompanied by a touch of sulphur on a bed of vanilla. A true olfactory dessert that can be worn day or night, with audacity.

    Romano Ricci wanted his Juliet to be free when he created the brand. With Miami Shake, he has succeeded. If a few Romeos get lost in her wake, the woman who wears Miami Shake doesn’t care. The house doesn’t specify it, but you can smell a heady flower, or the illusion of a touch of gardenia or tuberose, mingling with hints of strawberry. It finishes with a creamy red lipstick effect. Irresistible for anyone who doesn’t want to take themselves too seriously. From teenagers discovering their playful seductiveness to women with a cheerful but strong character, Miami Shake has something to delight more than one nose.

    Official notes: strawberry, ice cream, vanilla absolute.

  • Le premier parfum du petit matin sur lequel j’ai travaillé devait être L’Heure Promise de Cartier avec du petitgrain, des herbes fraîches en tête. On pouvait fouler, pieds nus, l’Herbier de Colette. Le Jardin de Monsieur Li de Jean-Claude Ellena n’était pas encore passé par là. 

    Depuis, dans mon répertoire inversé de la parfumerie, à la page “petit matin”, je peux ajouter ‘tubéreuse et baies roses”. Paul Guerlain, petit-fils de Jean-Paul Guerlain, parfumeur chez IFF et auteur de Fétiche L’encens pour Christian Louboutin, a revisité les promesses de l’aube dans Carnal Cacao pour la Maison Tahité.

    Si ce parfum, pour moi, était une heure, il serait 5h, la petite aiguille posée sur une tubéreuse à peine réveillée, la grande fusant sur des baies roses d’une très belle qualité.

    Il n’y a pas de trotteuse, c’est une heure qui demande à prendre son temps. Un seul pas maladroit et les rêves de la journée pourraient s’envoler.

    La tubéreuse avance un pied devant, prudent, chaussé d’une ballerine, le pétale frémissant au-dessus d’une fève de cacao qui fermente. Pointe en avant, elle a la grâce des romantiques; On la prendrait presque pour une jeune fille. Mais la tubéreuse vous rappelle très vite à quelle famille elle appartient. Une tubéreuse nait femme, jamais elle ne le devient.

    Screenshot

    Bien que charnelle, la belle, dans cette composition, ne se donne pas à qui veut. Timide, dirais-je. Comme un gardénia sur son buisson. Paul Guerlain a su ramener le côté frais d’un gardénia, justement, de par son utilisation de poivre rose en tête qui vient flirter avec la générosité du néroli. Bien qu’en cœur, ce dernier s’en donne justement… à cœur joie en venant jouer des coudes et des codes avec le haut de la pyramide olfactive de Carnal Cacao. 

    Très gentleman, le cacao, en absolu, laisse les fleurs et les baies se trémousser sans imposer une puissance masculine qui, au premier abord, tire plus vers une odeur de coque. Il est “la” présence. Imaginez-le chapeauté et ganté, grâce à l’ambroxan, en fond, qui lui apporte une texture poudrée et un complice pour tenir tout ce petit monde féminin jusqu’à 6h du matin. Ne sous-estimez toutefois pas son animalité. 

    “Je voulais vraiment rester sur cette note cacao, nous raconte Paul. L’idée, c’était d’apporter une addiction, mais qu’elle ne soit pas une addiction sucrée, comme on a l’habitude de sentir en ce moment. J’ai préféré chercher une addiction autour du côté un peu plus sombre du cacao, de son amertume aussi.”

    Les amateurs de cacao reconnaîtront des effluves de fèves fermentées, un chocolat bean to bar, une pointe d’Amérique du Sud, un retour à la fève sacrée des Aztèques qui, peut-être, aurait su se jouer d’une légère note salée pour créer une addiction supplémentaire dans cette composition.

    “Avec le cacao, le champ des possibles est simplement énorme, revient Paul Guerlain sur cette note qu’il a très joliment travaillée dans Carnal Cacao pour Maison Tahité. Tout dépend de l’histoire olfactive qu’on a envie de raconter.

    Je trouve que la gastronomie a bien servi la parfumerie ces dernières années de par une surexposition des chefs et de leurs explorations culinaires. On peut s’en inspirer et imaginer des cacaos fumés, des associations inédites, des torréfactions particulières.”

    Quant à la tubéreuse, grande vedette de cette fragrance, elle n’est ni astrale comme chez Crivelli, ni criminelle comme chez Lutens. Paul lui a donné une toute nouvelle légèreté, loin de certains clichés vénéneux. Si criminelle elle est dans Carnal Cacao, c’est de se présenter si légère, presque jeune fille, qu’elle pousserait bien quelques lectrices du petit matin à s’en émouvoir comme à la lecture d’Anna Karénine, quand cette dernière rencontre Vronsky, 

    où comment une femme mûre remonte les aiguilles de l’horloge de la féminité pour redevenir jeune fille le temps d’un parfum.

    Night Diary : Carnal romanticism

    The first early morning fragrance I worked on was Cartier’s L’Heure Promise, with petitgrain and fresh herbs at the top. You could walk barefoot through Colette’s Herbarium. Le Jardin de Monsieur Li had not yet been created by Jean-Claude Ellena for Hermès.

    Since then, in my inverted perfumery repertoire, on the ‘early morning’ page, I can add ‘tuberose and pink peppercorns’. Paul Guerlain, grandson of Jean-Paul Guerlain, perfumer at IFF and creator of the recent Fétiche L’encens for Christian Louboutin, revisited the promises of dawn in Carnal Cacao for Maison Tahite.

    If this fragrance was a time of day for me, it would be 5 a.m., the fragrance to wear at 5 in the morning, with the small hand of the clock resting on a barely awakened tuberose and the big hand racing over beautiful pink peppercorns.

    There is no second hand; it is a time that demands that you take your time. One clumsy step and the dreams of the day could fly away.

    The tuberose takes a cautious step forward, wearing a ballerina shoe, its petal quivering above a fermenting cocoa bean. Pointe shoes on, it has the grace of a romantic lady; one could almost mistake it for a young girl. But the tuberose quickly reminds you which family it belongs to. A tuberose is born a woman, it never becomes one.

    Although sensual, the beauty in this composition does not give herself to just anyone. Shy, I would say. Like a gardenia on its bush. Paul Guerlain has managed to bring out the freshness of a gardenia through his use of pink pepper at the top, which flirts with the generosity of neroli. Although at the heart, the latter gives itself… to its heart’s content, jostling and playing with the top of Carnal Cacao’s olfactory pyramid. 

    Very gentlemanly, cocoa, in absolute form, lets the flowers and berries dance without imposing a masculine power that, at first glance, leans more towards a nutty scent. It is ‘the’ presence. Imagine it wearing a hat and gloves, thanks to ambroxan in the base note, which gives it a powdery texture and acts as an accomplice to hold this little feminine world together until 6 a.m. However, do not underestimate its animality as you could be shocked.

    ‘I really wanted to stay with this cocoa note,’ Paul tells us. ‘The idea was to create an addiction, but not a sweet addiction, as we are used to smelling at the moment. I preferred to look for an addiction around the slightly darker side of cocoa, its bitterness too.’

    Cocoa lovers will recognise the aroma of fermented beans, bean-to-bar chocolate, a hint of South America, a return to the sacred bean of the Aztecs, which perhaps could have been enhanced with a slight salty note to create an additional addictive quality in this composition.

    ‘With cocoa, the possibilities are simply endless,’ says Paul Guerlain, reflecting on this note that he has so beautifully crafted in Carnal Cacao for Maison Tahité. It all depends on the olfactory story you want to tell.

    I think gastronomy has served perfumery well in recent years through the overexposure of chefs and their culinary explorations. We can draw inspiration from this and imagine smoked cacaos, unusual combinations and special roasts. »

    As for tuberose, the star ingredient in this fragrance, it is neither astral like Crivelli’s nor criminal like Lutens’. Paul has given it a whole new lightness, far removed from certain poisonous clichés. If it is criminal in Carnal Cacao, it is because it presents itself as so light, almost girlish, that it might well move some early morning readers to tears, as when Anna Karenina meets Vronsky, or how a mature woman turns back the hands of the clock of femininity to become a young girl again for the duration of a perfume.

  • Au cœur de nos chroniques mondaines olfactives, allons aujourd’hui à la rencontre d’un personnage incontournable dans l’industrie de la parfumerie fine, monsieur Xavier Renard.

    Global Head of Fine Fragrances chez Givaudan depuis 4 ans, Xavier Renard est un homme riche d’enseignements pour quiconque veut comprendre les enjeux de la création d’un parfum. Son objectif : donner le meilleur à ses parfumeurs afin de leur permettre de créer les parfums de demain tout en faisant face aux enjeux environnementaux. Cet homme à la carrière impressionnante puise sa régularité et sa constance dans son expérience de sportif de haut niveau mais il ne vit que guidé par l’émotion que lui produisent les parfums depuis toujours.

    Entretien

    Cher Xavier,

    Après tant d’années à explorer les différentes facettes du métier, vous dîtes vous parfois que vous avez fait le tour de l’industrie olfactive ?

    Jamais. La parfumerie est pour moi une passion. Si vous n’avez pas cette passion en vous, il est difficile d’accéder à la parfumerie. Heureusement, j’ai toujours été passionné par les parfums. Ma curiosité est insatiable depuis mes débuts dans les années 80, époque durant laquelle il était bien plus difficile qu’aujourd’hui d’accéder aux métiers de la parfumerie.

    Aujourd’hui encore, je ne pourrais me passer de porter des parfums tous les jours. 

    Pouvez-vous nous raconter vos débuts dans le métier ?

    Bien sûr. J’ai d’abord fait des études de chimie en Californie puis je suis revenu en France où j’ai intégré une école de parfumerie à Grasse. Pour moi, il était impossible d’imaginer étudier la parfumerie ailleurs que dans la ville des parfums. Les écoles de parfumerie à cette époque étaient beaucoup moins développées que celles que nous avons aujourd’hui chez Givaudan. La formation de parfumeur était beaucoup moins encadrée mais elle avait quand même le mérite d’exister pour tous ceux qui cherchaient à se former. Elle m’a permis de travailler avec un parfumeur en laboratoire et de découvrir les matières premières. 

    Ecole de parfumerie – 1987

    La base du métier ?

    Dans la parfumerie, les ingrédients sont en effet ce qu’il y a de plus important.

    Si vous ne connaissez pas vos ingrédients, vous ne pouvez pas formuler. Il faut apprendre les familles d’ingrédients, connaître les molécules de chimie, les naturels, l’extraction de ces naturels. C’est un long apprentissage qui se fait sur 4 ans minimum. Vous avez 600, 700, 800 matières premières à appréhender, comprendre, retenir.

    Une fois mémorisés, le plus important reste encore d’apprendre à s’en servir. C’est une deuxième phase de l’apprentissage.

    Vous découvrez alors ce qu’on appelle la formulation. Pour cela, il faut étudier les parfums qui ont été lancés sur le marché au fil du temps. J’avais une obsession pour le Chanel 19, que je connaissais par cœur, mais j’étudiais aussi les classiques comme le Chanel 5, L’air du temps, Shalimar. On étudie toutes les grandes catégories olfactives durant notre formation.

    Par la suite, on nous donne l’opportunité de participer à un brief. C’est quelque chose d’incroyable. Le jour où nous gagnons notre premier brief, nous nous en souvenons pour toujours.

    Et ensuite ?

    Très vite, Givaudan m’a appelé. J’ai intégré la société à Genève qui, elle, m’a envoyé à Hong Kong, puis à New York où je me suis énormément enrichi d’expériences nouvelles.

    A New York, j’ai changé d’entreprise pour faire de nouvelles expériences créatives en tant que parfumeur. Un jour,  j’ai décidé de me mettre dans une position où je pouvais avoir aussi bien la casquette technique, créative et commerciale. De là, je suis passé sur l’aspect commercial, le business et le management jusqu’à ce que je revienne chez Givaudan il y a 7 ans.

    Aujourd’hui, quel est votre rôle ?

    J’ai la responsabilité de diriger toute la parfumerie fine chez Givaudan, toujours mené par la même passion. Vous ne pouvez pas exercer ce métier si vous n’êtes pas attaché directement à une émotion qui vous lie au parfum. C’est un niveau de passion tel que celui que vous trouvez dans la musique, dans le cinéma, ou dans l’art. 

    A quel moment vous êtes-vous dit, dans ce parcours, “c’est bon, je suis prêt à passer du côté créatif au côté commercial” ?

    En fait, je ne me suis pas posé la question. J’étais dans une entreprise où on essayait de développer la parfumerie fine à New York. On recherchait une position commerciale. Il nous était difficile de trouver quelqu’un. Un matin, j’ai regardé le président de l’entreprise et je lui ai dit “Tu sais quoi ? Je peux le faire.”

    Quand je suis entré ce matin-là dans l’entreprise, j’étais parfumeur.

    Quand je suis ressorti en fin de journée, j’étais commercial. 

    Ce n’était absolument pas réfléchi. C’était totalement impulsif. J’ai toujours mené ma carrière ainsi, avec un mélange d’impulsion et d’instinct.

    Quelle expérience vous fait dire “je ne peux pas faire autre chose que de la parfumerie, en fait” ?

    Le niveau émotionnel est tel quand vous avez travaillé un projet et qu’on vous annonce que vous avez gagné que vous pouvez pleurer à chaudes larmes. Je n’ai jamais ressenti ceci dans un autre domaine. Et pourtant, j’ai fait beaucoup de sport à haut niveau, avec des challenges assez élevés. Malgré cela, je n’ai jamais ressenti ce niveau émotionnel de satisfaction face à une réussite ailleurs que dans notre univers olfactif.

    Si j’arrêtais, cette émotion me manquerait. C’est quelque chose qui me fait bouger.

    La musique, le cinéma sont universels, le parfum, non. Je me dis souvent que j’ai de la chance d’être né avec cette passion. 

    Aujourd’hui, à votre poste actuel, quels sont pour vous vos plus grands défis ?

    Pour moi, ce ne sont pas des défis, ce sont des responsabilités. 

    Ma plus grosse responsabilité est de m’assurer que l’ensemble des équipes de création et de développement dans toutes les régions du monde continuent à développer des parfums qui vont apporter des émotions aux consommateurs, des parfums dont ces consommateurs vont comprendre la valeur.

    Pourquoi dîtes-vous cela ?

    Parce que je pense que l’industrie n’a pas fait un très bon travail à la fin des années 90 et au début des années 2000. L’offre n’était pas là, les méthodes de retail étaient discutables et les consommateurs se sont éloignés des parfums.

    Ma plus grosse responsabilité aujourd’hui est donc d’apporter ma part au produit final pour que l’objet du produit en soi soit suffisamment à la hauteur des attentes des consommateurs. Mon rôle est de faire en sorte que nos parfums ne les déçoivent pas.

    A nous de développer les bons ingrédients également pour les mettre à disposition des parfumeurs et de former les bons parfumeurs. A nous, surtout, d’avoir le courage de prendre des risques olfactifs. C’est mon défi et j’en fais ma responsabilité au quotidien.

    Les risques olfactifs, parlons-en justement. Les parfumeurs semblent bien plus désireux que les équipes marketing d’innover d’une manière générale. Les équipes marketing semblent souvent penser que les clients ne sont pas prêts.

    C’est là que je parle de responsabilité. Si on a un bon produit, nous devons, en tant qu’experts, convaincre les équipes marketing du fait qu’il y a une manière d’interpréter certains ingrédients peu populaires, comme le cacao, par exemple, qui peut être très positive. Nous avons cette faculté de travailler une note bien particulière pour la rendre, justement, à la fois unique, différente mais acceptable par le consommateur. C’est une combinaison très puissante.

    Vous pensez que le consommateur est prêt à sortir des sentiers battus ?

    Le consommateur adore le parfum. On le voit dans toutes les études que nous faisons. La Gen Z et la Gen Alpha particulièrement. Je pense qu’on arrive à une certaine génération prête à aller sur des histoires olfactives différentes de ce qu’on a pu voir jusqu’à maintenant. Aujourd’hui, on peut se permettre franchement de pousser la créativité. C’est ce que je répète toujours aux 38 ou 40 parfumeurs qui travaillent avec moi. “Prenez des risques”. 

    Être créatif ne veut toutefois pas dire “faire n’importe quoi ». Être créatif veut dire “apporter de l’innovation olfactive au consommateur ». Le consommateur doit y prendre du plaisir. Porter un parfum parce qu’il est différent alors qu’il n’apporte aucun plaisir n’a aucun intérêt.

    Le défi peut-être difficile à relever…

    Le parfum doit rester du plaisir. Sous ma casquette de parfumeur, je peux vous faire des produits qui n’ont jamais été sentis. Ils seront très créatifs et très novateurs, mais ne vont pas sentir bon du tout. 

    Il ne faut surtout pas opposer créativité, innovation et plaisir, bien au contraire. Notre responsabilité est d’apporter à la fois des accords inédits, de l’utilisation de matières premières nouvelles, différenciantes, tout en pensant au plaisir des consommateurs. Un consommateur qui aura du plaisir avec son produit le rachètera. S’il ne le rachète pas, le produit a beau avoir été innovant, il restera un échec commercial.

    Quels sont, selon vous, vos atouts de par votre parcours aujourd’hui pour réaliser ceci ?

    Mon atout, c’est mon parcours de 15 ans de parfumerie en création avec une connaissance de la matière première. Et puis la connaissance du très difficile métier de parfumeur. 

    Il faut un niveau de résilience absolument extraordinaire quand on est parfumeur. Un parfumeur peut arriver le matin juste pour s’entendre dire jusqu’au soir que ses essais ne sont pas bons. Il faut toujours améliorer, corriger. Vous pouvez travailler un projet pendant un an, un an et demi, deux ans, trois ans parfois. Le métier de parfumeur mérite le respect. Mon expérience en tant que tel me permet d’avoir cette conversation, d’avoir cette compréhension directe du parfumeur qui fait que je peux l’accompagner. Je n’accompagne pas les parfumeurs sur tous les projets parce que nous avons plus de 20 000 projets par an mais j’essaye de les accompagner autant que faire se peut dans ce voyage de la création.

    Cette compréhension du métier est votre atout ?

    Oui, cette proximité, cette compréhension que j’ai du métier de parfumeur, mais aussi de la formulation, de la compréhension des ingrédients, des ingrédients naturels. C’est pour cette raison que j’ai repris la responsabilité des “naturels” chez Givaudan car je ne veux pas vendre un produit, je veux créer un bon parfum. Il m’est arrivé d’aller voir des clients en leur disant “je ne te vendrai pas ce parfum, il n’est pas assez bon”. 

    Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

    Le naturel, justement. C’est un gros projet qu’on a démarré il y a deux ans. Il s’appelle “la maison des naturels » (House of Naturals). 

    Pourquoi “La maison des naturels” ?

    Je suis un garçon assez pragmatique. J’ai désiré rassembler tout ce qui fait le naturel sous un seul et même toit pour faire une maison. Le naturel commence par l’agronomie et se termine chez le parfumeur. Il est de notre responsabilité en tant que parfumeurs de nous pencher sur l’agronomie et de se demander comment travailler directement à la source avec les fermiers, les agriculteurs, pour mieux faire pousser les naturels. Après l’innovation, cela passe par la transformation également, avec un besoin de transformation verte.

    Pouvez-vous nous expliquer ?

    Nous devons nous pencher sur de nouvelles méthodes d’extraction, de transformation, qui sont directement liées à nos ambitions environnementales chez Givaudan tout en nous assurant de délivrer aux parfumeurs des produits innovants en termes de profil olfactif afin de leur permettre de créer les meilleurs parfums pour le marché de demain.

    J’essaie de donner aux parfumeurs la possibilité de faire, par exemple, une odeur de jasmin qui va immédiatement générer une sensation de plaisir car toutes les odeurs de jasmin ne créent pas le même niveau d’émotion. 

    C’est le grand sujet chez Givaudan.

    Dans un naturel, il peut y avoir 60, 70, 80 molécules différentes. A nous d’aller crafter ces naturels de manière à offrir aux parfumeurs des ingrédients qui sont olfactivement nouveaux.

    Un exemple ?

    Reprenons le jasmin. Pour permettre aux parfumeurs d’innover, on va peut-être aller capturer uniquement le côté banane du jasmin, permettant ainsi de créer en apportant un côté fruité, floral, en faisant pencher la balance un peu plus sur le côté banane du jasmin que sur le côté floral benzylé. Ceci est du crafting. Mon idée n’est pas d’aller chercher de l’essence de laitue ou de l’essence de scarole, c’est plutôt d’aller chercher à faire à nouveau pousser du vétiver en Inde et non plus à Haïti. 

    L’agronomie est donc au cœur des préoccupations chez Givaudan ?

    Oui, ce genre de choses m’intéresse beaucoup, toujours dans l’optique que ma préoccupation première est le parfumeur. Je veux lui donner la possibilité de créer des choses qui vont apporter un élément émotionnel que le consommateur est en droit d’attendre. 

    Il faut toujours respecter le consommateur. A quelque niveau que ce soit. A commencer par lui offrir le produit le plus safe possible.

    Après, nous devons aller chercher le niveau de création auquel il est en droit d’attendre avec les ingrédients. J’aime faire le parallèle avec la gastronomie et ce que le consommateur est en droit d’attendre dans un restaurant gastronomique. Il est tout aussi important de mettre les ingrédients en avant dans notre approche et dans notre vision holistique du métier que dans la gastronomie.

    Revenons sur la plateforme Naturalité qui a été créée il y a 4 ans. Elle a conduit à refondre la palette du parfumeur afin qu’elle intègre des ingrédients toujours plus responsables. Est-ce que cela change la manière de composer un parfum ?

    On peut, en effet, formuler différemment.

    On peut formuler afin de ne mettre que 4 ou 5 % de concentré dans l’alcool versus 24, 25, 30 % aujourd’hui. On va demander 5 fois moins d’ingrédients. On va donc déplacer 5 fois moins en volume. On peut le faire comme cela a été fait avec Drakkar Noir ou encore L’air du temps. Ces produits ont été dosés à l’époque à 4 ou 5 %. On pourrait revenir à ce dosage.

    C’est un pilier de la Naturalité. A la fin, si on arrive à doser à 4 ou 5 %, si on formule bien, le parfum sera tout aussi signé et puissant que quand on est à 24, 25 %, mais différemment. Il faut que les marques nous laissent le faire.

    Certains parfumeurs se demandent comment réussir à créer encore de belles compositions alors que la liste des allergènes ne cesse de s’allonger…

    Nous sommes obligés de changer les choses. Le changement est compliqué quand on demande aux gens de changer leur manière de penser, leur manière de créer, leur manière de vivre mais je pense que les meilleurs d’entre nous arriveront à offrir des solutions et des réponses à ce besoin de changement que le monde nous impose. 

    Je reste très optimiste. Avec L’Oréal et une dizaine d’autres entreprises, nous avons fondé l’alliance Value of Beauty avec pour objectif de faire comprendre l’impact positif de la chaîne valeur européenne de la beauté et des soins personnels. Nous sommes les premiers à tout faire pour nous assurer que nos produits sont à 150 % safe. Si nous devons nous passer de certains ingrédients, je compte sur la créativité de mes parfumeurs pour trouver des solutions. Parce qu’ils ont du talent.

    Comment rendre un ingrédient encore plus responsable ?

    Je pense qu’il faut faire la différence entre le naturel et les produits de synthèse. Avec les produits de synthèse, on doit s’assurer d’être vraiment sur du produit renouvelable, biodégradable. La biodégradabilité est très importante. Dans l’univers du body care, des shampoings, des lessives, beaucoup de produits finissent dans la nature. Il faut donc s’assurer de la biodégradabilité.

    Pour la renouvelabilité, on part d’un point de départ renouvelable. 

    Auparavant, une partie importante des ingrédients de synthèse avaient comme point de départ le pétrole. L’industrie s’emploie à en sortir.

    Le naturel, c’est différent. Il faut aller à la source. Il faut aller sur le terrain.

    Il faut que nos agronomes discutent avec les gens qui plantent le vétiver, qui plantent le patchouli afin de comprendre comment on peut améliorer le rendement, la terre, les extractions. Comment sortir également des extractions aux solvants ? Comment faire réellement de la grande transformation ?

    Ces programmes sont en permanence évoqués chez Givaudan. Et je passe personnellement énormément de temps sur ces sujets. 

    Pouvez-vous nous parler de la démarche qui consiste à utiliser des déchets pour créer de nouvelles matières ?

    C’est ce qu’on appelle du recycling. On le fait beaucoup avec les fruits. Avec les fleurs aussi.

    Habituellement, vous prenez des pétales de rose, vous faites de l’extraction pour faire de l’absolu. Chez Givaudan, nous allons plus loin. Nous allons récupérer les pétales de rose qui ont déjà servi pour aller jusqu’au bout du bout.

    Quand on distille, quand on extrait une matière première, plutôt que de se débarrasser de la matière première, on va toujours s’assurer qu’on ne jette rien.

    Et quand on jette, c’est parce qu’il n’y a vraiment plus rien. Ainsi, nous réfléchissons à extraire toutes les possibilités que la matière première, qu’elle soit sèche, qu’elle soit florale, ou qu’elle soit issue d’un fruit, d’une autre industrie, nous offre.

    Est-ce que la quête de durabilité implique un retour aux origines du parfum vers des ingrédients 100% naturels laissant derrière soi un siècle de recherche chimique ?

    Absolument pas. On a besoin de la chimie. La chimie n’est pas un gros mot.

    On est là pour apporter du bonheur, du plaisir à nos créations et la chimie en fait partie. On est entouré de chimie tous les jours. La chimie est aussi dans le médical et heureusement !. Donc, non, je n’y crois absolument pas.

    Crédit photos des Naturals : Givaudan

  • La rentrée approche à grands pas et avec elle les premiers frimas dus aux diktats de l’automne. Et si, avant de s’offrir une petite laine, on investissait dans une veste de papier ?

    Depuis longtemps, les créatifs se penchent sur la place du papier dans notre intime. Vêtements, parfums… D’où provient ce sentiment de réconfort que nous procure le papier ? 

    Se peut-il couvrir le corps, accompagner le mouvement, renaître vêtement ? Ou imprégner une peau de son parfum, tel Paper Passion, collaboration dont on a peu parlé entre Steidl, Wallpaper, Karl Lagerfeld et Geza Schoen, un parfum caché entre les pages d’un livre, pour les amoureux du papier fraîchement imprimé.

    Écrire une histoire sans encre en suivant les courbes d’un corps… 

    Une enjambée pressée est-elle possible en utilisant le papier comme vêtement ?

    Peut-il couvrir ce qu’on ne veut montrer, du vent protéger une peau, de la pluie se moquer ?

    Le directeur créatif de la maison Issey Miyake, Satoshi Kondo, a poussé le travail sur la nature poétique et primitive du papier afin de repenser une collection où grâce et fonctionnalité se retrouvent dans une série de tissus kamiko, inspirés du washi, un papier japonais ancestral. 

    La performance narrative de cette collection printemps-été est telle que les garde-robes des dieux vont bientôt être faites de papier elles aussi. Du papier fabriqué par l’homme, avec des textures divines que seuls les hommes peuvent imaginer. Car rien de plus divin qu’un être humain qui perpétue les traditions les plus anciennes pour en nourrir le quotidien avec noblesse et un regard neuf.

    Cette collection de vêtements chez Issey Miyake fait fi des à priori sur cette matière peu commune en mettant en valeur sa capacité à  accompagner le mouvement. Délicat, suivant chaque déplacement, le washi reflète la lumière tout en l’absorbant. Et se prouve, au travers du travail habile des équipes Miyake, être aussi vecteur d’élégance et de force. 

    Parmi les pièces remarquées et appréciées, FOLD TO FORM est une série de pantalons, robes de villes et chemisiers en trois dimensions, mêlant fils de washi et fils de soie tout en s’inspirant de l’art de l’origami. De l’art à porter, empreint d’une poésie moderne.

    Un trench qui ferait pâlir de jalousie nos amis britanniques vient confirmer le propos dans la série tissée EASE AND EASED. Un fil de chanvre est utilisé pour la chaîne, tandis qu’un fil de mohair et de laine mélangés est utilisé pour la trame. Le tissu, joliment texturé, se drape et s’adapte aux formes du corps d’une manière aussi éthérée qu’organique.

    Cette série de pièces en kamiko est composée à 100% de fines fibres de chanvre, perpétuant la pratique de cet artisanat présent au Japon depuis plus de 10 siècles au travers de créations qui viendront enrichir les garde-robes de nouveaux intemporels et de la sensation de ne pas tricher avec la valeur d’un vêtement et de la création même.

    Cet artisanat a été perpétué jusque dans la conception des tabourets utilisés à l’occasion du défilé en septembre dernier. Fabriqués à partir de cylindres de feuilles de papier compressées utilisées lors de la fabrication du plissé d’ISSEY MIYAKE, ils ont été découpés en fonction des besoins des invités.

    Dans l’air aurait pu manquer l’un des plus beaux parfums de Julian Bedel pour Fueguia 1833, Biblioteca de Babel, un parfum en hommage à la nouvelle de Borges du même titre et à l’univers représenté sous la forme d’une bibliothèque géante. Ce boisé épicé aux notes de palo santo et de feuille de tabac aurait habillé le washi et permis à deux cultures de se rencontrer, celle du Japon et celle de l’Amérique Latine, insatiable créatrice elle aussi en matière de mariage entre rituels anciens et modernité renouvelée.

    Et si votre premier achat de l’automne se faisait dans la collection été d’Issey Miyake ?

    A savoir : Une entreprise portugaise travaille depuis 1993 sur la fabrication de papier de coton à partir de vêtements recyclés, perpétuant elle aussi une tradition très ancienne et écologique.

    One material, a different perspective

    Paper and fashion

    We are soon back to work, and with it the first frosts brought on by the dictates of autumn are on our minds. Before treating ourselves to new jumpers, why not invest in a paper jacket?

    For a very long time, creative minds have been exploring trends around paper in our personal lives. Clothing, perfumes… Why do we feel so instantly comfortable with paper? as we write on it, touch it, smell it?

    Can it cover the body, accompany movement, be reborn as clothing? Or imbue the skin with its scent, like Paper Passion, a niche collaboration between Steidl, Wallpaper magazine, Geza Schoen and Karl Lagerfeld. This limited edition hid a bottle of perfume between the pages of a book. Its scent? Freshly printed paper.

    Writing a story without ink, following the curves of a body… Is it possible to take a hurried stride using paper as clothing?

    Can it cover what we don’t want to show, protect our skin from the wind, mock the rain?

    Issey Miyake‘s creative director, Satoshi Kondo, has pushed the boundaries of paper’s poetic and primitive nature to reimagine a collection where grace and functionality come together in a series of kamiko fabrics inspired by washi, an ancient Japanese paper. 

    The narrative performance of this spring-summer collection is such that the wardrobes of the modern gods will soon be made of paper too. Paper made by humans, with divine textures that only humans can imagine. For nothing is more divine than human beings who perpetuate some of the most ancient traditions to nourish everyday life with nobility and a fresh perspective on the future of fashion.

    This clothing collection by Issey Miyake defies preconceptions about this unusual material by highlighting its ability to move with the body. Delicate and responsive to every movement, washi reflects light while absorbing it. Through the skilled work of the Miyake teams, this ancestral paper proves itself to be a vehicle for elegance and strength in modern wardrobes. 

    Among the most notable and appreciated pieces is FOLD TO FORM, a series of three-dimensional trousers, city dresses and blouses, combining washi and silk threads. Inspired by the art of origami, they bring wearable art to efficient clothing imbued with modern poetry.

    A trench coat that would make our British friends green with envy confirms this point in the EASE AND EASED woven series. Hemp yarn is used for the warp, while a

    blend of mohair and wool yarn is used for the weft. The beautifully textured fabric drapes and adapts to the body’s shape in a way that is as ethereal as it is organic.

    This series of kamiko pieces is made from 100% fine hemp fibres, continuing the practice of this craft, which has been present in Japan for over 10 centuries, through creations that will enrich wardrobes with new timeless pieces and the feeling of not compromising on the value of a garment and the creation itself.

    This craftsmanship was carried over into the design of the stools used during the fashion show last September. Made from cylinders of compressed paper sheets used in the manufacture of ISSEY MIYAKE pleats, they were cut to suit the needs of the guests.

    The air could have been filled with one of Julian Bedel’s most beautiful fragrances for Fueguia 1833, Biblioteca de Babel, a perfume paying homage to Borges’ short story of the same name and the universe represented in the form of a giant library.

    This spicy woody fragrance with notes of palo santo and tobacco leaf would have adorned the washi and allowed two cultures to meet, that of Japan and that of Latin America, which is also insatiably creative in terms of combining ancient rituals and renewed modernity.

    How about making your first autumn purchase from Issey Miyake’s summer collection?

    Note (if you are ever interested in great ideas made out of fashion): Since 1993, a Portuguese company has been manufacturing cotton paper from recycled clothing, continuing a very old and environmentally friendly tradition.

  • Un nouveau chapitre olfactif s’écrit chez Gucci cet été dans la collection Gucci Flora.

    Vivre librement, vivre délibérément. A l’image de son égérie Miley Cyrus, le nouveau Gorgeous Gardenia Intense célèbre une féminité qui n’exclut ni fragilité, ni impétuosité. C’est une femme frémissante mais drôle, déterminée, à l’aise avec ses contradictions, qu’on surprend au débouché.

    La collection Gucci Flora célèbre la féminité au travers de la réinterprétation libre et joyeuse de fleurs iconiques. L’orchidée, le jasmin, le magnolia s’émancipent du carcan dans lequel on les enferme trop souvent depuis la naissance de la parfumerie moderne, comme ici le gardénia, revu et retravaillé dans cette version Intense de Gorgeous Gardenia avec une note boisée qui intensifie le plaisir immédiat ressenti au porté, créant ainsi un effet quelque peu troublant qui vient renforcer le paradoxe que représente le gardénia en parfumerie.

    Le gardénia est, en effet, l’un des plus beaux paradoxes offerts par la nature aux parfumeurs. Cette magnifique fleur dont le parfum s’exprime au mieux la nuit ne livre pourtant pas le même discours selon qu’elle s’offre, verte, fraîche, énergisante, au petit matin ou capiteuse dans la volupté nocturne.

    Nombre de personnes ont encore en mémoire des créations autour de gardénias ronds, voluptueux, avec un côté femme fatale qui pouvait impressionner plus d’un nez passant à côté, tel Gardénia Passion, chez Goutal. La réalité de la fleur sentie sur son buisson est plus proche d’une forme émouvante de fragilité, avec des notes légères, rappelant quelque peu le champignon et la feuille verte coupée.

    Fleur fatale ou farouche amoureuse ? Si la fleur de gardénia symbolise justement, dans le langage des fleurs, la timidité, l’amour tendre et inavoué, elle n’est pourtant pas une fleur mièvre de par son parfum. Dans ce nouvel opus de Gucci Flora, le Gorgeous Gardenia devenu intense en cette saison a été travaillé sans parti pris par la parfumeuse Honorine Blanc à qui l’on doit déjà le premier Gorgeous Gardenia pour Gucci. Pourquoi choisir entre les deux facettes de la fleur ?

    La parfumeuse Honorine Blanc

    Elle y est ici tout à l’honneur pour son côté vert, tout en légèreté. Elle se fait juicy, joyful. Gorgeous Gardenia Intense évoque et provoque la joie à même la peau. Le gardénia n’y est pas, au départ, mis en valeur pour son côté sensuel, charnel. Il s’offre une nouvelle jeunesse, inattendue parmi les dernières créations olfactives sur le marché autour de cette majesté florale. Une explosion d’agrumes lui ouvre la route, dont une mandarine italienne un brin piquante d’espièglerie. Le vert du gardénia est renforcé par l’hédione. Peu à peu, le crémeux des pétales vient flirter avec le côté vert, laissant poindre toute la sensualité de la fleur mûre, restant toutefois très jeune, très insouciant.

    Notre avis

    Certains gardénias se portent comme des armures. Gucci Flora Gorgeous Gardenia Intense s’élève, lui, comme une voix nue. 

    Une critique ?

    Un bois de santal peut-être un peu trop discret

    Gucci Flora Gorgeous Gardenia Intense

    Rebellious Joy

    A new olfactory chapter is being written at Gucci in the Gucci Flora collection this summer.

    Live freely, live deliberately. Like its muse Miley Cyrus, the new Gorgeous Gardenia Intense celebrates a femininity that excludes neither fragility nor impetuosity. It is a vibrant yet funny woman, determined and comfortable with her contradictions, who surprises us at every turn.

    The Gucci Flora collection celebrates femininity through a free and joyful reinterpretation of iconic flowers. Orchids, jasmine, and magnolia break free from the constraints that have too often confined them since the birth of modern perfumery, as here with gardenia, revisited and reworked in this Intense version of Gorgeous Gardenia with a woody note that intensifies the immediate pleasure felt when worn, creating a somewhat unsettling effect that reinforces the paradox that gardenia represents in perfumery.

    Gardenia is, in fact, one of the most beautiful paradoxes that nature offers perfumers. This magnificent flower, whose fragrance is best expressed at night, does not convey the same message depending on whether it is green, fresh and energising in the early morning or heady in the voluptuousness of the night.

    Many people still remember creations based on round, voluptuous gardenias with a femme fatale quality that could impress more than one passer-by, such as Gardénia Passion by Goutal. The reality of the flower smelled on its bush is closer to a moving form of fragility, with light notes, somewhat reminiscent of mushrooms and cut green leaves.

    Fatal flower or fierce lover? Although the gardenia flower symbolises shyness and tender, unspoken love in the language of flowers, its fragrance is far from cloying. In this new opus from Gucci Flora, Gorgeous Gardenia, which has become intense this season, has been crafted without bias by perfumer Honorine Blanc, who was already responsible for the first Gorgeous Gardenia for Gucci. Why choose between the two facets of the flower?

    Here, it is celebrated for its green, light-hearted side. It becomes juicy and joyful. Gorgeous Gardenia Intense evokes and provokes joy on the skin. Gardenia is not initially highlighted for its sensual, carnal qualities. It has been given a new lease of life, unexpected among the latest olfactory creations on the market based on this majestic flower. An explosion of citrus fruits opens the way, including a hint of mischievous Italian mandarin. The green notes of gardenia are reinforced by hedione. Gradually, the creaminess of the petals flirts with the green notes, revealing all the sensuality of the ripe flower, while remaining very young and carefree.

    Our opinion

    Some gardenias are like armour. Gucci Flora Gorgeous Gardenia Intense rises like a naked voice.

    Any criticism?

    The sandalwood is perhaps a little too subtle.

  • Elle ne s’arrête jamais de créer, de voyager. Issue d’une formation solide en Personal Care, la parfumeuse Violaine Collas a acquis une technique très sûre que l’on retrouve dans la structure de l’ensemble de ses créations. Nez à la curiosité insatiable, elle a été formée par les plus grands (Pour ne pas les nommer : Bertrand Duchaufour, Maurice Roucel et Dominique Ropion). L’une de ses qualités principales ? Son authenticité.

    Senior perfumer chez Mane après de nombreuses années passées au sein de l’entreprise Symrise, Violaine Collas aime toucher les gens au cœur, travailler sur l’addiction olfactive, la mémoire collective. Elle crée aussi bien pour Margiela que Dolce & Gabbana tout en faisant la part belle à la niche avec des créations détonnantes comme Black Mango pour Born To Stand Out, un des coups de cœur de l’année, ou encore Pas Ce Soir Extrait pour BDK, parfum d’une femme humaine, séduisante et affirmée, et qui ne s’en laisse pas conter… un peu à l’image de notre parfumeuse…

    Chère Violaine,

    Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

    J’ai eu envie de devenir parfumeur très jeune, vers 12 ans. J’étais fascinée par le pouvoir des odeurs, par le fait qu’on pouvait associer un parfum à une personne dès qu’elle entrait dans une pièce, que sentir ce parfum faisait revivre la personne dans n’importe quel autre endroit. Les maisons elles-mêmes avaient une odeur quand j’y pénétrais. On pouvait voyager, voir les gens sans les voir grâce aux parfums, aux odeurs en général.

    Ce pouvoir incroyable me subjugue toujours aujourd’hui.

    J’ai très tôt dit à ma mère “Il y a des gens qui font ton parfum. Je veux être de ces personnes-là”. Elle a compris que je ferai cela et rien d’autre. J’ai eu la chance, par la suite, de rencontrer Bertrand Duchaufour qui m’a permis de mettre un pied chez Florasynth avant même que j’entre à l’ISIPCA.

    J’imagine qu’on peut apprendre beaucoup de choses avec un parfumeur tel que Bertrand Duchaufour…

    Oui. D’autant plus qu’à l’époque, il y avait aussi de grands parfumeurs comme Dominique Ropion et Jean-Louis Sieuzac chez Florasynth. J’y allais tous les mardis soirs pour sentir les matières premières, les décortiquer, les mémoriser. J’étais très assidue : Je n’ai jamais manqué un seul mardi soir. Après avoir réussi le concours de l’ISIPCA, ils m’ont proposé un stage puis m’ont prise en alternance. Dominique est devenu mon mentor sur mes 3 années d’ISIPCA. 

    Je suis partie un an en Allemagne avant de finir mon apprentissage à New-York. La société était devenue Symrise entre-temps. J’ai intégré la division Personal Care à Paris. Cela m’a beaucoup plu : je trouve que c’est très ludique, et cela m’a apporté des atouts techniques importants. 

    Qu’apprend-on en Personal Care ?

    A créer des parfums facilement « lisibles », qui véhiculent un message clair et procurent du plaisir, que le consommateur peut comprendre et s’approprier instinctivement. 

    J’ai l’impression que le consommateur a le choix entre quelque chose de lisible qui le ramène à un souvenir, un confort… ou quelque chose de plus complexe qui raconte une histoire. 

    Le principe chez Maison Margiela, par exemple, c’est d’offrir des parfums qui racontent de façon à la fois sophistiquée et évidente des histoires qui font écho à la mémoire collective. C’est pour moi toujours un atout de choisir des matières premières que le consommateur connaît ou dont l’évocation le fait rêver. Mais la nouveauté ou l’innovation bien expliquées peut aussi intriguer et attirer.

    Revenons à votre parcours. Comment s’est passé votre retour en Fine ?

    Maurice Roucel m’a proposé de venir travailler avec lui en binôme. Je dirais que Dominique Ropion m’a appris la technique et la liberté créative, et que Maurice m’a appris à rester qui j’étais, que cela plaise ou pas aux autres. Cela m’a permis de rester toujours intègre et bien dans ma peau. Puis j’ai rejoint Mane en 2011.

    Pourquoi Mane ?

    J’ai voulu rejoindre Mane car c’est une société française qui produit de belles matières premières naturelles. Je trouve important de défendre le savoir-faire français en parfumerie au cœur d’une société familiale.

    Quelles sont, parmi vos diverses expériences, les plus marquantes ?

    Mes rencontres avec Bertrand, Dominique et Maurice. Ils ont tous trois des caractères différents mais ils sont tous animés par la même passion. Ces rencontres ont été décisives dans ma vie.

    Quels sont vos plus grands défis actuels en tant que parfumeuse ?

    Le défi actuel, c’est le temps. Je trouve que les temps de développement se rallongent de plus en plus. Entre le début d’un projet et la fin, il peut se passer beaucoup de temps. C’est compliqué de se dire parfois “Je travaille sur un projet qui sortira dans 5 ans”. Il faut que la note plaise toujours d’ici là… Et paradoxalement on a de moins en moins de temps au quotidien !

    Vos atouts ?

    Je suis aussi très curieuse : je me nourris beaucoup de voyages, d’art et de cuisine notamment. Et je suis très perfectionniste. très endurante, très pugnace, assez “Pénélope » : s’il faut refaire, je refais. 

    C’est une qualité assez rare…

    Beaucoup de gens pensent que c’est un échec de devoir recommencer. Je ne prends jamais cela comme un échec. Parfois, une note n’aboutit pas tout de suite à une création, mais elle aboutira peut être en la reprenant 10 ans plus tard. Parfois, il faut juste recommencer parce qu’on n’a pas pris le bon angle d’attaque. L’échec, pour moi, serait d’abandonner. 

    Qu’aimez-vous le plus travailler ?

    Ce que j’aime vraiment travailler, c’est l’addiction, comme celle de l’enfant qui sent son doudou. Il ne peut pas se passer de cette odeur qui lui plaît même si elle ne sent pas toujours très bon ! Quand on travaille un parfum, il faut arriver à obtenir cette addiction : celle qui touche le plus profondément. Les addictions évoluent au cours du temps. Après des années à travailler sur des gourmandises et des fruits très sucrés, on va aujourd’hui beaucoup plus sur la naturalité, sur le côté vert d’une fraise, ou d’une framboise quand on la cueille. En parallèle, on travaille également sur de nouvelles gourmandises, très texturées, voire salées.

    Quelles sont, parmi vos créations, les plus populaires ?

    En ce moment, on me parle beaucoup de Black Mango de Born to Stand Out, Brioche Vanille de Lattafa, et toujours de mes créations pour BDK, Maison Margiela et Dolce&Gabbana.

    Quelle est la création dont vous êtes le plus fière ?

    Black Mango, car il offre un parti-pris fort qui était là dès les premiers essais : un contraste entre une mangue salivante et un oud très animal.

    Pour vous, quels sont les enjeux de la parfumerie de demain ?

    Le marché de la parfumerie est devenu un mélange de global et de local avec des influences croisées, notamment du Moyen Orient. 

    C’est-à-dire ?

    La culture olfactive du Moyen Orient inspire les marques occidentales. Les marques du Moyen-Orient vont s’orienter, elles, vers des choses nouvelles en détournant des codes occidentaux par exemple. L’Asie va demander de travailler des notes qui marchent à la fois pour l’Asie et pour le Moyen-Orient. Les cultures voyagent et se nourrissent mutuellement avec quelques années de décalage. 

    D’où vient ce retard ?

    C’est le temps nécessaire pour que les marchés découvrent et intègrent de nouveaux goûts olfactifs. 

    Peut-on dire qu’il répond à des besoins qu’on avait par exemple en France mais qui n’étaient pas assouvis ?

    Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que les parfums du Moyen-Orient ont ouvert d’autres portes.

    Si vous pouviez créer un parfum pour la personnalité de votre choix, qui serait-elle et pourquoi ?

    J’aurais adoré créer un parfum pour Alexander McQueen. Tout ce qu’il a fait était incroyable. Sa façon de construire et de déconstruire…Il y a quelque chose qui me fascine dans ce qu’il a pu faire. J’aime aussi la façon qu’il avait de dire les choses, d’être politiquement incorrect, de façon très créative. L’homme en lui-même me touchait énormément. 

    Quel parfum lui composeriez-vous ?

    Quelque chose d’assez réconfortant, quelque chose qui lui permettrait de s’aimer lui-même. Je jouerais avec du cuir, des notes qui évoquent le rouge comme des épices… Il faudrait que ce soit quelque chose de complètement déstructuré.

    Si vous deviez créer un parfum à 4 mains avec un autre parfumeur, qui serait-il et pourquoi ?

    Je travaille beaucoup avec Julie Massé. Ensemble, on essaie toujours de donner le meilleur de nous-même en toute simplicité. Julie est une personne toujours joyeuse et c’est très agréable. Nous sommes, de plus, très complémentaires. Nous nous enrichissons l’une l’autre.

    Quels sont vos projets futurs ?

    Mes futurs projets sont toujours de nouveaux voyages !

    Crédits photos

    Portraits 1 &2 : Mathieu Dortomb

    Livre sur Alexander McQueen par Véronique Bergen

    Publié aux éditions EPA