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Le théorème de l'escarpin

Latin American Diaries 1 : Iris Cartagena 502

Iris Cartagena 502 par Bon Parfumeur

A l’occasion du lancement de la collection Signature chez Bon Parfumeur, rencontre avec Ludovic Bonneton et Clément Marx autour d’Iris Cartagena 502, une des plus belles créations de la maison déclinée aujourd’hui en eau de parfum.

Love Story sous les étoiles de Carthagène

C’est l’histoire d’un nouvel an pas comme les autres pour le voyageur aussi compulsif qu’impulsif qu’est Ludovic Bonneton.

Ludovic travaille dans le secteur du voyage. C’est un homme qui ne tient pas en place. Il a besoin de se confronter aux autres, à leurs cultures, aux paysages du monde et à leurs senteurs. Parlant senteurs, l’homme, qui ne se pensait pas destiné à travailler un jour dans la parfumerie, portait Jicky à 15 ans. Un parti pris basé sur l’odeur du parfum. Que Guerlain ait plongé dans sa formule ses relents d’infortune et de cœur brisé par un jeune anglaise, un brin garçonne, lors de ses études en Angleterre, ne l’intéresse pas. Il s’approprie la senteur et c’est avec cette légende de la haute parfumerie dans son sillage qu’il fait ses premières découvertes du monde et s’élance dans sa propre légende. Pour lui, c’était “un supplément d’âme qui l’accompagnait dans ses journées.” “J’avais le goût de chercher des choses qui me ressemblent” vous dit-il si simplement que cela traduit déjà que l’authenticité ne l’a jamais quitté dans sa quête d’excellence.

Entre sa rencontre avec Jicky et la création de Bon Parfumeur, se déroule une belle tranche de vie durant laquelle Ludovic voyage beaucoup. A son rythme. Celui des rencontres. A un vol Paris Dubaï, il préféra très tôt les trains couchettes, de ceux qui traversent la Russie jusqu’à la Mongolie, faisant connaissance au passage avec des voyageurs peu commun, criminels de passage avec qui il jouent aux cartes, des soldats de l’Armée rouge en des temps qui ne prédisaient pas ce qui allait se passer ensuite dans le monde. A 25 ans, Ludovic décide de faire Paris-Bombay sans prendre l’avion. 

Mais ce qui va déterminer la création de la maison Bon Parfumeur, c’est… une femme, Isabella. Isabella est le voyage d’une vie. Celui du cœur. Au travers d’Iris Cartagena, Ludovic veut graver dans un parfum sa rencontre avec celle qui deviendra son épouse Car ce grand voyageur préfère mettre ses plus beaux souvenirs en flacons que sur des clichés. Et c’est en Colombie, à Carthagène, que leur histoire a démarré, un 31 décembre.

“Cartagena est une ville complètement dingue, raconte-t-il. C’est une vieille ville qui reste dans son jus. Son passé incroyable est toujours présent entre ses murs.” Cartagena, dite Carthagène des Indes, est une ville qui grouille de vie. L’architecture de son centre historique colonial est classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Dans son passé, ses richesses étaient telles qu’elle attirait nombre de convoitises. Fondée en 1533 sur une route commerciale très prisée, elle se fit attaquer par nombre de pirates dont le célèbre Francis Drake et le non moins connu pirate Henry Morgan.

Capitale du Bolivar, elle alimente les légendes autant qu’elle en crée de nouvelles. En décembre, la pluie cesse. Les température environnent les 25 – 30 degrés.

“J’étais dans cette vieille ville au bord des Caraïbes, continue Ludovic, au sommet d’un hôtel particulier, chez une femme qui est assez connue là-bas, une version féminine et colombienne de Gatsby le Magnifique. Elle fait toujours une énorme fête au moment du Nouvel An. Tout le monde y est bienvenu. J’étais avec un groupe d’amis. L’un d’eux connaissait Isabella et me l’a présentée. Nous étions sous les étoiles au sommet d’un des trois hôtels particuliers qui appartenaient à cette femme.

Dans Iris Cartagena, j’ai voulu retranscrire cet exact moment. C’est la fin de l’année, le début de la fête. Sous les étoiles de Carthagène, il fait chaud, les gens sont vêtus de blanc, je rencontre celle qui va devenir ma femme.

”Nous sommes partis sur un iris santalé avec des facettes gourmandes sans être sirupeuses. Le gourmand n’était pas le propos, mais il avait toutefois une place dans cette rencontre, dans ce parfum. Nous avons ensuite ajouté du rhum, un rhum incroyable, très texturé, ajoute Ludovic, et un cacao avec une facette assez sombre.”

Pour ce faire, Ludovic a fait appel au jeune parfumeur Clément Marx formé chez Robertet New York. “J’ai vraiment travaillé l’extrait en partant de l’image d’une fin de journée, raconte Clément Marx, quand l’air chaud de la journée commence à se refroidir, au milieu de la jungle, après un excellent dîner. Le café et le dessert avec sa note cacao s’imprègnent de l’humidité sourde de cette jungle, les notes boisées, très froides et humides, qui sortent de la forêt. Une note de rhum se glisse dans le tableau tandis que la lumière tombe, aussi chaleureuse que enveloppante.”

La marque Bon Parfumeur est d’ailleurs née en Colombie. “J’ai eu le déclic en 2015, raconte Ludovic. J’avais proposé à ma femme de nous installer en Colombie pour que je puisse connaître sa famille, ses amis. Nous vivions à Cali, la troisième ville du pays. Une très grande ville de 2 millions d’habitants, au climat très tropical, à 2000 mètres d’altitude.

Nous avions l’habitude de faire des cabalgatas, des promenades à cheval. Un jour, nous avons fait une cabalgata particulière, au départ de la ville. Nous sommes allés dans la montagne. La journée durant, j’ai senti toutes les odeurs. C’était un incroyable festival entre l’odeur des chevaux, de l’écurie, celles émanant de la pollution de la ville, les fleurs bordant les maisons à la sortie du centre ville, l’herbe coupée dans la prairie. Nous avons ensuite traversé une forêt assez sombre avec des relents de terre très prononcés jusqu’à arriver au sommet de la montagne sur lequel un nuage s’était accroché avec des notes fraîches, aquatiques tandis que beaucoup de gens fumaient, buvaient de l’alcool. C’est à la fin de cette journée que je me suis décidé : j’allais créer des parfums et en faire mon métier tout en partageant mes souvenirs dans ces créations. 

Ludovic dit volontiers aimer les parfums aux clichés. “J’ai énormément voyagé mais j’ai rarement pris des photos. Je ne suis pas très sensible aux clichés mais les odeurs me font autant voyager que re-voyager. De mon épopée en Russie, par exemple, j’ai surtout pris des photos des gens rencontrés. J’ai encore un cliché de l’ouvrier ferroviaire qui changeait les rails du train à la frontière entre la Pologne et la Russie. Il avait une tête d’ouvrier à la Zola. Il se marrait tout en changeant les rails car les rails ne sont pas les mêmes en Russie et en Europe.”

Clément Marx, lui, adore la photographie et rêve de créer un projet autour d’une exposition photographique accompagnée de parfums.

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En 2025, l’eau de parfum Iris Cartagena 502 est sortie et est devenue cette année un des plus grands succès de la marque. Pourquoi une eau de parfum après un extrait ? “Beaucoup de gens aimant Iris Cartagena voulaient une version plus légère à porter le jour, explique Ludovic C’est un beau succès car ce boisé musqué plaît aux clients qui n’aiment pas initialement les gourmands. Dans cette déclinaison d’Iris Cartagena, je souhaitais raconter le réveil après la fête, au bord de la mer, avec celle qui allait devenir ma femme. Dans mon imaginaire, nous n’étions plus vraiment à Carthagène. Nous étions à Baroum, qui est la grande île en face. Et c’est ainsi que la mandarine et l’infusion de cacao sont entrés en jeu.”

Pour la création de cette eau de parfum qui est presque plus addictive que l’extrait original, le parfumeur Clément Marx a suivi un chemin autre que pour la création de l’extrait d’Iris Cartagena. “L’idée était de ramener une envolée en propulsant le parfum dans un instant diurne. Sur cette eau de parfum, j’ai ouvert les fenêtres, j’ai laissé le vent entrer dans la composition, souffler sur les ingrédients. Nous voulions amener une forme de respiration qu’on ne retrouve pas l’extrait, plus nocturne. Nous cherchions à amener quelque chose d’un peu plus végétal. J’ai ajouté, de plus, une notion de mouvement. Cette formule donne envie d’en remettre dans la journée de par sa fraîcheur addictive, via les notes aromatiques, et l’eucalyptus qui n’était pas présent dans la formule de l’extrait. Il permet de gonfler la note et de l’ouvrir. Dans l’extrait, nous étions plus dans cocon, une bulle au milieu de la forêt, quelque chose de très intimiste.

Même au niveau du comportement des parfums, ajoute le parfumeur, l’extrait est plus proche du corps. Le sillage est plus proche en termes de distance et de tenue. L’extrait d’Iris Cartagena 502 est plus idéal sur les vêtements à mon goût. Il peut tenir des mois. L’eau de parfum, par contre, se révèle plus sur la peau, s’ouvrant plus.” Sa légèreté est plus communicative. 

Notre avis : 

Deux parfums autour d’une même histoire. L’un très communicatif, l’autre plus intimiste. Tous deux terriblement addictifs. La forte personnalité de l’extrait en fait un compagnon idéal pour les mois d’hiver tandis que l’eau de parfum se porte avec aisance toute l’année et donne très envie, comme le dit Clément Marx, d’en remettre plusieurs fois par jour.

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