Flannie

Le théorème de l'escarpin

  • Vibrant : Acne Studios par Frédéric Malle

    Il est bien connu, chers lecteurs, que les aldéhydes, en parfumerie, font souvent le printemps. Et ce ne sont pas les rayons des magasins comme Sephora qui démentiront. Parfaitement dosés, les aldéhydes pépient comme des petits oiseaux dans des jardins bien souvent floraux pour satisfaire les nez féminins à la sortie de l’hiver. En overdose, ils crient d’une tonalité métallique, piquent le nez et chaque année les parfumeurs s’amusent à passer de l’un à l’autre dans le grand théâtre olfactif des marchés occidentaux.

    Retour aujourd’hui sur une pépite de la parfumerie indépendante, image de la collaboration inédite entre l’éditeur de parfums Frédéric Malle et la marque de prêt à porter Acne Studios, une petite “bombe” qui s’offre le printemps unapologetically.

    Perfume is absolutely the mirror of your soul”, aime à dire Frédéric Malle. Et c’est à la parfumeuse Suzy Le Helley, dont on doit des créations tout en lumière, joliment habitées, que l’éditeur de parfums a confié la réalisation de cette composition pour Acné il y a moins d’un an.

    Ici, les aldéhydes, les fameux muscs blancs amis des lessives qui sentent le frais, le propre, jouent de lumière avec un côté floral texturé, du fruit – bergamote, mandarine ainsi qu’une belle et juteuse pêche en note de cœur. En fond, une vanille discrète apporte une touche de gourmandise supplémentaire à un parfum jeune et frais qui pétille, un brin espiègle.

    Beaucoup de douceur mais aussi d’optimisme l’habitent. Faux ingénu, il a ce petit rien qui donne envie d’oser dès qu’on touche aux notes de cœur et de fond. 

    Anatomie de cette petite pépite printanière 

    “J’ai voulu créer une réinterprétation moderne d’un parfum aldéhydé, en y ajoutant des muscs contemporains et réconfortants ainsi qu’une dimension gourmande, nous raconte Suzy Le Helley. Cette approche était ma façon d’apporter quelque chose de nouveau tout en renouant avec la tradition des aldéhydés floraux. J’aime comprendre les classiques pour ensuite leur offrir une nouvelle perspective.”

    Créer pour Acne Studios

    “Pour moi, Acne Studios incarne un équilibre entre un style ultra contemporain et des matières d’une qualité exceptionnelle. La marque dégage quelque chose de casual et confortable, tout en apportant une touche décalée et surprenante.”

    Inspiration textile ?

    “Mon objectif lors du développement de ce parfum était de capturer une sensation de cocon, comme le confort enveloppant des écharpes oversize de la marque. Cette idée de chaleur et de protection s’est traduite dans le parfum, permettant à chacun de se l’approprier de manière personnelle.”

    Spring unabashed celebration 

    by Suzy Le Helley for Acne Studios

    Here, aldehydes, the famous white musks that are the friends of fresh-smelling, clean laundry, play up the light with a textured floral side, fruit – bergamot, mandarin – and a lovely, juicy peach in the heart note. At the base, discreet vanilla adds an extra touch of deliciousness to a young, fresh fragrance that sparkles with a touch of mischief.

    There’s a lot of sweetness and optimism in this fragrance. It’s « light » but makes you want to dare as soon as you touch the heart and base notes. An ingenuous scent that’s not so much ingenuous.

    Anatomy of this little spring nugget 

    ‘I wanted to create a modern reinterpretation of an aldehyde fragrance, adding contemporary, comforting musks and a gourmand dimension,’ explains Suzy Le Helley. This approach was my way of bringing something new while reviving the tradition of floral aldehydes. I like to understand the classics and then give them a new perspective. »

    Designing for Acne Studios

    « For me, Acne Studios embodies a balance between ultra-contemporary style and materials of exceptional quality. The brand exudes something casual and comfortable, while adding a quirky and surprising touch. »

    Textile inspiration ?

    « My aim in developing this fragrance was to capture a cocooning sensation, like the enveloping comfort of the brand’s oversized scarves. This idea of warmth and protection was translated into the fragrance, allowing everyone to make it their own in a personal way. »

  • Journal de nuit : Coeur Fauve

    Quand Alexandre Makhloufi réinvente la nuit

    Après le lancement très remarqué de Sleep No More en 2024, le parfumeur Alexandre Makhloufi, fondateur de Sacré Français, réinvente la nuit en proposant cette fois une rose aussi sombre que l’était le cacao dans son premier opus. On passe de la pièce de théâtre alternative qui a inspiré Sleep No More à un conte pour adultes dans lequel Alexandre, l’un des plus prometteurs parfumeurs de l’année, ose s’aventurer sur des terrains encore mal défrichés par la parfumerie traditionnelle.

    Celui de la Dark Romance. 

    Si la fantasy traditionnelle fait partie des littératures qui ont longtemps façonné l’imaginaire d’Alexandre, avec notamment un Master sur la fantasy féminine et Tolkien comme première claque littéraire, c’est dans des créations plus sombres qu’il se dévoile olfactivement. 

    Dans ce second parfum pour la marque Sacré Français, il met en valeur une rose au cœur indomptable. On n’est pas dans Rose Barbare, de Guerlain, parfum d’intrigante qui joue de son pouvoir sur les hommes. La rose de Cœur Fauve est bien plus barbare au sens premier du terme. 

    “Suis-moi si tu m’aimes.” 

    Elle est cash. 

    Ses ronces rippent le poignet tandis qu’elle tente de se frayer un chemin entre des notes plus intenses. Styrax, bois de gaïac… On sent qu’elle n’a pas les règles du jeu mais elle accroche le nez, les sens avec une même honnêteté dans le propos que Ruade de Marc-Antoine Corticchiato (que nous allons retrouver très bientôt pour échanger autour de sa dernière création), la fleur en moins.

    Vient ensuite un souffle tiède, presque timide, mais toujours animal, à mi chemin entre la regrettée Peau de Bête de Liquides Imaginaires et Al Sahra de The Different Company.

    Puis la rose se pose, calme, rassérénée. On finit sur du velours dans ce parfum unisexe qui boulverse joliment les codes.

    Dark romance ou carrément rose BDSM ?

    “J’ai beaucoup de problèmes avec la rose, nous explique Alexandre. Avec toutes les roses d’ailleurs, donc l’idée de ce parfum était de travailler sur une rose très boisée, qui resterait toutefois très unisexe, même un peu cuirée. Je voulais faire une rose un peu sale.”

    L’animal sous les pétales ?

    “La matière sent un peu l’animalerie, en effet. On y retrouve un peu le fauve, comme dans un zoo”, explique Alexandre. L’animalité vient d’un accord cuir aux accents légèrement oudés, mais je tenais à éviter toute impression d’oriental clinquant.”  Le résultat, un très bel effet de notes “sales” telles que le cumin ou encore le safran. Ces notes ne sont pas utilisées en tant que telles mais ces facettes sales/animales/crésoliques, voire un peu salées, sont induites par l’accord cuir oud.

    Tout comme Sleep No More, Cœur Fauve est un parfum très nocturne.

    “J’y reviens à chaque fois, je ne sais pas pourquoi, remarque Alexandre. je l’ai retravaillé en essayant d’y injecter un peu plus de lumière et d’aller moins vite sur le côté cuiré animal.

    Comme la rose n’est pas une note que j’apprécie particulièrement lorsqu’elle est traitée de manière trop frontale, je me suis laissé tenter par l’exercice de l’envelopper de bois sombres et de notes plus herbacées et lumineuses, pour lui donner un sillage plus suave et inattendu. 

    J’ai également travaillé une facette racine sur le dry down , que j’aime particulièrement, pour apporter un ancrage plus organique à l’ensemble. Notes de ciste, de camomille, pour facetter un peu la rose, mais sans la rendre trop rose non plus. Pour moi, c’est un peu comme une rose de conte de fées, une rose entourée par les ronces au clair de lune.”

    Our Night Diary : Coeur Fauve

    How a wild rose will soon entangle your summer nights

    After the highly acclaimed launch of Sleep No More in 2024, perfumer Alexandre Makhloufi, founder of Sacré Français, reinvents the night, this time with a rose as dark as the cocoa in his first opus. From the alternative play that inspired Sleep No More to a story for adults, Alexandre, one of the most promising perfumers of the year, dares to venture into a territory that has yet to be explored by traditional perfumers.

    Dark romance.

    While traditional fantasy is one of the literatures that has long inspired Alexandre’s imagination, with a Master’s degree in women’s fantasy and Tolkien as his first literary slap in the face, it’s in darker creations that he reveals his olfactory side.

    In Coeur Fauve, a rose emerges straight out of a dark fairy tale in which kids tremble and grown-ups stumble. Never a rose in perfumery had been so wild, so dark without losing her identity. Those who have been acquainted to Rose Barbare from Guerlain would not be able to compare. Rose Barbare is a lady playing with her charms. Coeur Fauve is neither male nor female. It is a vegetal animal without gender, a flower that smells the danger. Be careful. She is a beast. But she fears too. Still, she is defiance stitched into well woven notes of Cypriol, Cedar, Gaiac Wood, Labdanum Absolute, Frankincense, Benzoin Absolute and Oak Moss Absolute.

    It has been said that every single wound has a story to tell. This rose is certainly wounded and we dive deep with her in the darkness surrounding her. A leather oud accord creates a beasty night around. Meanwhile, she remains wild and untamed even in fear. Still, she is not a savage to you. Soon, she stops running to rest on velvety notes on the edge of your wrist. Untamed but peaceful.

    Dark romance or BDSM Rose?

    “I have a lot of problems with roses, » explains Alexandre. With all roses, in fact, so the idea for this fragrance was to work on a very woody rose that would still be very unisex, even a little leathery. I wanted to make a rose that was a little dirty.”

    The animal under the petals?

    ‘The material does smell a bit like a pet shop. It’s a bit like being in a zoo,’ explains Alexandre. The animality comes from a leather accord with slightly wavy accents, but I wanted to avoid any impression of a flashy oriental.’  The result is a beautiful effect of ‘dirty’ notes such as cumin and saffron. These notes are not used as such, but these dirty/animal/resolic facets, even a little salty, are induced by the oud leather accord.

    Like Sleep No More, Cœur Fauve is a very nocturnal fragrance.

    ‘I’ve reworked it, trying to inject a little more light and go a little slower on the animalic leathery side.

    As rose isn’t a note I particularly like when it’s treated too frontally, I let myself be tempted by the exercise of enveloping it in dark woods and more herbaceous, luminous notes, to give it a more suave, unexpected trail. 

    I also worked on a root facet on the dry down, which I particularly like, to give the whole a more organic feel. Notes of cistus and chamomile, to give the rose a little facet, but without making it too pink either. For me, it’s a bit like a rose from a fairytale, a rose surrounded by brambles in the moonlight’.

  • Breathe, le dernier souffle né d’Akro

    Ne parlez pas d’abstraction à Olivier Cresp. L’homme qui a eu le génie de composer Angel pour Thierry Mugler est un des rares parfumeurs à marquer une différence nette entre figuratif et abstraction. Ne lui demandez pas de vous dessiner olfactivement la Joconde. Ni même un certain mouton. Il vous répondra que son interprétation de la Joconde ne sera pas la même que celle de son voisin et que l’abstraction, en parfumerie, ne l’intéresse pas. Il aime que chacun puisse identifier son propos olfactif. D’un panettone à la vanille pour Devotion for Women (Dolce & Gabbana) à la représentation d’une rose magnifique pour Night (Akro), la parfumerie figurative d’Olivier Cresp est toujours accessible.

    Et c’est dans sa propre marque, Akro, que le parfumeur crée de très belles compositions figuratives qui explorent l’univers de nos addictions quotidiennes. L’amour. Le tabac. Le café… Précurseurs en la matière, le duo formé par Olivier Cresp et sa fille ne cesse d’explorer olfactivement plaisirs irrésistibles et sensations fortes.

    De Night à Glow, en passant par Awake ou Bake, best-seller de la marque qui est une véritable addiction au cupcake, ultra-figurative, il existe un point commun à leurs créations : quelque chose qui percute. Une attitude. Un petit je-ne-sais-quoi qui réveille les sens et transporte.

    Le dernier né s’appelle Breathe, comme une bouffée d’air frais, un air si pur qu’il vient, justement, vous percuter de plein fouet dans votre quotidien.

    Dans ce parfum, une attitude. Comme souvent dans les parfums composés par Olivier Cresp. Puis, un voyage. Les mots de Filippo Sorcinelli, à l’occasion de la sortie de l’un de ses parfums (Vento) me sont revenus en tête à la première bouffée de Breathe. Un viaggio che inizia con un respiro. A journey that begins with a breath. A journey called Breathe. Autrement dit, un voyage qui commence par une respiration.

    “Breathe” signifie “respirer”, rappelle le maître parfumeur Olivier Cresp. “C’est le quatorzième parfum d’Akro. C’est un parfum qui est légèrement plus masculin que les précédents.”

    Flannie : Pourquoi Breathe ?

    Olivier Cresp : “Je trouvais qu’il manquait, autant sur le marché que dans la gamme Akro, une note outdoor. Une note indispensable quand on passe ses journées dans une grande ville. On me répétait “Olivier, peux-tu nous faire une note outdoor ? » J’ai donc créé une note très clean, légèrement masculine, évoquant un peu l’après-fitness.

    Imaginez-vous marcher dans la forêt, après la pluie… C’est une note hyper fraîche, hyper vivifiante tout en étant purifiante. On y retrouve de la menthe, de la lavande pour le côté clean. De l’eucalyptus pour la fraîcheur.

    Flannie : Il y a de très belles notes de type “oxygène ». Comment avez-vous travaillé cette fraîcheur ?

    Olivier Cresp : J’ai ajouté de la cascalone, un ingrédient de chez DSM-Firmenich, qui procure un effet de grande cascade. On parle de pluie, d’eau de source. Breathe est une véritable respiration, la grande bouffée d’air pur dont on a besoin. On retrouve également une molécule qui s’appelle la floralozone, fraîche, florale et ozonique, qui donne envie de marcher et de respirer, et même de faire du sport. 

    Et même de faire du sport ?

    Exactement. Breathe peut également évoquer les odeurs d’après douche. C’est un parfum très frais sans pour autant être une Cologne. »

    Notre avis

    Il répond à une addiction dont on parle peu, celle de la nature, du grand air. Très aromatique, Breathe vous donne envie de mettre les voiles, vous envoler loin du bruit, de la fureur urbaine. Une expérience quasi immersive.

  • Fabrice Pellegrin, le généreux

    Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous propose de découvrir le parfumeur Fabrice Pellegrin dont les compositions m’émerveillent bien souvent. Dès la première minute d’échange, on sent une générosité indéniable s’échapper de cet homme dont beaucoup connaissent les parfums sans pour autant connaître le nom. « Parfumeur de l’année » 2017 (Cosmétique Mag), Fabrice a travaillé pour les plus belles maisons, les plus grands noms (Yves Saint Laurent, Valentino, Gaultier, Margiela, Armani…). Ceux qui le connaissent bien vous diront qu’il a une sérénité bien à lui, une voix du sud posée, mesurée. Cet homme agréable et accessible prend, pour nous, le temps de partager son art.

    Cher Fabrice,

    Pouvez-vous nous raconter quelque peu votre parcours ?

    Mon métier est une véritable histoire de famille. Je suis né dans les collines autour de Grasse, ma ville natale et celle de mon cœur, et c’est de là que vient ma famille et ma vocation. Mon père était parfumeur, ma grand-mère cueilleuse de fleurs (on surnomme le jasmin « la fleur » à Grasse) et mon grand-père travaillait dans la transformation d’ingrédients naturels pour la parfumerie. J’ai eu la chance d’être baigné depuis mon plus jeune âge dans cet univers merveilleux, au milieu des fleurs, des mouillettes et des échantillons. J’ai fait tout mon apprentissage à Grasse. J’ai appris le métier de parfumeur chez Robertet. Il n’y a pas de meilleure éducation que d’apprendre sur le terrain. Le contact direct avec des professionnels permet de découvrir tous leurs petits secrets que je n’aurais pas connus autrement. J’ai rejoint Firmenich en 2008 où j’occupe le poste de parfumeur principal et directeur de l’innovation et du développement des produits naturels. 

    Quand la parfumerie est-elle devenue une évidence pour vous ?

    Ma passion pour la parfumerie est réellement entrée dans ma vie à l’âge de 15 ans, lors d’un stage d’été, où j’ai découvert la transformation des matières premières et le processus de création d’un parfum – c’était magique. C’est là où ma vocation de parfumeur a pris tout son sens, au cœur des processus de création et des matières premières naturelles. Je me suis rendu compte que j’aimais être proche de ceux qui les cultivent et écouter leurs belles histoires, l’origine de leur magie. J’ai eu l’envie de les vivre au quotidien et d’avoir la chance de pouvoir les sublimer dans mes créations.

    Parmi toutes vos expériences, quelle est, selon vous, la plus marquante ?

    J’aime relever des défis. Travailler sur des notes qui retranscrivent le goût, la texture d’un aliment est une expérience fascinante. Je pense au kiwi qui ne sent pas mais dont on peut réussir à construire l’odeur à partir du goût, ou encore la chantilly qui a une texture intéressante à traduire en note.

    Quels sont vos grands défis actuellement ?

    Continuer d’insuffler une nouvelle vision des parfumeurs à nos clients. Désormais, nous avons plus souvent l’occasion de décrire notre processus créatif, les clients comprennent ainsi mieux nos inspirations artistiques et nous incitent à concevoir des émotions olfactives. Je pense qu’il faut continuer de communiquer ainsi pour créer une véritable relation de confiance et de transparence, c’est ainsi que les plus belles créations voient le jour.

    Vos atouts ?

    Chez dsm-Firmenich, je suis à la fois parfumeur et directeur de l’innovation pour les produits naturels, et mon travail, avec les équipes à Grasse, consiste à faire raconter de nouvelles histoires aux plantes à parfum. Il est intéressant de découvrir de nouvelles huiles essentielles et absolues pour enrichir la palette du parfumeur et créer de nouveaux parfums. Cependant, l’innovation implique également de nouveaux procédés d’extraction qui révèlent les facettes cachées d’ingrédients bien connus, tels que la lavande ou le jasmin : extraction par fluide supercritique (SFE), co-distillation ou même extraction électromagnétique que nous appelons Firgood®. Grâce à cette technologie propre et sans solvant, nous pouvons désormais extraire des fruits, des légumes et des fleurs traditionnellement « silencieuses ». Cette partie de mon travail, au contact des cultivateurs et de la terre, m’inspire énormément pour mes créations. Mon travail de parfumeur consiste à mettre constamment en valeur le meilleur que la nature a à offrir dans un parfum.

    Parmi toutes vos créations, quelles sont les plus populaires ?

    Je pense à mes créations pour la maison Diptyque comme Do Son, Eau de Rose, ou encore L’Eau Papier. Dans ce dernier, j’ai travaillé sur l’odeur abstraite de l’encre au contact du papier. Il y a également Wanted d’Azzaro qui met en avant la cardamome, une épice fascinante. Bien sûr, Scandal de Jean-Paul Gaultier, un féminin opulent autour des fleurs blanches miellées, et enfin Fame avec cette note d’encens crémeux entouré de jasmin. Ces parfums sont de véritables partis pris olfactifs, particulièrement appréciés des consommateurs pour leur signature singulière.

    Quelles sont celles dont vous êtes le plus fier ?

    C’est difficile pour moi de choisir l’une d’entre elles. Dans chacune de mes créations, je mets une partie de moi et de la passion pour façonner une signature aboutie. 

    Quelle est celle qui vous a donné le plus de fil à retordre ?

    Je ne parlerai pas de fil à retordre mais plutôt de gestion du temps. Le temps est une dimension très importante dans la création, et on n’en a jamais assez pour travailler. 

    Quelle est votre matière préférée ? Et pourquoi ?

    Le patchouli est une matière première qui a été pour moi comme un choc olfactif. Il m’a donné accès à la séduction. Il m’arrive de le porter en pur. Si facetté, mystérieux, envoûtant, il est un parfum à lui tout seul.  J’affectionne aussi la tubéreuse. Elle est majestueuse, longiligne et j’aime le contraste entre ses petites fleurs blanches délicates et son pouvoir de diffusion phénoménal et narcotique.
    Et enfin, il y a l’Ambrox, une molécule issue des biotech, et comme le patchouli, il est complexe, difficile à qualifier entre muscs, bois et ambre gris. C’est un véritable parfum de peau, sensuel, addictif, avec du parti pris. 

    Si vous pouviez créer un parfum pour la personnalité (personnalité ou personnage, réel ou fictif…) de votre choix, qui choisiriez-vous et pourquoi ?

    Je me projette plus dans un lieu que sur une personnalité. J’aimerais m’immerger dans la bibliothèque du Vatican afin d’en percer ses secrets, d’apprécier sa richesse et à partir de là créer l’odeur de ce lieu mystérieux. 

    Quel parfum lui composeriez-vous ?

    Je vous laisse deviner.

    Si vous deviez créer un parfum à 4 mains, quel autre parfumeur choisiriez-vous et pourquoi ?

    J’ai la chance de partager avec mes deux fils ma passion pour le parfum. Travailler avec eux est une évidence, une histoire de transmission. Je leur apporte le savoir et eux m’apportent la fougue. 

    Quels sont, selon vous, les grands enjeux de demain dans l’univers de la parfumerie ?
    La nouvelle génération ne cesse de me surprendre, car leur curiosité les pousse à découvrir et à essayer constamment les derniers parfums sur le marché. Ils aiment explorer de nouveaux horizons olfactifs et sont à la recherche de signatures toujours plus distinctives et puissantes. En tant que parfumeur, il faut relever ce défi de séduire cette génération aux multiples facettes. Il faudra donc réussir à s’adapter en permanence à leurs envies en proposant des parfums toujours plus innovants et originaux. Et bien sûr, créer des parfums toujours plus respectueux de la planète avec de beaux ingrédients naturels sourcés de manière durable, qui ont un réel impact olfactif dans les compositions, au-delà des revendications marketing.

    A découvrir absolument parmi les dernières créations de Fabrice :

    Sogno in Rosso pour Valentino

    The Dandy pour Penhaligon’s

    Et, bien sûr, Patchouli Mania pour Essential Parfums

    Crédit photos portraits : Dsm-Firmenich

  • Sacra d’Olibanum, un encens addictif

    Si Olibanum a récemment dévoilé sa nouvelle création, Néroli, c’est Sacra, ode à l’encens, que je tiens à vous présenter aujourd’hui sur Flannie. La filière de l’encens est en plein renouveau. Dans les années à venir, nous serons amenés à en reparler assurément.

    Ici, Sacra s’offre la liberté de rendre cette matière sacrée facile à porter, sans dogme, sans cérémonial inutile. Ce parfum est à l’image de sa marque, Olibanum, et de son créateur, Gérald Ghislain, fondateur d’Histoires de Parfums (une de mes premières maisons de niche favorites) mais qui n’aime pas, pour autant, raconter des histoires autour des parfums qu’il propose à ses clients. Gérald préfère de loin laisser le parfum parler. Un homme discret mais entier qui a profité du confinement pour créer cette nouvelle marque prônant l’upcycling dans un univers, la parfumerie, qui se transforme avec peine pour faire face aux enjeux de demain.

    Gérald Ghislain, fondateur d’Olibanum

    L’originalité de la marque ?

    Des formules qui peuvent aisément se superposer… ou pas, selon les goûts de chacun.

    Sa particularité ?

    Toute la gamme est pensée autour de l’encens. Chacun des parfums contient une petite quantité d’encens. “L’encens est historiquement à l’origine du parfum et à l’origine de cette marque”, nous explique Sylvie Jourdet, parfumeure et créatrice de Sacra pour Olibanum.

    Sacra 

    Notes : baies roses – oliban – cèdre – pin – sapin baumier – muscs blancs – vétiver

    Sylvie Jourdet, parfumeure fondatrice de Créassence, maison de création et de fabrication de parfums

    Sylvie, vous nous dîtes que Sacra est l’emblème de la marque. Pourquoi ?

    Sacra tire son nom de l’arbre Boswelia Sacra, l’arbre à encens dont on extrait la plus belle qualité. Sacra est donc le parfum phare au cœur de la collection, celui sur lequel tous les autres parfums peuvent se superposer. Ils peuvent bien évidemment se superposer entre eux aussi. Sacra symbolise la marque Olibanum car c’est une reconstitution de cet encens. On m’a demandé de reconstituer l’odeur de l’encens et d’en faire un parfum en même temps.

    Ce n’est pas facile, ça…

    Le défi m’a plu. J’ai pensé à Roudnitska et au muguet qu’il a créé dans Diorissimo. Il fallait être au plus proche de la note. Pour cela, j’ai utilisé plusieurs encens obtenus par différentes méthodes d’extraction qui produisent chacune des notes particulières.

    Racontez-nous…

    Les matières premières peuvent être extraites de différentes manières. Par la distillation pour les huiles essentielles, par des extractions au CO2 supercritique, des extractions avec des solvants volatils… On a plusieurs manières, à partir d’une matière première brute, d’extraire ses composés aromatiques. Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Le produit obtenu a des nuances olfactives qui peuvent être assez différentes. L’idée a été de reprendre ces différents encens, d’y adjoindre d’autres matières premières pour donner l’envolée, la tenue, le volume, la diffusion… sachant que les extraits obtenus sont parfois un peu éloignés de l’odeur de l’encens originel. 

    Il y a la gomme d’encens qui sent déjà quand vous la faîtes rouler entre vos doigts mais l’encens que l’on connaît le mieux est celui que l’on fait brûler dans les églises, dans les temples en Chine et cette odeur est encore très différente. L’idée était de retrouver toutes ces notes d’encens et d’en faire un parfum. La partie “reconstitution” était très importante. 

    Sacra est très facile à porter…

    Oui, nous ne voulions pas être dans le côté “encens vieille église”, nous voulions aussi la fraîcheur de la gomme.

    Le layering, avec Sacra, marche très bien.

    Oui. Il fallait que tout puisse se superposer avec cet encens. Certains préfèrent toutefois faire du layering avec de la rose et du yuzu, du vétiver et de l’opoponax sans forcément rajouter de l’encens. Pour le moment, Sacra reste toutefois notre parfum le plus vendu.

    Avec Safran, il marche merveilleusement bien.

    Oui, Safran est un peu plus délicat. Il lui donne un peu de profondeur.

    Comment Gérald parvient-il à proposer des prix aussi abordables ?

    Il y a eu un effort financier fait sur tous les éléments du parfum. Le flacon, par exemple, a un poids de verre beaucoup moins lourd. Le packaging est très sobre. Il n’y a pas de capot. Pendant le confinement, Gérald s’est demandé “si je devais refaire une marque de parfums, que ferais-je ?” Il a eu envie de rester dans la niche, le qualitatif, mais faire du raisonnable avec des matières premières de qualité tout en faisant aussi de l’upcycling en allant chercher, par exemple, des résidus de santal qui ont été retraités. C’était vraiment dans l’ADN de la marque d’être raisonnable dans le sens écologique et financier.

    Le layering n’est pas encore très à la mode en Europe…

    Pourtant, il y a un côté ludique au layering. Les petits contenants ne sont pas chers. On peut acheter 3 petits parfums et créer son propre parfum. Il y a un désir de “désacraliser” le parfum, de permettre à chaque client de s’amuser avec le parfum. Vous pouvez vous dire “j’en superpose deux, j’en superpose trois, j’en superpose quatre”. Et si vous avez envie d’en mettre un seul, ça marche très bien aussi.

    Preuve en est Néroli, la dernière création de la marque qui se porte aisément seule à l’approche des beaux jours ou en compagnie de Sacra pour jouer les trouble-fêtes lors des soirées d’été, lui apportant une touche de mystère irrésistible.

  • Atelier Materi, rencontre avec Véronique Le Bihan

    Après une pause bien méritée, Flannie revient en ce début janvier vous proposer toujours plus de rencontres, des découvertes olfactives inédites et bien d’autres surprises.

    Commençons cette année 2024 par un bel entretien avec Véronique Le Bihan, créatrice de la maison de parfums Atelier Materi.

    L’élégance comme signature. Véronique Le Bihan dessine sa marque petit à petit depuis 4 ans. Sophistiqués, ses parfums ont de l’allure mais gardent un charme discret, minimaliste, qui sied bien à la fondatrice de la maison. “On est sur quelque chose de contemporain mais qui reste toujours très élégant.” Les parfums qui crient ? Très peu pour elle. Chez Atelier Materi, les parfums vous accompagnent pour mettre en valeur votre propos et non l’inverse.

    Entretien

    Chère Véronique,

    Pouvez-vous nous parler un peu de vous, de votre parcours ?

    Je suis née en Bretagne et j’y ai vécu jusqu’à mes 20 ans. Ensuite, j’ai fait une école de commerce avec une spécialisation finance. J’ai travaillé dans le secteur de la cosmétique et des parfums, dans la partie marketing et développement produit, privilégiant pendant 12 ans les petites sociétés. J’ai toujours eu pour ambition de créer un jour ma propre entreprise, d’où mon choix de travailler dans de plus petites structures afin de pouvoir toucher à différentes choses et avoir une vision d’ensemble.

    A quand remonte votre amour des parfums ?

    C’est plus un amour des odeurs. Quand j’étais petite, j’avais tendance à tout sentir. Sentir les choses que je trouvais dans la nature mais aussi tous les produits cosmétiques des rayons de supermarché… Ensuite, adolescente, je me suis constitué une collection de miniatures de parfums. Je me suis toujours parfumée. J’étais même dans les premières générations à m’intéresser à la niche.

    Pourquoi la niche ?

    J’aimais beaucoup les parfums, je n’avais pas envie de sentir comme tout le monde. Je trouve cela important d’avoir une signature olfactive singulière. Assez rapidement, je me suis dirigée vers les premières maisons confidentielles.

    Revenons à votre parcours…

    Pendant 12 ans, j’ai développé des cosmétiques. Durant les 6 dernières années, ce n’était que du parfum. J’ai notamment travaillé pour Maesa, une société qui faisait du private label en full service pour des clients un peu partout dans le monde. Je créais des collections de parfums de A à Z sur la partie marketing. Je créais la marque, le concept, je m’occupais du développement du produit jusqu’à ce qu’il arrive sur les étagères. C’était très commercial, nous n’étions pas du tout dans la niche. Après quelques années, j’ai eu envie de faire mon métier autrement. J’ai eu envie de revenir à quelque chose de beaucoup plus sincère et authentique.

    Atelier Materi est né…

    Oui, c’est à ce moment-là que j’ai eu envie de remettre l’humain, la nature et la créativité au centre du projet. Dans les valeurs d’Atelier Materi, il y a une idée de nouveau luxe, de slow and quiet luxury. Je voulais sortir du process industriel et revenir à quelque chose de plus artisanal, retrouver le geste de la main de l’homme. La beauté de l’imperfection vient aussi faire la différence.

    Quand je travaille sur un nouveau parfum, je crée sans la pression d’une date butoir, la sortie d’un nouveau parfum étant guidée par l’aboutissement de sa création et non par un calendrier marketing. Je préfère qu’on prenne le temps d’étudier la matière, le temps de créer, le temps de produire.

    Cette notion de temps est très importante…

    Elle est liée à l’artisanat. “Materi” veut dire “matière” en breton. C’est l’atelier de la matière.

    Comme un sculpteur travaille le bois ou un céramiste la terre, le parfumeur associe, façonne et dompte les matières premières pour les réinterpréter, révéler leur beauté.

    Souvent, nous sommes dans des accords un peu audacieux, assez singuliers, avec une vraie signature olfactive. Il me fallait utiliser ce savoir-faire artisanal d’une manière très contemporaine. La matière est très importante. Je voulais qu’on la retrouve dans le parfum mais aussi dans l’objet avec cette notion d’artisanat, de travail manuel.

    Le flacon est remarquable…

    Je suis passionnée de design et d’architecture. En plus de belles fragrances, je voulais aussi un bel objet qu’on puisse mettre en valeur dans sa salle de bain ou exposer sur sa cheminée dans son salon. De ce fait, j’ai essayé de travailler avec des matières assez atypiques. Notre capot est fait en béton.

    La teinte du flacon est également très belle…

    Tout est inspiré de la Bretagne. La nature y est brute. Atelier Materi évoque un luxe discret, très élégant. Nous sommes sur quelque chose d’authentique, de sincère. Le bleu nuit de la maison va rappeler la couleur de l’océan après la tempête, le capot en béton va rappeler la minéralité des falaises en Bretagne. La forme du capot est elle-même inspirée des galets polis par les vagues qui s’échouent ensuite sur les plages. Nous n’avons que des pièces uniques, entièrement fabriquées à la main par un artisan dans Paris. On vient couler le béton dans un moule, on laisse sécher, on démoule ensuite chaque pièce avant de la polir à la main. Puis, on vient lui ajouter une patine dorée, dans l’idée de mixer quelque chose d’un peu brut avec quelque chose d’un peu plus sophistiqué. C’est un process très artisanal. On prend le temps de produire. Cela nous amène à avoir un coût de production plus élevé que la plupart des marques concurrentes sur le marché.

    C’est compréhensible. Le « local » joue un rôle également essentiel dans la fabrication de vos flacons.

    Pour moi, c’était effectivement hyper important de garder une production locale. Presque tout est fabriqué en France. Et quand ce n’est pas fabriqué en France, c’est fabriqué dans un pays frontalier. Cela n’a d’ailleurs pas été par choix. Au tout début, la production était 100% française mais notre verrier s’est fait racheter par une société allemande. La production du flacon est donc passée en Allemagne. Je veux être sûre que toutes les personnes qui travaillent sur la chaîne de production soient rémunérées à leur juste valeur. Cela a un coût, c’est certain, mais cela fait vraiment partie des valeurs que je veux garder pour la maison.

    On sent que vous n’allez pas dans la facilité.

    On essaie toujours de réinterpréter la matière.

    Effectivement, vous ne faîtes pas du déjà-vu parce que cela se vend bien, vous innovez.

    Parfois, je vais un peu à contre-courant des tendances volontairement. Quelle est la valeur ajoutée si je fais comme tout le monde ? Il y a 2 ans, on a lancé Narcisse Taiji. Tout le monde m’a dit “C’est assez audacieux de lancer un parfum autour de la fleur de narcisse et de revendiquer “narcisse” en plus dans le nom.” Et je me suis dit “en effet, c’est un peu clivant.” et finalement, il fait partie de nos best-sellers.

    Quels sont vos plus grands défis à ce jour avec Atelier Materi ?

    Nous venons de fêter nos 4 ans d’existence et nous sommes toujours une maison de parfums confidentielle. Nous sommes en forte croissance mais, dans un univers aussi concurrentiel que le nôtre, nous devons nous engager dans la communication pour gagner en notoriété et visibilité sur le marché.

    Vos atouts ?

    On a un univers très différenciant. Notre discours, notre positionnement sont uniques. Nous sommes dans la recherche de la singularité avec une élégance contemporaine et minimaliste. Nous sommes à l’opposé d’un luxe ostentatoire. Nous ne cherchons pas du tout à suivre les tendances. Nous créons de manière libérée des parfums qui ne ressemblent à aucun autre avec une démarche responsable. Notre histoire est également authentique.

    Parmi vos parfums, lesquels sont les plus populaires ?

    Aujourd’hui, Santal Blond est notre best-seller avec Narcisse Taiji mais c’est Cacao Porcelana qui suscite le plus de commentaires. Nous avons d’ailleurs reçu 2 prix pour ce parfum et je pense qu’il se distingue vraiment. C’est un gourmand très élégant. Il a une signature très singulière et sensuelle.

    Quel est celui dont vous êtes le plus fière ?

    J’ai un côté très perfectionniste. Chaque parfum que je lance est vraiment abouti. Iris Ébène a toutefois une symbolique particulière pour moi. C’est mon doudou olfactif. Quand j’ai commencé à travailler sur ce parfum, j’ai donné à la parfumeuse (Marie Hugentobler) une image de pull en cachemire, d’une belle étole, une étoffe toute douce, texturée et enveloppante dans laquelle on viendrait s’envelopper. Iris Ébène est le parfum que je porte quand j’ai besoin de réconfort. Il a le côté poudré de l’iris, le côté texturé d’un daim, d’une suède qui va rappeler le cachemire.

    Et celui qui vous a donné le plus de fil à retordre ?

    C’est définitivement Rose Ardoise. C’était un défi pour moi car je ne suis pas fan de la rose à la base. Je trouve que c’est une matière très féminine qui peut avoir un côté un peu désuet. Mon défi a été de la rendre complètement androgyne et contemporaine. Cela a été assez compliqué. Mon idée de départ était une fleur qui pousse au milieu du béton en plein centre-

    ville. Je voulais révéler cette matière en lui donnant une dimension plus urbaine, plus minérale. Céline Perdriel, la parfumeuse, a joué sur les ambiguïtés en combinant féminité et masculinité, transparence et texture. Autour de la rose, elle a combiné des notes fraîches et épicées de schinus molle, de la noix de muscade et nous avons ajouté une overdose d’ambroxan. On a également du cuir qui va apporter à la fragrance un côté sensuel et androgyne. On a mis 2 ans à trouver le bon équilibre. Aujourd’hui, je suis très contente car c’est un des parfums que je porte le plus souvent.

    Quels sont, pour vous, les plus gros défis de la parfumerie de demain ?

    Nous avons de véritables enjeux sur le côté durable et responsable. En tant qu’acteurs de l’industrie, nous avons tous une responsabilité face à ces enjeux. On se doit de trouver des solutions pour rendre la parfumerie plus green, moins polluante et également plus éthique envers toute la chaîne de production et notamment envers les cultivateurs de matière première. Il y a aussi un travail à faire au niveau de l’upcycling, de la chimie verte. Aujourd’hui, la presse met souvent en avant la parfumerie 100% naturelle. Or, je trouve que ce n’est pas forcément la bonne voie. 100% naturel veut dire aussi utilisation des ressources naturelles de manière importante. Je pense qu’il y a une autre voie à trouver. Vous imaginez le nombre de tonnes de roses qu’il faut pour réaliser un kilo de concrète ? Nous nous devons de préserver les matières premières naturelles.

    Quelle est votre matière préférée ?

    L’ambroxan est une de mes matières fétiches. Tous les parfumeurs qui travaillent avec moi savent que j’ai une obsession pour cette matière première. C’est une très belle matière de synthèse, issue de la recherche organique, qui est très complexe, hyper riche, facettée. J’aime justement ses facettes boisées, ambrées, légèrement animales. Je trouve que c’est un ingrédient qui apporte tout de suite beaucoup de sensualité à un parfum. On en retrouve dans Bois d’Ambrette et dans Rose Ardoise qui contient plus de 20% d’ambroxan.

    Quelle est l’odeur/le parfum que vous préférez depuis l’enfance ?

    J’ai une affection particulière pour l’odeur de l’herbe fraîchement coupée. J’ai grandi au milieu de la nature. Cette odeur me ramène à l’enfance.

    Pour quelle personnalité aimeriez-vous créer un parfum ?

    J’aurais adoré faire une création pour l’architecte Charlotte Perriand. En plus de son travail d’architecte et de designer, j’ai toujours beaucoup aimé son esprit visionnaire, avant-gardiste. Je me sens assez proche dans mes créations. L’art, l’artisanat, le design avec une vision très contemporaine et minimaliste nous réunissent. Je m’inspire beaucoup de son travail.

    Que lui auriez-vous proposé ?

    Je lui aurais proposé un parfum boisé, un peu froid sans être austère, pour rappeler un peu ce côté métal qu’elle pouvait utiliser dans ses créations. J’aurais fait quelque chose de très minimaliste et de contemporain, tout en verticalité, et cela aurait été certainement autour d’un cèdre avec une odeur un peu sèche qui peut rappeler celle des scieries et des copeaux de bois, mêlée à des notes un peu fusantes et délicates d’agrumes comme le yuzu, par exemple, car elle était fascinée par le Japon.

    Quel est votre prochain défi parfumé ?

    Je travaille sur des bougies parfumées et une collection d’extraits de parfums, avec 3 nouvelles créations. C’est un défi pour moi car nous sommes sur des extraits qui ont tendance à crier un peu plus et ce n’est pas vraiment mon style de parfumerie.

    Oui mais… avec votre façon d’être, votre style, ça peut être très intéressant…

    C’est tout le challenge. Partir sur une notion de puissance olfactive, de sillage, tout en restant dans l’élégance de la marque. Je porte du parfum pour moi, pas pour les autres. Mais aujourd’hui, les consommateurs recherchent cette puissance olfactive.

    De plus en plus de gens adorent être accompagnés par leur parfum.

    C’est cela. Aujourd’hui, c’est une vraie demande du marché et je ne peux pas l’ignorer. J’ai envie de partir sur des matières qui auront déjà un peu plus de puissance à la base et de les travailler d’une manière qui va faire ressortir certaines facettes plus que d’autres. Nous sommes en train de travailler sur trois nouvelles matières dont une sur laquelle nous avons déjà bien avancé.

    En février, sortira également un nouveau parfum. C’est une note boisée et verte, un hommage à la nature.

    Quelles surprises réservez-vous cet hiver aux clients d’Atelier Materi ?

    Nous proposons un nouveau format, avec des flacons de 10ml. Cela permet d’avoir des parfums dans notre collection à des prix un peu plus accessibles et les gens fidèles au parfum auront un format un peu plus nomade pour la journée, pour le week-end.

    Quels sont vos projets futurs ?

    J’adorerais pouvoir retranscrire l’univers de l’Atelier Materi à travers notre propre boutique. Ce serait génial.

    Découvrez l’univers d’Atelier Materi

    Crédits photos: 

    Nicolas Mingalon pour les visuels produits

    Marion Colombani pour les portraits


  • Marie Hugentobler, portrait d’une lady

    D’une rencontre autour du cacao à un questionnement sur le digital et la parfumerie, Marie Hugentobler a cette faculté d’être là où on ne l’attend pas. Cette parfumeuse attirée par les voyages et les différentes cultures du monde a signé ces dernières années quelques beaux parfums pour Atelier Materi dont l’incroyable Cacao Porcelana (une merveille dont on vous parlera très bientôt). Entretien avec une femme de talent

    Chère Marie,

    Pouvez-vous nous conter votre parcours ? Comment êtes-vous devenue parfumeuse ?

    Vers l’âge de 17 ans, je me suis levée un matin en me disant “C’est ce métier que je veux faire”. Suite à cela, je me suis renseignée sur les études à faire – fac de chimie, concours de l’ISIPCA. J’ai ainsi mis un pied dans le parfum.

    Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce métier ? 

    Ce que j’aime à travers ce métier, c’est le contact avec la matière, la possibilité d’expérimenter autour des matières, de leurs associations, d’arriver à une signature qui va plaire au client, au consommateur. Le contact avec le parfum est dingue. On va chercher quelque chose chez les gens qui n’est pas forcément très rationnel. C’est vraiment joli.

    Après l’ISIPCA, je suis partie travailler en Angleterre pour un groupe indien. J’ai appris énormément de choses. Culturellement, c’était magnifique. J’ai passé 4 années avec eux. Ensuite, j’ai rejoint Cosmo Fragrances qui était basée aux USA. J’ai rejoint leur premier site en Europe. J’ai travaillé 13 ans pour eux avant de rejoindre Firmenich, aujourd’hui dsm-firmenich. Je travaille depuis 4 ans pour dsm-Firmenich et, plus précisément maintenant, pour Scentmate, une initiative de dsm-firmenich, sur un projet passionnant : comment utiliser le pouvoir du digital pour soutenir le travail sur les briefs, le travail avec les clients, les parfums…? C’est une réflexion autour du fait que la révolution digitale arrive dans tous les domaines. Comment peut-elle se mettre au service de notre métier ? 

    Parmi ces expériences, laquelle est, pour vous, la plus marquante ?

    Mon aventure actuelle chez Scentmate by dsm-firmenich. Travailler main dans la main avec des gens ayant un parcours très digital, comprendre ce qu’est la philosophie dans la création du parcours client, par exemple. L’essence même de cet échange est de garder la parfumerie comme colonne vertébrale tout en imaginant une forme de transformation digitale. J’apprends énormément de choses, à la fois sur un monde que je ne connaissais pas (le digital), à la fois sur la parfumerie elle-même. Cela m’amène à un travail d’introspection sur mon métier que je trouve intéressant. 

    Quels sont vos défis actuels en tant que parfumeuse ?

    En termes de formulation, le grand défi, pour les parfumeurs aujourd’hui, est de faire évoluer la manière de formuler pour aller dans le sens d’une parfumerie plus consciente et respectueuse. Il y a déjà eu une grande évolution ces 5 dernières années mais cela reste un défi pour notre industrie. Cela nécessite, pour nous, parfumeurs, de réinventer notre façon de formuler. Le monde change, nous devons changer avec.

    Quand j’ai commencé ma carrière, au début des années 2000, est apparue la liste des 26 allergènes. Tout le monde criait à la mort de la parfumerie. Finalement, il y a eu une forme de résilience et une exploration nouvelle. Ce genre de défi est un grand moteur d’évolution. On arrive dans une autre dimension qui est vraiment la partie “Conscious Perfumery”. 

    Quels sont vos atouts face à cela ?

    Je suis quelqu’un qui adore apprendre et je suis très en ligne avec certaines traditions asiatiques qui rappellent que la seule constante, c’est le changement. Je pense qu’il est normal que nous ayons à faire face à ces défis. Nous faisions jusqu’ici d’une certaine manière. Il faut savoir maintenant se réinventer. 

    Pouvez-vous nous parler un peu de votre actualité olfactive ?

    Actuellement, je travaille sur des choses très variées pour différents marchés. J’ai un peu l’impression d’être face à un kaléidoscope. 

    Quels sont, parmi vos créations, les plus populaires ?

    Les parfums pour Atelier Materi. J’ai aussi travaillé récemment pour un influenceur allemand, Twenty4Tim, et le parfum créé s’est retrouvé 3 fois en rupture de stock en Allemagne.

    Quelle est la création dont vous êtes le plus fière ?

    Il n’y en a pas une en particulier. Tous les projets ne se ressemblent pas. Parfois, certains sont plus des aventures humaines que d’autres. On s’adapte beaucoup. J’aurais vraiment du mal à faire ressortir une création plutôt qu’une autre. Ma collaboration avec Atelier Materi me tient cependant particulièrement à cœur. J’aime beaucoup la personne qu’est Véronique Le Bihan, la fondatrice de la maison.

    Quels sont, pour vous, les enjeux de la parfumerie de demain ?

    La sustainability, sans hésitation. C’est un véritable enjeu. Nous sommes des acteurs importants sur cette question. Nous pouvons prendre le lead. Il est important que nous n’attendions pas que des normes arrivent. Il nous faut embrasser cette nécessité et aller de l’avant sur ce point.

    Si vous pouviez créer un parfum pour la personnalité de votre choix, qui serait-elle ?

    J’aimerais créer un parfum pour l’héroïne de Margaux Motin. Je pense à elle car j’adore son trait et son personnage est très attachant.

    Quel parfum feriez-vous pour ce personnage ?

    Elle a à la fois un côté très rêveur et elle dit aussi “je suis trop nombreuse pour qu’on me mette dans une case, dans une boîte”. Je pense que je créerais un parfum avec des associations un peu surprenantes. Je travaillerais peut-être une fleur d’oranger musquée à laquelle on vient ajouter des épices un peu pétillantes. Retrouver un caractère enfant mais aussi un caractère très femme. Je travaillerais un parfum dans le contraste. 

    Si vous pouviez créer un parfum à 4 mains avec un autre parfumeur, qui choisiriez-vous ?

    J’ai l’embarras du choix. Pour moi, c’est vraiment un métier de partage. On met souvent en avant le fait que les parfumeurs sont en concurrence. C’est effectivement une industrie qui est très dure à ce niveau mais je trouve que la collaboration transcende cela. Je vais proposer un parfum à 6 mains. J’ai énormément d’admiration pour le travail d’Alberto Morillas. Je trouve que c’est quelqu’un de super et j’aime aussi la partie transmission. Je choisirais donc, comme autre paire de mains, quelqu’un de la nouvelle génération, Coralie Spicher.

    Quels sont vos projets futurs ?

    J’aime me laisser surprendre par les opportunités qui se présentent. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas de souhaits, de volontés, mais, parfois, ce que l’avenir nous réserve est beaucoup plus beau, beaucoup plus puissant que ce nous pouvons nous projeter.

  • Julien Rasquinet, le virtuose

    Il a un nom à manier l’épée ou la plume mais c’est sur des touches qu’il botte les nez. Julien Rasquinet est un des parfumeurs les plus talentueux de sa génération. On lui doit The Moon pour Frédéric Malle, Bois d’Ascèse pour Naomi Goodsir ou encore Ambre Safrano pour BDK. Sa justesse de ton olfactive et son audace ne passent pas inaperçus. Après avoir été parfumeur pour Creed, spécialiste des parfums moyen-orientaux et créateur inlassable de nombre de fragrances, Julien Rasquinet a rejoint il y a près d’un an la société CPL Aromas. D’une conversation sur le safran pour un prochain article à son interview portrait, il n’y a eu qu’un pas, franchi avec beaucoup de générosité.

    Un grand merci pour cet entretien !

    Cher Julien,

    Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

    Je n’étais pas destiné au métier de parfumeur. Je ne savais même pas que ce métier existait. En revanche, je suis tombé amoureux des odeurs quand j’étais enfant et plus particulièrement du parfum quand j’étais adolescent. Avec mes moyens de l’époque, j’avais 3-4 parfums qui me suivaient tout le temps et qui sont devenus comme une extension de moi-même. Je me sentais déshabillé quand je ne les portais pas pour sortir. J’étais vraiment amoureux du parfum mais je me projetais assez peu, je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie. J’ai étudié dans une école de commerce comme mes frères aînés puis j’ai fait un stage de fin d’études chez Firmenich, au marketing, à New York. C’est ainsi que j’ai découvert le métier de parfumeur. Je suis revenu en France avec la conviction que j’allais rester dans cette industrie. En revanche, comme je n’avais fait ni chimie ni école de parfumerie, je pensais que c’était foutu pour moi. 

    Que s’est-il passé alors ?

    J’ai eu de la chance car mon père est tombé sur Pierre Bourdon par hasard dans un aéroport. Le soir, il est rentré et m’a donné sa carte de visite. Je l’ai appelé le lendemain. Nous nous sommes vus ensuite assez régulièrement pendant un an. Un jour, il m’a dit “je prends ma retraite dans 3 ans et j’aimerais que tu sois mon dernier élève parfumeur.” J’ai passé 3 années avec lui à apprendre le métier. Savez-vous comment se passe la formation ?

    Racontez-nous…

    Pendant un an, on sent les matières premières, on essaie de les exploser en facettes, il faut retenir des noms barbares et leur odeur. Pendant les deux années qui suivent, on fait des contretypes : d’abord des contretypes de base puis des contretypes de parfums qui ont jalonné l’histoire de la parfumerie.

    Une fois ma formation terminée, j’ai été parfumeur indépendant pendant 5 ans, ce qui était très visionnaire pour l’époque. J’étais en même temps le parfumeur de Creed. Quand j’ai sorti Royal Oud pour Creed, j’ai vraiment commencé à m’intéresser à la parfumerie arabe. Je suis allé visiter Dubaï et j’ai eu envie de passer quelques années de ma carrière à me consacrer à cette parfumerie. IFF, qui ouvrait un centre créatif à Dubaï, m’a demandé de les rejoindre. J’ai passé 5 ans à Dubaï puis je suis revenu passer 5 ans à Paris. Il y a à peu près un an, j’ai été contacté par Chris Pickthall, le propriétaire de CPL Aromas, une société familiale de 700 collaborateurs. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose de génial à faire en France et je travaille maintenant avec CPL Aromas.

    Parmi toutes ces expériences, laquelle a été la plus marquante ?

    C’est très compliqué car elles l’ont toutes été, très différemment. Il y a un lien entre toutes ces expériences et ce que j’ai recherché chez CPL.

    Quel est-il ?

    C’est l’idée de créer un projet, de me mettre en danger et de faire en sorte que cela marche. 

    Quels sont vos grands défis actuels en tant que parfumeur ?

    L’un de mes défis actuels est de participer au développement de CPL Aromas. Comme j’ai un rôle plus central chez CPL que je n’avais auparavant chez IFF, j’ai aussi le défi de faire grandir les équipes et les parfumeurs plus jeunes qui travaillent avec moi. 

    Quels sont vos atouts ?

    Aujourd’hui, je travaille dans une société familiale. Le sentiment que j’ai le matin quand je vais travailler n’est pas du tout le même. Il y a une concurrence entre parfumeurs, comme partout, mais comme nous sommes dans une petite société, cette concurrence est très saine. Si je perds un projet mais qu’il est gagné par le parfumeur du bureau d’à côté, je serais content pour l’autre parfumeur. Je ne vais pas vous cacher que je suis hyper compétitif mais on m’a appris à perdre aussi. 

    Ce n’est pas quelque chose qu’on apprend facilement…

    En effet. Dans notre métier, il vaut mieux l’apprendre. Pierre Bourdon disait toujours “nous sommes payés pour perdre.” Nous travaillons sur de nombreux projets. Pour chacun, il peut y avoir 3 ou 4 maisons en compétition. Dans chaque maison, il y a entre 5 et 15 parfumeurs sur le projet. Statistiquement, nos chances de gagner ne sont jamais énormes. 

    Pouvez-vous nous parler un peu de votre actualité olfactive ?

    J’ai recommencé il y a 2 mois. J’ai eu de très beaux wins au Moyen-Orient sur des marques dont nous parlerons plus tard. Même chose dans la niche. 

    Quelles sont, parmi vos créations, les plus populaires ?

    Je pense que ce sont The Moon de Frédéric Malle, Royal Oud de Creed et Enclave d’Amouage. 

    Quelles sont les créations dont vous êtes le plus fier ?

    Ce sont à peu près les mêmes. Et j’ajouterai Tabac Rose et Ambre Safrano pour BDK et Bois d’Ascèse et Cuir Velours pour Naomi Goodsir.

    Quelle est la création qui vous a donné le plus de fil à retordre ?

    Il n’y en a pas une en particulier. Je pense que Frédéric Malle et Olivier Creed sont les meilleurs évaluateurs que je connaisse sur le marché et sont en même temps les gens les plus durs. Durs dans le bon sens. Ce sont des gens avec qui j’ai apprécié travailler, avec qui j’ai l’impression d’avoir énormément appris. Ce sont deux personnes qui vous poussent vraiment dans vos retranchements.

    Pour vous, quels sont les enjeux de la parfumerie de demain ?

    C’est de continuer à faire des notes intéressantes, de ne pas tomber dans des parfums trop consensuels car sur-testés. Il faut remettre l’intuition au centre de la création du parfum, et non plus l’apparente rationalité des résultats de tests.

    Il va aussi y avoir des enjeux réglementaires autour de 85 ou 87 allergènes. J’ai encore du mal à évaluer les impacts exacts que cela va avoir sur la création mais c’est quelque chose qui paraît assez redoutable. Il va falloir qu’on se réinvente, qu’on réadapte notre manière de travailler. Peut-être que c’est une bonne chose. Peut-être que nous allons repartir en création à partir d’une page blanche mais je ne suis pas persuadé que c’est une bonne nouvelle non plus.

    Si vous pouviez créer un parfum pour la personnalité de votre choix, qui serait cette personnalité ?

    Assez régulièrement, des gens me demandent de leur faire des parfums sur-mesure. Je leur explique que c’est très compliqué. Je suis plus inspiré par une belle histoire. Les gens vont m’inspirer si je leur parle, si je les connais. Les gens qui me donnent envie de faire des parfums sont des Frédéric Malle, des David Benedek, des Renaud Salmon, des Olivier Creed. 

    Si vous pouviez créer un parfum à 4 mains avec un autre parfumeur, qui serait-il ?

    J’aurais adoré créer avec Pierre Bourdon. Pierre est parti à la retraite trop tôt. Je ne l’ai connu que pendant ma formation. J’ai toujours regretté de ne pas avoir créé avec lui. Quand j’étais indépendant, il me conseillait sur mes formulations mais je n’ai jamais réellement créé avec lui.

    Quels sont vos projets futurs ?

    Continuer à m’amuser dans la création. C’est assez simple comme projet. La raison pour laquelle j’ai choisi de rejoindre une société familiale est que j’avais peur d’oublier de m’amuser. C’est mon moteur. On est là pour le business mais on est là aussi pour s’amuser. 

    Portraits : Romain de Sigalas

  • Yu Tanaka, la délicatesse d’une belle âme

    Précis, délicat, le nouveau chef pâtissier du Bristol a des histoires à raconter. Et c’est au creux de l’assiette qu’il compose son récit. Des histoires vraies, qui viennent du cœur et mettent en valeur de beaux produits. Son style ? Sublimer les classiques de la pâtisserie française avec un raffinement et un petit supplément d’âme qui apportent toute leur particularité à ses desserts.

    Entretien

    Cher Yu,

    Pouvez-vous nous raconter quelque peu votre parcours ? 

    Ma passion a débuté à l’âge de 15 ans, à Fukuoka, une île située au Sud du Japon. A l’âge de 18 ans, je suis arrivé en France. Durant ces premières années, j’ai eu l’opportunité de travailler dans plusieurs pâtisseries, mais aussi un restaurant et un hôtel. Chaque expérience m’a permis de diversifier mes compétences et de m’adapter à  différents types de clients et d’ambiances. J’ai gagné en confiance et en savoir-faire, ce qui m’a ouvert de nouvelles opportunités professionnelles.  

    En 2016, j’ai eu la chance de rejoindre Le Bristol Paris en tant que Sous-Chef pâtissier à Epicure. En 2021, j’ai été promu Responsable pâtisserie Epicure et, en 2023, Chef Pâtissier de l’hôtel (je supervise  dorénavant les desserts de chacun de nos restaurants). Cette opportunité représente pour moi un  accomplissement personnel et professionnel. Travailler dans un établissement aussi prestigieux est un véritable honneur, et cela me pousse à repousser mes limites et à rechercher l’excellence en permanence.  

    Quand la pâtisserie est-elle devenue une évidence dans votre vie ? 

    J’ai été influencé par mon père, un ancien cuisinier. Grâce à lui, j’ai été familiarisé avec la culture et la cuisine française dès l’enfance. En vacances, à l’âge de 14 ans, j’ai eu envie d’une douceur, j’ai alors fait un gâteau au chocolat qui a été très apprécié par ma famille (et par moi-même). Cette expérience m’a marqué, tout est dès lors devenu une évidence. 

    Quelles expériences ont été les plus marquantes lors de votre parcours ? 

    Avant même d’arriver en France, Le Bristol Paris me faisait rêver. J’admirais les desserts du Chef Pâtissier de l’époque, Laurent Jeannin (décédé en 2017). Travailler aux côtés du Chef Laurent Jeannin m’a non seulement permis d’améliorer mes compétences en pâtisserie, mais aussi de développer mon sens du service. 

    Une autre expérience marquante a été ma remise de prix Pâtissier d’Ile-de-France 2023 par le Gault et Millau. C’est une grande reconnaissance pour mon travail et ma passion pour la pâtisserie. 

    Vous êtes aujourd’hui chef pâtissier au Bristol. Quels sont vos plus grands défis à ce poste ?

    Former les pâtissiers pour constituer une équipe soudée et passionnée. J’occupe ce poste depuis moins d’un an, mais je constitue progressivement mon équipe. Je voudrais créer un environnement dans lequel je peux transmettre autant la technique, le savoir-faire, que la philosophie de la Maison à la trentaine de pâtissiers qui travaillent avec moi. 

    Vos atouts ? 

    Ayant grandi au Japon, où les quatre saisons changent merveilleusement, je suis sensible au changement de saisons et cela se reflète dans mes desserts. La connaissance des cultures culinaires française et japonaise, qui sont différentes, mais très riches, est mon atout principal. J’aime également explorer les  ingrédients et de nouvelles méthodes de travail. 

    Diriez-vous que votre arrivée au Bristol a changé votre façon de “pâtisser” ? 

    Je suis devenu encore plus minutieux. La qualité est au centre de mon travail. Eric Frechon, Chef des cuisines du Bristol Paris, accorde une grande importance à la qualité des ingrédients. Nous devons constamment nous adapter aux demandes des clients et aux tendances du marché, tout en restant fidèles  à notre identité et à notre savoir-faire.  

    Quels sont, parmi vos desserts, les plus populaires ? 

    La vanille de Madagascar, servie au restaurant triplement étoilé du Bristol, Epicure. 

    La glace à la vanille, la crème chantilly et la gavotte que j’adorais dans mon enfance, ont été  transformées en dessert avec l’originalité ajoutée par la torréfaction de la vanille et sa transformation en  glace. Je suis particulièrement fier d’une des pièces créées pour l’Épicerie des Ateliers, notre boutique qui met en vente les produits des différents ateliers.  

    J’ai donc créé un porte-clé en référence aux vraies clés que nous utilisons encore à l’hôtel.  

    Quelle est la création dont vous êtes le plus fier ? 

    Le dessert à la fraise des bois « Retour de cueillette » (servi à Epicure). 

    Cela me ramène à un souvenir partagé avec mon fils de 5 ans : le goût des fraises fraîchement cueillies, le paysage et l’arôme de la confiture faite avec les fraises ramenées à la maison… Pour moi, c’est une  assiette ‘précieuse’ qui me rappelle ce moment de partage à chaque fois que je la déguste. 

    Quelle est celle qui vous a donné le plus de fil à retordre ? 

    Je dirais qu’il s’agit du dessert à la figue. J’ai toujours voulu créer un dessert aux figues car il s’agit de mon fruit préféré mais créer un dessert qui tire le meilleur parti de sa saveur malgré son acidité est devenu un défi. 

    L’ingrédient, le produit que vous préférez cuisiner ? 

    J’aime utiliser des herbes et des épices. Elles se trouvent dans la plupart de mes desserts. Elles ne sont naturellement pas l’ingrédient principal, mais rendent les desserts plus parfumés. 

    Si vous pouviez préparer un dessert pour une personnalité que vous admirez, qui serait-elle et pourquoi ? Que lui proposeriez-vous ? 

    Il n’est pas une grande « personnalité » mais je pense d’abord à mon père. J’aimerais que mon père, qui aime les châtaignes, goûte mon dessert au marron (‘Le Marron d’Aubenas’). 

    C’est lui qui m’a donné envie de devenir pâtissier et qui m’a appris qu’il fallait réaliser chaque création à la perfection. 

    Quels sont, selon vous, les grands défis de demain en pâtisserie ? 

    A mon sens, la ‘crise alimentaire’. Ce n’est pas seulement un problème pour la pâtisserie, mais pour l’ensemble de la profession.  

    Pouvez-vous nous confier vos projets futurs ? 

    J’ai récemment fabriqué mes propres moules avec une imprimante 3D. Cette machine pourrait élargir considérablement l’éventail de mes créations. Mais je n’en dévoilerai pas plus, c’est un secret.

    Photos

    Portraits : Franck Juery

    Desserts

    Coque de noisettes : Ilya Kagan

    Vanille de Madagascar : Ilya Kagan

    Retour de cueillette : Studio des Fleurs Laurent Fau

    Porte-clé : Studio des Fleurs Laurent Fau

  • ICONIQUE : Enivrante vanille

    Il était une fois, la vanille, objet de tous les désirs en parfumerie. 

    Pour nous la conter, nous avons fait appel à plusieurs parfumeurs dont Aliénor Massenet, vice-présidente parfumeur chez Symrise, qui inaugure cette série. On lui doit des merveilles telles Couleur Vanille pour L’Artisan Parfumeur en 2021, une vanille iodée, salée, qui marqua un retour de cette matière iconique dans des registres jusqu’ici inexploités. 

    Merci Aliénor pour ce temps que vous nous consacrez aujourd’hui.

    Pouvez-vous nous conter l’histoire de la vanille en parfumerie ?

    La vanille est originaire des plaines de forêts tropicales humides d’Amérique centrale, c’est-à-dire du Guatemala, du Belize, du Honduras et particulièrement du sud du Mexique où elle fut découverte par les Espagnols au XVIe siècle. Depuis le XIXe siècle, elle a trouvé sa route vers des pays de part et d’autre de l’Équateur, là où les conditions de culture sont les meilleures.

    À Madagascar, on cultive la vanille Bourbon. Elle a été cultivée pour la première fois par les Français sur l’île Bourbon, l’actuelle île de La Réunion, à partir de 1820. Elle a poursuivi sa route vers l’île Maurice, les Comores et, en 1912, s’est posée à Madagascar. 

    Aujourd’hui, l’île rouge est de loin le plus grand producteur mondial de vanille avec 80 % de la récolte mondiale, principalement dans la région de Sava au nord de l’île. En dehors des îles Bourbon, d’autres pays cultivent également la vanille et d’autres variantes de son espèce, tels que le Mexique bien sûr, mais aussi Tahiti, l’Ouganda, l’Inde, l’Indonésie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

    La vanille, aussi appelée « Vanilla planifolia » par les botanistes, est la seule des 35 000 espèces d’orchidées à pouvoir offrir un fruit comestible à l’origine de la saveur douce et sucrée la plus importante au monde. Plus de 400 substances contribuent à son arôme si convoité. Elle est pollinisée manuellement et peut former des lianes pouvant atteindre 30 mètres de long : l’orchidée vanille.

    Elle est traditionnellement utilisée dans les parfums féminins. Parmi les plus anciens et les plus célèbres, on retrouve Jicky (Guerlain, 1889) ou encore Shalimar (Guerlain, 1925). Son utilisation s’est démocratisée pour être utilisée dans des parfums mixtes et dans des masculins très célèbres comme Pour un Homme de Caron (1934), mêlée à la fraîcheur de la lavande, Habit Rouge de Guerlain créé en 1965 et considéré comme le premier parfum masculin ambré de la Parfumerie avec ses effluves de vanille sensuelles et audacieuses, et, plus récemment, Le Mâle de Jean-Paul Gaultier (1995) où la vanille s’entoure d’aromates et de fleur d’oranger.

    Bien que l’extrait de vanille existe (obtenu par macération dans l’alcool), en parfumerie on utilise surtout l’absolue de vanille (extraction aux solvants volatils), à la fois noire et dense (on parle d’ailleurs de perles de caviar quand on ouvre la gousse) avec un côté suave, doux, qui rappelle l’enfance, et qui contraste en même temps avec une facette animale. Dotée d’une grande ténacité, la vanille peut sentir jusqu’à 3 jours lorsqu’on la met sur une touche à sentir. C’est un ingrédient tout en contraste que l’on retrouve souvent dans les notes de fond, et notamment dans les accords ambrés.

    On peut également lui substituer la vanilline, cette molécule découverte en 1874 par le chimiste Harmann en Allemagne, dépourvue de facette animale, mais à la facette très gourmande et poudrée. Cette molécule, synthétisée à partir du bois, et d’une grande importance dans l’histoire de Symrise, fêtera d’ailleurs ses 125 ans en 2024.

    Symrise produit de la vanille à Madagascar. C’est une production importante. Pouvez-vous nous en parler ? 

    Chez Symrise, nous avons deux qualités de vanille à la palette, deux ingrédients provenant de notre marque d’ingrédients naturels Lautier 1795 : l’extrait de vanille qui est obtenu par macération des gousses dans l’alcool et l’absolue obtenue par extraction aux solvants volatils.

    600 fleurs fécondes d’orchidées vanille produisent 6 kg de gousses vertes de vanille qui donnent ensuite 1 kg de gousses noires qui, après infusion, vous permettent d’obtenir 1 L d’extrait de vanille.

    Quelles sont les différentes étapes de production de la vanille, de la formation de la gousse jusqu’au parfum ?

    La transformation de la vanille se fait en cinq étapes :

    1. La pollinisation : À la main, on incise la membrane qui sépare le pistil femelle de l’étamine mâle, puis on rapproche délicatement les deux parties. L’opération doit impérativement être réalisée le matin du premier jour de floraison, sous peine de voir la fleur se fermer et se faner. La veille doit donc être quotidienne durant les trois mois de la période d’éclosion.
    1. La récolte : Neuf mois après la pollinisation qui s’effectue de septembre à décembre, les gousses sont récoltées entre juin et juillet. Elles sont vertes mais matures – les arômes se développent le plus en fin de croissance.
    1. Le séchage : Les gousses fraîchement cueillies sont blanchies, fermentées, puis étalées sur des tamis où elles sèchent, à l’ombre, avec une heure ou deux d’exposition au soleil chaque jour
    1. La sélection : Triée en fagots par taille et par qualité, la vanille est affinée dans du papier ciré, puis dans des caisses. Divers contrôles olfactifs garantissent sa conformité et sa stabilité.
    1. La transformation : Les gousses sont broyées et mélangées à de l’alcool. La distillation de ce mélange permet d’obtenir l’extrait de vanille, appelé Å~3 ou Å~30 selon le degré de concentration.

    De tous les grands classiques, quels sont ceux qui, pour vous, mettent le plus la vanille en valeur ?

    Le premier grand classique qui me vient à l’esprit est Ambre Antique de Coty. Une grosse boule d’ambre créée en 1905 dans la tradition des anciens accords ambrés qui faisaient alors rêver l’Occident. Il est l’un des premiers parfums orientaux dans lequel on retrouve une certaine modernisation de cet accord avec l’utilisation de la base de Laire, Ambre 83, héritage de Symrise. Cette base mise à disposition des parfumeurs en 1900 est un ambre conventionnel offrant une très grande richesse vanillée, balsamique et épicée. La vanilline est ici centrale, entourée de muscs, de patchouli, de santal, de baumes, de résines (labdanum, benjoin et styrax) et d’une note rosée épicée. Un véritable parfum à la longue lignée. Cette base se présentait initialement sous forme solide, en raison de la présence de la vanilline et des résines, et fut ensuite proposée en version liquide. On retrouvait également cette base dans Bois des Îles de Chanel (1926) et L’Eau d’Ambre de L’Artisan Parfumeur (1993). 

    Un autre parfum emblématique autour de la vanille : Shalimar de Guerlain (1925). Un parfum qui fait la part belle non seulement à la vanilline mais aussi à l’absolue de vanille et qui s’ouvre sur une très belle essence de bergamote avec, en fond, pour accompagner la vanille, la délicieuse fève tonka. Je ne sais pas si Jacques Guerlain l’avait fait exprès mais pour moi, il s’agit d’un vrai coup de génie d’avoir cette ouverture de bergamote. On retrouve parmi les molécules qui la composent la coumarine qui fait écho à celle contenue dans la fève tonka. J’ai un rapport très particulier avec Shalimar car j’ai commencé à le porter quand j’avais dix ans. Je le piquais à ma mère. Il fait partie des parfums que j’aurais aimé créer, au même titre qu’Ambre Antique.

    Enfin, impossible de ne pas évoquer Must de Cartier créé par Jean-Pierre Diener. Au lieu de la jouer avec les notes hespéridées, on retrouve en tête des notes aromatiques très légères de thym, mais aussi les notes vertes et florales du galbanum. Un parfum qu’il m’arrive encore de porter de temps en temps, et toujours avec autant de plaisir. 

    Et parmi les contemporains ?

    Même si la vanille a toujours été un ingrédient emblématique de la parfumerie, depuis la fin de la période Covid, il y a un renouveau de cette orchidée dans les compositions olfactives. Dans un climat anxiogène, la vanille se veut rassurante, réconfortante, tout comme peut l’être l’eau de Cologne.  La vanille a ce côté enfantin et en même temps très sensuel, une odeur surtout pour soi.

    J’ai signé plusieurs créations autour de la vanille :

    • Sexycrush pour J.U.S (2018), un shoot de douceur aux notes chaudes et balsamiques terriblement addictives dans lequel la gourmande vanille s’entoure de la sensualité de la rose, de l’opulence du oud et de la profondeur du ciste labdanum
    • 214 Black Vanille pour O’Boticario (2019), une vanille liquoreuse
    • Couleur Vanille pour L’Artisan Parfumeur (2021), un parfum qui a marqué une sorte de renouveau autour de cet ingrédient. Comme la vanille est une note de fond, je lui ai choisi une ouverture salée et ozonique pour la différencier des autres créations vanillées. 

    Sinon, parmi les autres créations contemporaines, impossible de ne pas citer Angel, ce parfum autour d’une praline avec ses notes vanillées ambrées.

    Votre propre expérience avec la vanille ?

    La vanille est sans aucun doute l’une de mes matières préférées après la myrrhe et le labdanum. C’est un ingrédient que je trouve à la fois riche et précieux et qui exprime une forte dualité avec un côté enfantin et une facette animale, sensuelle. La vanille m’embarque dans un voyage lointain jusqu’à Madagascar où j’ai d’ailleurs eu la chance de me rendre au printemps dernier. Je suis littéralement tombée sous le charme de cette île magnifique, riche en couleurs et en odeurs durant ce voyage. J’ai pu visiter l’exploitation et le magasin de vanille Symrise implantés dans la région de Sava (au nord-est de l’île). L’air ambiant était chargé de vanille, on sentait ces notes gourmandes avant même d’entrer à l’intérieur du bâtiment ! Une fois à l’intérieur, j’ai été totalement enivrée par ses effluves. J’ai découvert avec émerveillement la manière dont les femmes trient les gousses une fois séchées pour constituer de petits fagots stockés dans des caisses pour ensuite être expédiés à l’usine avant d’être transformés en extrait et en absolue. Quelle odeur, c’était dingue !

    Quels sont les grands défis quand on travaille avec un tel ingrédient ?

    Quand on voit le nombre de parfums qui sont lancés en mettant la vanille à l’honneur, c’est un vrai challenge d’être créatif ! Passionnée de molécules de synthèse et de nouvelles technologies, je fourmille toujours d’idées lorsqu’il s’agit de faire preuve de créativité. En tant que parfumeurs, nous poussons régulièrement les limites de la créativité avec des nouvelles associations. C’est ensuite aux marques d’être prêtes à se risquer hors des sentiers battus auprès de leurs clients qui cherchent de plus en plus à se démarquer.

    Pouvez-vous nous parler aujourd’hui de votre actualité ?

    Peu avant l’été est sortie ma dernière création pour Penhaligon’s, Solaris. Un parfum solaire, très chaud et lumineux construit autour de l’ylang-ylang, du jasmin et de la fleur de tiaré dans lequel l’absolue de vanille apporte beaucoup de sensualité et de rondeur à la fragrance. Ce parfum est le pendant du parfum Luna que j’avais créé en 2016 pour la marque.

    Dans un tout autre genre, il y a eu la sortie de l’édition limitée de Eternity Summer Reflections for Men 2023 de Calvin Klein, Un parfum boisé, vert et épicé qui s’ouvre sur des notes d’absinthe et se poursuit avec un cœur chocolaté addictif et un fond boisé mêlant mousse de chêne et bois de santal. 

    Chez Hermetica, dont les parfums sont élaborés avec la technologie Inoscent de Symrise (parfum sans alcool), j’ai créé deux fragrances récentes : Pomeloflow et Macomba. La première est une rencontre vibrante entre la rhubarbe avec ses notes acidulées et fruitées et l’absolu de jasmin d’Égypte. La seconde met en scène l’essence de maté associée à des notes vertes de combava et d’essence de vétiver pour un résultat vibrant, végétal et vivifiant.

    Il y a aussi Foresti di Seta de Salvatore Ferragamo, un parfum à l’image d’une forêt sauvage où sauge sclarée, noix et vétiver insufflent une énergie apaisante. 

    Et pour la première collection de bougies de J.U.S, j’ai composé Rooftop qui traduit l’ambiance enjouée de fin de journée quand l’on se retrouve autour d’un cocktail. Pétillance des agrumes, floralité de la rhubarbe et amertume végétale du matcha se mêlent pour un parfum frais et vivifiant.

    Merci et merci aux équipes de Symrise !

    Un grand merci également à Cédric, directeur de l’agence Your Story RP, qui fait des merveilles pour nous permettre d’écrire nos sujets.

    Photos vanille & Madagascar : Alex Bonnemaison